Bande de Gaza: malgré l'annonce d'une trêve, les tirs continuent

"En réponse à une intervention de l'Onu et en prenant en compte la situation de notre peuple et les fêtes de l'Aïd (la fin du ramadan), les factions de la résistance ont accepté de soutenir une pause humanitaire de vingt-quatre heures à compter de ce dimanche à 14h00", a déclaré à Reuters Sami Abou Zouhri, porte-parole du Hamas.

Israël n'a fait aucun commentaire dans l'immédiat. L'Etat Hébreu avait d'abord accepté de prolonger dimanche la trêve humanitaire observée la veille, contrairement au Hamas qui avait repris ses tirs de roquettes, exigeant un retrait des troupes israéliennes de la bande de Gaza. L'armée israélienne avait ensuite annoncé dimanche matin la fin de la trêve humanitaire et la reprise de ses propres opérations militaires dans la bande de Gaza en réplique aux "tirs incessants de roquettes par le Hamas".

Depuis dimanche soir, près de 25 missiles ont visé le territoire israélien selon l'armée, qui y a répondu par des "tirs d'artilleries localisés".

Selon un dernier bilan des secours locaux, le conflit, entré dimanche dans son 20e jour, a entraîné la mort de 1049 Palestiniens, dont une très grande majorité de civils. Six mille ont été blessés.

Côté israélien quarante-trois soldats israéliens ont perdu la vie, ainsi que deux civils et un travailleur thaïlandais.

"Le Hamas viole son propre cessez-le-feu"

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a accusé dimanche le Hamas de violer son propre cessez-le-feu, lors d'interviews sur plusieurs chaînes de télévision américaines.

"Ils violent leur propre cessez-le-feu. Dans ces circonstances, Israël fera tout ce qu'il doit faire pour défendre son peuple", a-t-il indiqué sur CNN.

Interrogé sur une éventuelle expansion des opérations militaires dans la bande de Gaza, le Premier ministre a expliqué que l'armée israélienne continuerait ses opérations pour détruire les tunnels du Hamas, mais refusé de donner plus de détails, se bornant à déclarer: "Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour défendre notre peuple... aussi bien au niveau tactique que stratégique".

"Je dirais que nous voulons mettre fin aux tirs de roquettes, c'est certain. Nous voulons démanteler les réseaux de tunnels terroristes. Je ne sais pas si nous aurons un taux de succès de 100%", a-t-il dit.

Le Premier ministre israélien était invité sur plusieurs grandes chaînes américaines, en duplex de Jérusalem. Il a salué les efforts égyptiens pour parvenir à un arrêt des hostilités, mais souligné que l'objectif ultime était de démilitariser la bande de Gaza.

Le Hamas a annoncé avoir accepté une trêve humanitaire de 24 heures dans la bande de Gaza à compter, mais des combattants du mouvement islamiste ont ensuite revendiqué de nouveaux tirs de roquettes vers Israël.

Les Israéliens excluent un retrait de ses forces de Gaza

"Aucune trêve humanitaire n'est valable sans retrait des chars israéliens de la bande de Gaza, sans que les habitants ne puissent retourner dans leurs maisons et que les ambulances transportant les corps soient libre de circuler à Gaza", avait prévenu Fawzi Barhoum, le porte-parole du Hamas à Gaza.

Les responsables israéliens excluent pour leur part tout retrait tant que l'armée israélienne n'aura pas réduit à néant la puissance de feu du Hamas et en particulier détruit son réseau souterrain et ses tunnels, où il dissimule son arsenal, ses centres opérationnels et d'où ses combattants lancent des attaques au cœur de l'Etat hébreu.

Cité par les médias israéliens, le ministre de l'Economie Naftali Bennett, chef du parti nationaliste religieux Foyer juif, avait répété samedi soir son opposition à un cessez-le-feu durable sans "garanties substantielles de la part de la communauté internationale concernant la démilitarisation de la bande de Gaza".

Les ruines de Gaza

Depuis plus de deux semaines, le Hamas pose comme condition une levée du blocus imposé depuis 2006 à la bande de Gaza par Israël, dont l'armée s'était unilatéralement retirée de l'enclave en 2005.

Témoignant de la tâche ardue des médiateurs internationaux, le cabinet de sécurité israélien avait rejeté vendredi une proposition transmise par le secrétaire d'Etat américain John Kerry pour un cessez-le-feu de sept jours qui permettrait d'engager des négociations indirectes.

Si John Kerry relativisait ce rejet en évoquant des problèmes de "terminologie", l'Etat hébreu a jugé, selon les radios israéliennes, l'offre trop favorable au Hamas, considéré comme une organisation "terroriste" par Israël, les Etats-Unis et l'Union européenne.

Paris accouche d'une souris

Samedi, une réunion à Paris de plusieurs ministres des Affaires étrangères, dont John Kerry, n'a accouché d'aucune proposition concrète si ce n'est une demande de prolongation du cessez-le-feu. Un porte-parole du secrétaire-général de l'ONU Ban Ki-Moon a également exigé des belligérants qu'ils acceptent "un cessez-le feu humanitaire d'une semaine".

L'épreuve terrible des 1,8 million de Gazaouis, en plein mois de ramadan, n'est donc pas terminée. Samedi, ceux qui ont profité de la trêve pour retourner dans leur quartier ont découvert des scènes de désolation: maisons défoncées, éventrées, effondrées, dépouilles noircies au milieu des ruines et traces de sang mêlées aux empreintes des chars israéliens.

150 corps retirés samedi des décombres

Malgré l'arrêt des combats, le tribut payé par les civils, qui met Israël en butte aux critiques de la communauté internationale, a encore été illustré par la comptabilité macabre tenue par les secours locaux: quelque 150 corps ont été retirés samedi des décombres qui jonchent du nord au sud les villes de la bande de Gaza.

Quarante-deux soldats israéliens sont également tombés, ce qui représente les pertes militaires les plus élevées depuis la guerre de l'été 2006 contre le Hezbollah libanais. Les roquettes ont aussi tué trois civils en Israël.

Des bombes non explosées

Le Hamas avait déconseillé aux déplacés, dont plus de 160 000 ont trouvé refuge dans des locaux de l'ONU, d'approcher des immeubles bombardés et des zones de combats par crainte d'engins non explosés ou piégés.

"Nous avons peur d'ouvrir une porte et de tomber sur une bombe", a témoigné Khader Soukar, un rescapé de Chajaya, une banlieue particulièrement éprouvée à l'est de l'agglomération de Gaza.

Sous le bourdonnement des drones

Beaucoup se sont surtout empressés de recueillir quelques maigres effets, vêtements ou couvertures, ou d'acheter vivres et carburant, au milieu du ballet ininterrompu d'ambulances, tandis que le bourdonnement des drones rappelait la menace.

Ce conflit, le quatrième depuis le retrait unilatéral israélien de Gaza en 2005, menace de s'étendre à la Cisjordanie, où les heurts entre manifestants dénonçant l'offensive à Gaza et les forces israéliennes ont coûté la vie à huit Palestiniens depuis jeudi soir.

Samedi soir, plusieurs milliers d'Israéliens se sont rassemblés à Tel-Aviv, malgré l'interdiction de la police pour des "raisons de sécurité", pour réclamer la fin de l'opération à Gaza.


AFP

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