Bangladesh : dans le chaos des camps Rohingyas, les sourires des nombreux enfants

Dans les camps de réfugiés Rohingyas, l'enfance domine : 60% d'enfants parmi les nouveaux arrivants.
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Dans les camps de réfugiés Rohingyas, l'enfance domine : 60% d'enfants parmi les nouveaux arrivants. - © Pascale Sury

Cox’s Bazar, Bangladesh : à 30 km de cette station balnéaire du Golfe du Bengale, plus d’un million de personnes vivent entassées dans des camps de réfugiés surpeuplés. Nous sommes frappés par le nombre d’enfants qui courent et jouent dans le camp. Leur sourire, leur courage, leur résilience nous épatent. Près de 60% des nouveaux arrivants depuis le mois d’août dernier sont des enfants de moins de 18 ans. Selon les chiffres de l’UNICEF, "à la date du 24 décembre 2017, parmi les nouveaux arrivants, les populations Rohingyas déjà installées et les communautés locales vulnérables, 720.000 enfants sont affectés et ont besoin d’une aide humanitaire".

40 ans après l’installation des premières tentes, la crise atteint des sommets dramatiques ! Depuis le 25 août dernier et les violences à grande échelle perpétrées par les autorités birmanes (pays  majoritairement bouddhiste) contre les Rohingyas (minorité musulmane) dans l’état birman de Rakhine, plus de 650.000 réfugiés ont fui le pays et traversé la frontière toute proche avec le Bangladesh.

Les centaines de milliers de mineurs réfugiés ici ont subi des atrocités et vivent désormais l’enfer de camps insalubres. Ils ont besoin de tout : d’abris, de puits, de toilettes, d’écoles, de nourriture, de vêtements,… Nous visitons le camp avec une équipe de l’UNICEF qui nous sensibilise à la situation de cette jeunesse menacée.

Dans le domaine de la santé, la vigilance est grande face aux cas de malnutrition de plus en plus nombreux. Les équipes de l’agence onusienne viennent de réaliser un check-up de plus de 300 000 enfants : "Ici, dans les camps de Kutupalong et Balukhali, le taux de malnutrition global est de 19%, ce qui est largement au-dessus du seuil critique de l’OMS", nous explique Viviane Van Steirteghem, la responsable de l’UNICEF sur le terrain. "Le taux de malnutrition sévère, lui, est de 3% et ces enfants sont directement pris en charge. Quand un enfant est en état de malnutrition sévère, c’est un risque de mortalité accru !"

Dans les camps, la pollution et la promiscuité sont un grand risque pour la santé des réfugiés et les ressources de cette terre d’accueil. Les humanitaires s’inquiètent de la prochaine saison des pluies qui pourrait provoquer des glissements de terrain. Les maladies graves menacent. Après l’épidémie de rougeole puis celle de diphtérie qui a tué 24 personnes dont 12 enfants, les équipes de terrain préparent la suivante et craignent le choléra, une maladie hydrique potentiellement mortelle.

Et pourtant, dans ce chaos, que de sourires, de joie dans les yeux des petits. Ils travaillent dans le camp, courent dans les allées boueuses ou se réunissent dans les nombreux "Child friendly space" mis en place par les ONG’s. Des espaces de jeu et de partage sous les regards des accompagnateurs. "Ils ont besoin d’un lieu où ils se sentent en sécurité", nous confie Luna Shaila Parveen, agent de protection de la jeunesse pour UNICEF Bangladesh. "Ici, ils reçoivent le soutien d’une équipe psychosociale qui les écoute et ils font des activités ludiques… En même temps, nous profitons de ces moments pour identifier les enfants vulnérables, y compris le repérage d’enfants non-accompagnés. Regardez comme ils jouent, comme ils sont heureux, ils veulent vivre !"

Ces enfants n’ont souvent jamais eu accès à l'éducation. Alors, de nombreuses écoles sont construites dans les camps et des professeurs sont formés. L’UNICEF veut ouvrir 1448 écoles au total. Des lieux sereins et positifs pour ces enfants, des bulles où ils sont pris en charge car, inutile de le préciser, la vie ici est dangereuse pour les personnes sans défense, spécialement pour les filles. Mais, malgré tout, autour de nous, ce sont les sourires qui dominent : "un endroit où aujourd’hui il y a la paix, la possibilité de manger tous les jours et un peu d’eau, ça leur suffit largement", nous confie Loris De Filippi, coordinateur d’urgence pour l’UNICEF. "La résilience de ces populations est évidemment très forte, ils ont une énorme capacité d’adaptation alors que les conditions de vie ici sont très dures".

Les ONG’s sont présentes en masse mais l’argent manque. Les Rohingyas et leurs enfants ont pourtant besoin de l’aide internationale. Récemment, les Nations Unies ont évoqué des "éléments de génocide" haussant le ton face aux évènements de l’autre côté de la frontière, mais aucune garantie n’est fournie par la Birmanie quant à un retour de ces populations en toute sécurité. Leur présent s’écrit ici, leur avenir peut-être aussi !

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