"Battues, parfois même par la police", les transgenres tentent de se faire une place au Ghana

Angel est très présente sur les réseaux sociaux pour tenter de faire changer les mentalités au Ghana.
Angel est très présente sur les réseaux sociaux pour tenter de faire changer les mentalités au Ghana. - © Dylan GAMBA

Violences physiques et verbales, lynchages… Les personnes transgenres sont victimes de nombreuses discriminations au Ghana. Une première, et unique, association de défense de leurs droits a été créée en 2017 pour faire changer les mentalités et faire du lobbying auprès des autorités.

"Il n’y a absolument rien dans la loi ghanéenne qui interdise à des hommes de s’habiller en femme, et inversement." Angel, jeune transgenre de 39 ans, affirme ses convictions avec aplomb. Née Maxence dans la région Ashanti, au centre du Ghana, la jeune femme s’assume transgenre très tôt.

"J’ai toujours su que je n’étais pas née dans le bon corps et j’ai commencé à me maquiller alors que je n’avais qu’une dizaine d’années et à m’habiller en femme", poursuit-elle. Et obtient le soutien de sa famille. "La robe que je porte aujourd’hui, c’est ma mère qui l’a choisie et elle m’a toujours soutenu", rigole-t-elle, affirmant également avoir reçu l’approbation de son père et de ses frères.

Les "discriminations sont criantes"

Une situation qui ne va pas de soi au Ghana. Le pays d’Afrique de l’Ouest est l’un des plus pieux au monde. Selon les statistiques, plus de 95% de la population se déclare croyante. Et il n’est pas rare que les personnes transgenres soient victimes de lynchages.

"Nous voyons souvent des vidéos passer sur les réseaux sociaux de personnes transgenres qui sont battues, parfois même par la police", affirme Magnus, président de l’unique association de défense des droits des personnes transgenres au Ghana, Alliance for Dynamics Initiative, fondée en 2017 et qui compte quelque 180 membres.


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"Les autorités ont refusé que nous utilisions le terme 'trans' dans notre association", affirme Magnus, qui souligne que les "discriminations sont criantes".

"Nous voulons simplement le respect des droits humains", poursuit-il. Tous les membres de l’association vivent à Accra, car il est encore plus difficile d’être transgenre en dehors de la capitale. "Nous avons de nombreux cas de violences physiques à Kumasi ou bien encore à Cape Coast", expose Magnus. "Le plus important pour nous est de faire du lobbying auprès des pouvoirs publics et de la police pour faire changer les mentalités", poursuit-il.

"Éviter d’attirer l’attention"

Angel affirme ne jamais avoir été victime de violences physiques, mais les insultes sont monnaie courante. "Je fais toujours attention où je me rends et à quelle heure j’y vais, et je suis la plupart du temps accompagnée", affirme-t-elle. "Je fais aussi tout pour éviter de trop attirer l’attention sur moi et je porte des robes longues qui ne tombent pas au ras de la…", s’arrête-t-elle dans un grand rire.

La jeune femme, qui est l’une des rares transgenres à oser s’exposer en public, est très présente sur les réseaux sociaux pour faire changer les mentalités. "Je fais cela pour que la société nous accepte et que nos droits soient respectés", poursuit-elle.

Angel se déclare-t-elle pour autant croyante ? "Je suis très pieuse et je vais régulièrement à l’église, mais personne ne me remarque", poursuit-elle dans un sourire.

La jeune femme, qui travaille comme traiteur, notamment pour des mariages, espère un jour pouvoir réaliser une opération pour pouvoir changer de sexe. "Mais ce ne sera pas possible de le faire au Ghana, je voudrais le faire en Thaïlande", avance-t-elle. En attendant, Angel aspire à un changement des mentalités dans le pays sur la question des personnes transgenres. "Cela va prendre du temps, mais je suis optimiste pour l’avenir", souligne-t-elle.

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