Barcelone, la grande ville d'Europe qui a su résister à Uber

A l’instar de Bruxelles, toutes les grandes capitales ont connu des conflits entre Uber et les taxis. Mais Barcelone est l’une des seules villes d’Europe à avoir su résister à la plateforme américaine : Uber n’existe pas dans la capitale catalane. Les taxis y règnent en maître et de l’avis de tous, ils fonctionnent très bien.

Depuis près de 10 ans, les emblématiques véhicules jaunes et noirs si caractéristiques de Barcelone peuvent se commander via une application. On peut connaître à l’avance le prix de la course tout comme l’identité du chauffeur. Plusieurs fois, la société Uber a bien tenté de s’implanter, sans y parvenir

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Rafa Serano, chauffeur de taxi à Barcelone depuis 2010. © Henry de Laguérie

" Très tôt, le taxi a dû faire face à la menace Uber et a été obligé de réagir " explique Rafa Serrano, chauffeur de taxi depuis 2010.  " D’une certaine manière le taxi s’est amélioré parce qu’il s’est rendu compte qu’il devait faire des efforts en matière de technologie mais aussi en matière de qualité du service. Et donc la concurrence a rendu le taxi plus fort. " Les rares moments où l’application a été en service à Barcelone ont finalement stimulé les taxis. Rafa Serrano travaille surtout avec des clients étrangers. Ils n’ont pas de difficultés à vivre sans Uber lorsqu’ils sont en déplacement à Barcelone

" Ici le taxi, est très compétitif c’est du moins ce que me disent mes clients. Le rapport qualité prix est intéressant quand on le compare à d’autres villes. Tout cela fait que les usagers n’ont pas besoin d’essayer d’autres produits. "

" A Barcelone, Uber ne sert à rien : les taxis fonctionnent parfaitement " confirme Charles Rostand, cadre français installé à Barcelone et utilisateur habituel d’Uber lors de ses déplacements à l’étranger.

Le taxi, 35% moins cher à Barcelone qu’à Bruxelles

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© Henry de Laguérie

En moyenne, le prix du taxi est 35% moins cher à Barcelone qu’à Bruxelles. Et puis si Uber n’a jamais réussi à s’installer, c’est aussi parce qu’on trouve des taxis partout. Il y en a 7 pour 1000 habitants, c’est 1 pour 1000 habitant à Bruxelles. Les taxis se sont aussi adaptés au changement climatique : la moitié de la flotte est composée de véhicules à moteur hybride ou électrique.


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A tout cela s’ajoute une forte capacité de mobilisation. En février 2019, lorsque la plateforme a tenté de revenir à Barcelone, les chauffeurs de taxis n’ont pas hésité à bloquer toute la ville pendant plusieurs jours. Le conflit social, d’une ampleur inédite, a fait reculer les autorités

" On a réussi à faire changer les normes " confirme Tito Alvarez, porte-parole d’Elite Taxi et principale figure du mouvement anti uber. " On a paralysé la ville plusieurs fois. On est tout petit et Uber est très grand, mais il suffit de peu de choses pour vaincre Goliath. On l’a démontré. Grâce à nous, la communauté autonome de Catalogne a enfin régulé l’activité des VTC. "  

Vers un "Uber" public ?

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© Henry de Laguérie

Depuis 2019 et ce conflit, pour utiliser un VTC il faut réserver au moins 15 minutes à l’avance et les véhicules doivent retourner à leur base entre chaque course. Dissuasif pour Uber qui a préféré jeter l’éponge. La plateforme manque pourtant à certains barcelonais, habitués à l’utiliser lorsqu’ils sont en voyage. " C’est vrai il y a des applications, mais ça ne fonctionne pas toujours bien, il faut souvent attendre. Uber est un système beaucoup plus personnalisé, et beaucoup moins cher " témoigne Maria, 26 ans.

D’ici le mois de juin, il sera possible de commander un taxi via une application de la mairie de Barcelone. Objectif : disposer d’un outil semblable à celui d’Uber, mais régulé par les autorités publiques. 

Journal télévisé du 6/03/2021

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