Ben Laden était-il prisonnier depuis 2006? Washington dément

Ben Laden prisonnier depuis 2006 : une nouvelle version de l'affaire?
Ben Laden prisonnier depuis 2006 : une nouvelle version de l'affaire? - © DEPARTMENT OF DEFENSE / HANDOUT - BELGAIMAGE

La version de la mort d'Oussama ben Laden officiellement défendue par les États-Unis serait-elle un vaste mensonge ? C'est en tout cas ce que laisse entendre le journaliste d'investigation Seymour Hersh dans une longue enquête publiée dans la London Review of Books. Non seulement le chef d'Al-Qaïda aurait été un prisonnier des services secrets pakistanais depuis 2006, mais l'opération américaine aurait fait l'objet d'un accord avec ces derniers. Scoop ou nouvelle théorie du complot? Washington dément.

Cette histoire, c'est celle de l'opération des forces spéciales américaines menée à Abbottabad au Pakistan et qui débouche le matin du 2 mai 2011 sur la mort d'Oussama ben Laden, leader d'Al-Qaïda présenté comme cerveau des attentats du 11 septembre 2001. Son corps est ensuite jeté en haute mer, ce qui fera dire à Barack Obama le soir même que "justice est faite".

Sauf que, à en croire l'enquête publiée dans la London Review of Books par Seymour Hersh, grande figure du journalisme d'investigation américain et lauréat du prix Pulitzer en 1970, cette histoire, Lewis Carroll aurait pu l'écrire...

"L’exécution d’Oussama ben Laden a été le point d’orgue du premier mandat d’Obama et un facteur majeur de sa réélection", écrit-il. "La Maison Blanche maintient toujours la version selon laquelle cette mission était à 100% américaine, et ni l'armée ni l'Inter-Services Intelligence (ISI, les services secrets pakistanais, ndlr) n’ont été mis à l'avance au courant de l’opération. C’est faux, comme beaucoup d’autres éléments du compte rendu de l’administration Obama."

Prisonnier des services secrets pakistanais

Pour Hersh, non seulement les services de renseignements pakistanais étaient au courant de l'opération, mais ben Laden était prisonnier de l'ISI à Abbottabad depuis 2006, résume Le Courrier International. La résidence du leader d'Al-Qaïda était, note-t-il, proche d'une académie militaire et d'une caserne de l'armée pakistanaise.

"L’histoire selon laquelle Ben Laden a été repéré en traquant son courrier serait également fausse", écrit le site SlateLe Pakistan aurait ainsi, depuis 2006, collaboré avec les États-Unis pour planifier cet assassinat.

Une récompense pour briser le silence

"En août 2010, un ancien officier des services secrets pakistanais a approché Jonathan Bank, alors chef du bureau de la CIA à l’ambassade américaine d’Islamabad. Il a proposé d'indiquer à la CIA où trouver Ben Laden en échange de la récompense (de 25 millions de dollars, ndlr) que Washington avait offerte en 2001", indique Seymour Hersh. L'information n'aurait donc pas été extorquée par la CIA au chauffeur et aux messagers d'Oussama ben Laden, comme le raconte Washington. Et l'homme qui s'est présenté pour "briser le silence" sur la localisation de l'ennemi n°1 des USA serait même devenu depuis lors consultant pour la CIA à Washington.

Toujours selon le journaliste d'investigation, États-Unis et Pakistan auraient été jusqu'à passer un accord pour que les hélicoptères Black Hawk transportant les hommes des forces spéciales américaines puissent survoler l'espace aérien pakistanais en toute discrétion.

Chantage

Une source anonyme pakistanaise citée par Hersh et relayée par Slate témoigne des négociations et du chantage menés par les Américains : "Nous étions très réticents, mais cela devait être fait, pas pour un enrichissement personnel, mais parce que tous les programmes d’aide américains auraient été coupés. Ils ont dit qu’ils allaient nous affamer si nous ne l’autorisions pas (le raid, ndlr) et l’accord a été donné alors que Ahmed Shuja Pasha (le directeur général des services secrets pakistanais, ndlr) était à Washington. L’accord ne prévoyait pas seulement de garder les robinets ouverts, on avait dit à Pasha qu’il y aurait plus de choses pour nous."

Même le sort du corps du chef d'Al-Qaïda serait sujet à caution : "ses restes auraient été dispersés, en plein vol, au-dessus [du massif montagneux d’Asie centrale de] l’Hindu Kush", écrit Le Courrier International.

Une enquête crédible ?

Mais que penser de cette enquête de Seymour Hersh ? Comme le note très justement la version anglophone de Slate, si l'on doit à ce grand journaliste les révélations sur le massacre du My Lai au Vietnam en 1968 et sur les tortures des prisonniers d'Abou Ghraib en 2004, Hersh est aussi connu pour ses papiers controversés qu'il est impossible de vérifier "à cause de son usage de sources anonymes et parfois douteuses".

Et Slate de conclure : "Le New York Magazine rappelait il y a quelques temps que Seymour Hersh modifiait souvent sa version d’une histoire lors de ses prises de parole en public… Difficile donc, pour le moment, de tirer des conclusions sur ce nouveau coup d’éclat du journaliste américain".

Washington : "Trop d'inexactitudes et d'affirmations sans fondement"

La Maison Blanche a catégoriquement rejeté lundi les affirmations qualifiées de "sans fondement" du journaliste américain.

"Il y a trop d'inexactitudes et d'affirmations sans fondement dans cet article pour y répondre point par point", a affirmé Ned Price, porte-parole du Conseil de sécurité nationale (NSC).

Réaffirmant que ce raid fut "une opération américaine de bout en bout", Ned Price souligne que "seul un tout petit cercle" de responsables américains étaient informés et que le président Barack Obama avait décidé, dès le début, de pas informer d'autres gouvernements, y compris le gouvernement pakistanais.

T.M. (@thomasmignon)

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