Benoît XVI au Bénin pour son deuxième voyage en Afrique

Le pape Benoît XVI en audience générale au Vatican
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Le pape Benoît XVI en audience générale au Vatican - © CLAUDIO PERI (EPA)

Benoît XVI effectuera son deuxième voyage en Afrique, du 18 au 20 novembre, au Bénin, un petit pays où l'Eglise a joué un grand rôle. A la différence de son prédécesseur, Jean-Paul II, Benoît XVI se déplace peu et privilégie l'Europe aux destinations plus lointaines.

Ce deuxième voyage en Afrique revêt donc une importance particulière. Le Bénin condense à la fois les espoirs et les difficultés que rencontrent les catholiques du continent noir.

L'Eglise que le pape trouvera en Afrique est en pleine croissance et très vivante, mais en même temps confrontée à maints défis, des scandales de moeurs à la concurrence des sectes en passant par les violences et la corruption.

Le synode africain de 2009, présidé par Benoît XVI, avait répondu à une kyrielle de questions des Eglises locales sur la meilleure manière d'assurer la réconciliation, la justice et la paix, notamment après le génocide rwandais de 1994.

Celles-ci sont invitées à incarner ces trois réalités, dans un document, "l'exhortation apostolique", que le pape remettra dimanche à Cotonou aux évêques du continent.

Une Eglise d'Afrique qui croît mais aussi des problèmes multiples

Nulle part ailleurs qu'en Afrique le catholicisme ne progresse autant (plus de 8 millions, + 0,29% entre 2007 et 2008), au point que le continent envoie ses prêtres dans les églises désertées d'Occident. Le dynamisme est visible aussi dans les ordres féminins mais les problèmes sont multiples. Le clergé est éclaboussé par des scandales: des relations extraconjugales fréquentes aux abus pédophiles avec des filles mineures, des collusions avec le pouvoir politique aux fortunes mal acquises.

Un prêtre africain va, par exemple, laisser des francs-maçons se réunir dans sa paroisse ou pratiquer des exorcismes ou des sacrifices vaudous.

Au Bénin, pas moins de deux évêques, dont l'archevêque de Cotonou, Marcel Honorat Agboton, ont été démis pour des scandales de moeurs.

L'exode rural et l'émancipation vis-à-vis du clan traditionnel constituent une chance, analyse Mario Giro de la Communauté de Sant'Egidio, car il conduit à "réévaluer le rôle des laïcs africains, à se battre davantage contre la situation subalterne des femmes".

L'Eglise est amenée à retrouver sa vocation de "protéger les faibles", comme une "nouvelle famille" au-delà des liens communautaires, alors que les structures traditionnelles s'affaiblissent, note-t-il.

La précarité sociale conduit à la concurrence entre religions

Des catholiques déçus vont vers des sectes pentecôtistes chaleureuses qui "proposent la prise en charge totale, alors que l'Eglise n'offre que des +je vous salue Marie+", note un observateur béninois.

"Il faut une seconde évangélisation, qui aide les baptisés à ne pas se laisser attirer par les marchands d'illusion", juge le père togolais Ballang, directeur de la section africaine francophone de Radio Vatican.

Donnant un avant-goût de son message, Benoît XVI a demandé récemment l'arrêt des violences entre chrétiens et musulmans au Nigeria, alors que des groupes salafistes concurrencent un islam majoritairement tolérant.

Il a aussi dénoncé les meurtres rituels des plus faibles, dans une mise en garde contre la sorcellerie.

Il a invité à ne pas "avoir peur de faire la vérité" sur les crimes commis lors des crises nationales comme récemment en Côte d'Ivoire.

L'Eglise catholique agit sur plusieurs fronts

L'Église "ne désire pas se substituer à l'État, mais peut à travers ses nombreuses institutions dans les domaines éducatifs et sanitaires apporter réconfort et soin", a-t-il observé.

Elle est effectivement au premier plan sur le front scolaire. Malgré l'opposition officielle de l'Eglise aux préservatifs, elle est la première institution engagée dans les soins aux malades du Sida.

Alors que la mauvaise gouvernance est omniprésente, les évêques doivent aider les catholiques à développer une "conscience juste", a souligné une source de l'Eglise.

Plus que d'administrateurs, "l'Eglise africaine a besoin d'évêques théologiens qui habitent l'intérieur de leurs cultures en les mettant en relation avec les autres cultures", selon elle. Et les évêques doivent refuser une "évangélisation à bon marché" et le laxisme notamment sur la polygamie.

En 2009, Benoît XVI avait qualifié l'Afrique de "poumon spirituel pour une humanité en crise d'espérance" mais l'avait jugé menacée par le fondamentalisme et l'exportation par l'Occident de ses "déchets toxiques spirituels". On critique à Rome la volonté de celui-ci d'imposer ses conceptions sur la famille et le contrôle des naissances.

Un chrétien sur cinq, un musulman sur sept en Afrique subsaharienne

Un chrétien sur cinq dans le monde et un musulman sur sept vivent en Afrique subsaharienne, qui enregistre une poussée très rapide des nouveaux cultes pentecôtistes à la faveur de la grande précarité sociale que vit le continent.

470 millions de personnes étaient chrétiennes (catholiques, anglicans, orthodoxes, protestants de diverses obédiences, membres des groupes pentecôtistes et évangélistes) en 2010 au sud du Sahara, selon une étude du centre d'études américain Pew Research Center, soit vingt fois plus qu'au début du siècle dernier.

Selon cette enquête, le nombre de musulmans en Afrique subsaharienne est passé de 11 millions en 1900 à 234 millions en 2010.

Sur le continent africain tout entier (Magreb et Egypte compris), "les deux religions s'équilibrent": on compte de 400 à 500 millions de chrétiens comme de musulmans.

L'Afrique, une coexistence relativement pacifique entre chrétiens et musulmans

Selon l'Annuaire pontifical 2011, en 2009, 15,2 % des 1,181 milliard de catholiques étaient Africains, soit 179 millions.

Plus d'un quart de la population dans la plupart des pays est engagée dans des pratiques spirituelles traditionnelles africaines (qu'ils peuvent observer tout en étant membres d'Eglises).

L'Africain juge normal de croire en des divinités et souhaite que ses dirigeants aient des convictions religieuses.

"Ni le christianisme, ni l'islam ne progressent aux dépens de l'une ou l'autre religion", affirmait le Pew Research Center, qui note par ailleurs un assez grand degré de tolérance des Africains, musulmans ou chrétiens, vis-à-vis de l'autre religion.

Alors que le Nord de l'Afrique est massivement musulman et le Sud majoritairement chrétien, la zone de rencontre, parfois conflictuelle, se situe sur une ligne qui va de la Somalie livrée aux islamistes shebab au Sénégal démocratique, en passant par le Nigeria.

Si l'islam reste majoritairement tolérant, les tendances rigoristes salafistes progressent sur le continent.

Ils ont en commun avec les nouvelles "Eglises du salut" le rigorisme et le puritanisme. Dans des pays comme le Nigeria ou le Kenya, elles sont désormais omniprésentes, parfois financées par des groupes religieux étrangers, notamment américains, parfois créées de toutes pièces par des prêcheurs exaltés. Elles promettent des guérisons et prélèvent des dîmes sur les adeptes.

"Nous assistons à une explosion du marché des biens spirituels. Fonder une Eglise peut être un moyen rapide d'enrichissement et d'ascension dans la société", observent Jean-Michel Severino et Olivier Ray, dans leur livre Le Temps de l'Afrique.

Plusieurs centaines de milliers d'Africains auraient rejoint ces cultes nouveaux.

AFP

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