Bain de sang à Gaza pour l'inauguration de l'ambassade américaine à Jérusalem

À quelques dizaines de kilomètres de Jérusalem où a été inaugurée ce lundi après-midi la nouvelle ambassade américaine, des affrontements ont éclaté dans la bande de Gaza aux abords de la frontière israélienne entre manifestants palestiniens et soldats israéliens. 55 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens, selon le dernier bilan donné par le ministère de la Santé local. Parmi eux, "huit enfants de moins de 16 ans", précise un ambassadeur palestinien à l'ONU. Il y a 2200 blessés, dont la moitié par des tirs de balles réelles.

Ces décès font de cette journée la plus meurtrière du conflit israélo-palestinien depuis la guerre de 2014 dans l'enclave. Mahmoud Abbas dénonce un "massacre" israélien et refuse toute médiation de paix américaine. "Les États-Unis ne sont plus un médiateur au Moyen-Orient", a-t-il aussi déclaré à Ramallah, devant la direction palestinienne, qualifiant l'ambassade américaine de "nouveau poste avancé de la colonisation".

Il a annoncé trois jours de deuil dans les Territoires palestiniens et une grève générale ce mardi, jour où les Palestiniens marquent la "Nakba", la catastrophe que représente pour eux la création en 1948 de l'État d'Israël.

La direction palestinienne a crié au "massacre" alors que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a justifié l'usage de la force par le droit d'Israël à défendre ses frontières contre les agissements "terroristes" du mouvement islamiste Hamas, qui gouverne Gaza et auquel Israël a livré trois guerres depuis 2008.

Ces évènements ont suscité une vive inquiétude internationale dans un contexte de tensions et d'incertitudes régionales déjà fortes.

La Turquie et l'Afrique du Sud ont décidé de rappeler leur ambassadeur en Israël.

Les adversaires d'Israël et des organisations de défense des droits de l'Homme ont de nouveau condamné l'Etat hébreu pour usage disproportionné de la force, alors que l'armée israélienne répète ne tirer à balles réelles qu'en dernier recours.

Ses tirs ont tué 109 Palestiniens depuis le début le 30 mars de la "Marche du retour", qui voit des milliers de Gazaouis se rassembler régulièrement le long de la barrière de sécurité entre Israël et l'enclave palestinienne.

Ce chiffre pourrait augmenter puisqu'une nouvelle mobilisation est prévue près de la frontière mardi, jour où les Palestiniens commémorent la "Nakba", la "catastrophe" qu'a constituée pour eux la création d'Israël en 1948 et qui a été synonyme d'exode pour des centaines de milliers d'entre eux.

Tandis qu'à Jérusalem officiels américains et israéliens endimanchés ont célébré en grande pompe un moment "historique" dans l'enceinte de la nouvelle ambassade, à quelques dizaines de kilomètres de là dans la bande de Gaza, dont la périphérie avait été déclarée zone militaire close, des dizaines de milliers de Palestiniens ont protesté toute la journée.

Les plus résolus ont affronté, au péril de leur vie, les tirs des soldats israéliens en allant lancer des pierres et en tentant de forcer la barrière lourdement gardée.

Israël avait prévenu qu'il emploierait "tous les moyens" pour empêcher toute incursion en Israël de Palestiniens susceptibles de s'en prendre aux populations civiles riveraines.

2400 blessés

Selon le dernier bilan du ministère de la Santé gazaoui, 55 Palestiniens ont été tués et environ 2400 blessés. Parmi les morts figurent plusieurs mineurs de moins de 16 ans.

Le Koweït a demandé une réunion en urgence mardi du Conseil de sécurité de l'ONU tandis que le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres s'est dit "particulièrement inquiet".

Rupture avec des décennies de diplomatie américaine

La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël par Donald Trump, concrétisée par le transfert de l'ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem, constitue une rupture avec des décennies de diplomatie américaine et de consensus international.

La Ligue arabe doit se réunir en urgence mercredi.

La décision américaine comble les Israéliens qui y voient la reconnaissance d'une réalité de 3000 ans pour le peuple juif. Elle coïncide en outre avec le 70e anniversaire de la création de l'Etat d'Israël.

Le statut de Jérusalem est l'une des questions les plus épineuses de l'insoluble conflit israélo-palestinien. Israël, qui s'est emparé de Jérusalem-Est en 1967 et l'a annexée, considère tout Jérusalem comme sa capitale "éternelle" et "indivisible". Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est la capitale de l'Etat auquel ils aspirent.

Pour la communauté internationale, Jérusalem-Est reste un territoire occupé et les ambassades ne doivent pas s'installer dans la ville tant que le statut n'en a pas été réglé par la négociation.

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