Bernard Tapie: un parcours mouvementé pour un homme révolté

Bernard Tapie, relaxé dans l’affaire de l’arbitrage controversé sur la revente d’Adidas, a déclaré : "C’est bien la preuve qu’il faut toujours se battre jusqu’au bout". Et c’est vrai que la vie de Bernard Tapie ne ressemble pas à un long fleuve tranquille. Aujourd’hui âgé de 76 ans et atteint d’un cancer à l’œsophage et l’estomac, il s’est retrouvé plusieurs fois devant les tribunaux, des démêlés qui lui ont valu plusieurs condamnations et même de la prison ferme. Né à Paris, issu d’un milieu modeste, il démarre dans les affaires en vendant des télévisions. Mais très rapidement, il se rend compte que racheter des entreprises en difficultés pour les revendre après les avoir redressées peut générer beaucoup d’argent. La première fois que le grand public entend parler de lui, c’est lorsqu’il s’en prend à l’ancien empereur de Centrafrique Jean-Bedel Bokassa. En 1980, il rachète très en dessous de leur valeur les châteaux de l’ancien empereur de Centrafique Bokassa, en lui faisant croire que ses châteaux allaient être saisis par les autorités françaises. Bokassa porte plainte, le tribunal d’Abidjan fait annuler la vente, ce qui est confirmé le 10 décembre 1981 par un jugement exécutoire du tribunal de grande instance de Paris.

Rachat d’entreprises

Les années 80' coïncident aussi avec une multiplication de rachat d’entreprises pour Bernard Tapie. En Belgique, on se souviendra de son arrivée presque triomphale à Couvin lorsqu’il rachète Donnay. La firme est connue pour fournir les raquettes du champion suédois Bjon Borg mais elle est en très mauvaise posture et Tapie reprend les morceaux. Finalement, il la revend 600 millions de francs belges après l’avoir achetée pour la moitié et ne laisse pas un souvenir très positif dans la région.

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Bernard Tapie lors de son rachat de Donnay © HERMAN VAN DIEST - BELGA

L’OM

En 1986, Bernard Tapie décide de reprendre l’Olympique de Marseille. Le club végète à la 15e place du championnat de France et n’a plus gagné de titre depuis 1976. Il rachète l’OM en grosse difficulté financière et sportive, pour 1 franc symbolique. Sous sa direction, le club engage de nombreux jeunes joueurs espoirs comme Eric Cantona, Didier Deschamps ou encore Basile Boli. L’Olympique de Marseille remporte quatre titres de Champion de France consécutifs de 1989 à 1992, notamment deux finales de Ligue des Champions. Mais il est question de corruption lors d’un match de l’OM contre Valenciennes. Bernard Tapie est poursuivi pour "complicité de corruption et subornation de témoins", il est condamné à deux ans de prison dont huit mois ferme. Après 165 jours d’emprisonnement, il obtient une libération conditionnelle.

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Bernard Tapie : un parcours mouvementé pour un homme révolté © BERTRAND LANGLOIS - AFP

Adidas et le début de gros problèmes…

Bernard Tapie a accumulé beaucoup d’argent à l’aube des années 90'. Il aime les affaires et le sport et unit ces passions en rachetant la célèbre marque allemande Adidas. Grâce à un plan de restructuration très lourd pour l’entreprise, il remet la société à flot en quelques années à peine. Mais entre-temps, il est devenu ministre de la Ville, il rêve de politique et décide de se défaire d’Adidas. Il demande au Crédit Lyonnais de se charger de l’opération. Un groupe d’investisseurs rachète l’affaire pour 441 millions d'euros avant de la revendre un an plus tard, pour 701 millions d'euros. Bernard Tapie accuse alors le Crédit Lyonnais de l’avoir floué. C’est le début d’un long contentieux entre l’homme d’affaires et la banque publique. Un premier jugement lui donne raison et oblige l’Etat à lui verser 135 millions d’euros. En 2006, la Cour de cassation casse l’arrêt. Bernard Tapie propose alors le recours à un tribunal arbitral, une procédure privée utilisée dans le milieu des affaires. Il obtient cette fois 285 millions d’euros. Mais des députés n’acceptent pas cette décision, font appel à la cour de Justice de la République. Des doutes planent sur la procédure d’arbitrage. Bernard Tapie passe 4 jours en garde à vue. Il est plus que jamais révolté.

 

Aujourd’hui, Bernard Tapie a été officiellement relaxé par la justice française.

Pour conclure, rappelons cette autre condamnation. Le 4 juin 1997, Bernard Tapie est condamné en appel à Paris après avoir bénéficié de sous-facturations de la société exploitant le yacht Le Phocea ou de dispenses de factures. Le navire appartenait à une filiale de la Financière immobilière Bernard Tapie (FIBT) et son usage exclusivement personnel était un avantage en nature à déclarer. Il écope de 18 mois de prison, dont six mois ferme, pour fraude fiscale et de 30 mois avec sursis pour abus de biens sociaux.

 

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