Ben: le blogueur "diplomate", à la recherche des derniers alliés de Taïwan

Le Taïwanais Ben Wu a survécu à une tempête aux Iles Salomon, consulté un sorcier au royaume d'eSwatini et mâché de la noix de bétel aux Kiribati... Il faut aimer l'aventure quand on a en tête de visiter les derniers alliés de Taïwan. C'est pourtant le projet très particulier de ce Youtubeur. Son but : montrer que l'île aux 23 millions d'habitants est de plus en plus isolée sur le plan diplomatique. 

Seuls 17 pays ont encore des relations diplomatiques avec Taïwan 

Dans le monde, seuls 17 pays entretiennent encore officiellement des relations diplomatiques avec Taïwan, en raison des efforts importants de la Chine pour isoler l'île sur la scène internationale.

 

Une guerre diplomatique qui a 70 ans 

La Chine continentale et Taïwan sont dirigés par des régimes rivaux depuis 1949, après une guerre civile entre communistes établis à Pékin et nationalistes du Kuomintang réfugiés à Taipei. Pékin considère toujours Taïwan comme partie intégrante de son territoire susceptible d'être reprise par la force. 

Les deux rives du Détroit de Formose qui sépare Taïwan du continent se considèrent, chacune, comme la véritable "Chine", ne laissant la possibilité aux autres pays du monde que d'en soutenir une seule.

L'idée est nées à bord du Transsibérien

Ben Wu, 25 ans, a eu son idée de voyage en juin dernier à bord du Transsibérien. Cet auteur d'un blog de voyages lisait un article sur la lente disparition des alliés de Taïwan quand il réalisa qu'il n'en connaissait que trois: Haïti, Tuvalu et le Vatican. Celui qui vit de ses vidéos sur YouTube se trouvait l'été dernier au ministère des Affaires étrangères à Taipei le jour de la dernière défection en date d'un allié de Taïwan, en l'occurrence le Salvador. Il a assisté au retrait du drapeau salvadorien du hall du ministère, c'était en août 2018. Un moment qu'il n'a pas oublié. Quelques mois avant, la République dominicaine et le Burkina Faso avaient pris la même décision. 

"On découvre qu'on a des alliés une fois que les relations sont rompues"

"La plupart des Taïwanais découvrent qu'on a des alliés une fois que les relations diplomatiques sont rompues explique Ben Wu à l'AFP. Et je crois que ce n'est pas bien pour la jeune génération et aussi pour notre pays." Sur la liste des alliés de Taïwan, Ben Wu a aussi coché Tuvalu et Nauru, et devait ce mois-ci effectuer une tournée en Amérique du Sud et aux Caraïbes, avec des étapes au Guatemala, au Honduras, au Nicaragua, au Paraguay, en Haïti, au Belize, à Sainte-Lucie, à Saint-Vincent-et-les-Grenadines et à Saint-Kitts-et-Nevis. Il prévoit d'achever cet été son odyssée par une visite au Vatican et à la République des Palaos (Palau) 

La très grande majorité des pays du monde se sont rangés derrière la République populaire de Chine à mesure que s'est affirmé son poids économique et politique. C'est le cas notamment de tous les pays de l'Union européenne et donc de la Belgique. Ces pays reconnaissent les seules autorités de Pékin comme représentantes de la Chine. Le terme "République de Chine" n'est donc pas utilisé par ces pays pour désigner Taïwan. Les relations avec l'îles sont d'ordre administratif. 

Avant 1971, la situation était différente 

Jusqu'en 1971, Taïwan, était reconnue par la majorité. Mais l'Assemblée générale des Nations unies a reconnu la République populaire comme la seule représentante légitime de la Chine. Les alliés ont alors commencé à tomber comme des dominos, Washington établissant même en 1979 des relations avec Pékin.

Depuis 2016, la Chine accentue encore la pression 

Depuis l'élection en 2016 à la présidence taïwanaise de Tsai Ing-wen, qui est issue d'un parti traditionnellement favorable à l'indépendance, Pékin a intensifié ses efforts pour séduire les derniers alliés de l'île. Celle-ci a également empêché Taïwan de participer à des rencontres internationales majeures et augmenté la pression sur des entreprises étrangères, notamment des compagnies aériennes et des hôtels, pour qu'elles référencent Taïwan comme appartenant à la Chine.

"Sensibiliser les autres à cette situation diplomatique difficile". 

Ben Wu, lui, affirme qu'il veut "mener une diplomatie de l'humain" même si il ne cache pas qu'il se sent Taïwanais avant tout. "Ces pays alliés sont une voix au sein des organisations internationales. Ils peuvent parler pour Taïwan et sensibiliser les autres à cette situation diplomatique difficile"

 

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