Baisse des prix énergétiques : l'Algérie au bord du précipice économique

Baisse des prix énergétiques : l’Algérie au bord du précipice économique
Baisse des prix énergétiques : l’Algérie au bord du précipice économique - © ERIC LALMAND - BELGA

Les revenus des hydrocarbures continuent leur chute, et avec elle, c’est la fonte des réserves de change de plusieurs pays qui se poursuit. Parmi ceux-ci, l’Algérie se retrouve dans une situation particulièrement sensible, car cette diminution des prix met en péril une économie déjà fragilisée. De là à obliger les autorités algériennes à se retourner massivement vers l’endettement, il n’y a qu’un pas…

Le ralentissement de l’activité économique et commerciale "est ressenti amèrement par la population", constate l’économiste Mansour Kedidir, professeur à l’Ecole supérieure d’économie d’Oran, interrogé par le quotidien El Watan. Perte d’emplois, fermetures de commerces, baisse du revenu des ménages : les conséquences sont déjà très lourdes.

Plus de 90% des recettes extérieures de l’Algérie, première économie du Maghreb, sont directement liées à la rente pétrolière. L’économie, très peu diversifiée, est donc surexposée aux fluctuations du prix du baril, dont les cours chutent depuis 2014. Mais il n’y a pas eu que cela : la crise sanitaire due au coronavirus a aussi contribué à la catastrophe. L’Algérie devrait connaître une récession de 5,2% en 2020, avec un déficit budgétaire très élevé, estime le Fonds monétaire international (FMI). Concrètement, le gouvernement algérien chiffre son déficit à 2700 milliards de dinars (c’est-à-dire 17,6 milliards d’euros) pour 2021, contre 2380 milliards de dinars en 2020, soit près de 14% du Produit intérieur brut (PIB).

Pour certains analystes, c’est la situation du pouvoir algérien lui-même qui rend l’avenir plus incertain. La loi de finances 2021, non encore signée par ailleurs par le président Abdelmadjid Tebboune qui se rétablit en Allemagne du coronavirus, prévoit une baisse des réserves de change à moins de 47 milliards de dollars, avant une reprise progressive les deux années suivantes. Entre 2014 et 2019, ces réserves ont fondu de près de 65%, selon la Banque centrale. Ce chiffre devrait atteindre près de 75% en 2021.

"Comme d’habitude, on répétera les mêmes pratiques : coupes budgétaires, limitations des importations et gel de grands projets, etc.", relève Mansour Kedidir. Et pour lui, ces mesures "peuvent, tout au plus, retarder l’explosion de la crise. Mais pour un temps seulement. Elles n’auront aucun impact sans une refonte structurelle de l’économie". L’Algérie a désormais épuisé toutes les possibilités offertes pour le financement du déficit, y compris la planche à billets. Le recours au financement extérieur sera "inéluctable dans 18 mois", prédit-il.

Report d’investissements et endettement : cercle vicieux ?

En attendant, les coupes budgétaires permettent à l’économie algérienne de rester à flot. Pour diminuer les dépenses publiques, le géant pétrolier Sonatrach a dû réduire de moitié ses charges d’exploitation et ses dépenses d’investissement. De nombreux projets ont donc été reportés et l’activité de forage est affectée, ce qui pourrait obliger Sonatrach à s’endetter pour terminer l’année et résorber le déficit. Le gel de projets, la réduction des dépenses d’exploitation et de maintenance des installations et la baisse des effectifs induite par la pandémie ont un impact négatif sur la production, confirme une source au ministère de l’Energie.

"Le comble dans la politique actuelle est qu’on table encore sur la hausse du prix du pétrole pour financer le budget alors que la rente (pétrolière) n’est pas tributaire du marché international mais du niveau de la production des hydrocarbures qui a baissé", conclut Mansour Kedidir.

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