Bahreïn: l'opposition craint la division du pouvoir face à la révolte

Des manifestants se dirigent vers la place de la Perle à Manama, le 22 février 2011
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Des manifestants se dirigent vers la place de la Perle à Manama, le 22 février 2011 - © Archives AFP

L'opposition à Bahreïn mise sur le prince héritier, jeune et réformateur, Salman Ben Hamad Al-Khalifa, pour sortir de la crise, mais elle craint que l'aile dure du régime ne paralyse ses efforts.

Les troubles dans le petit royaume du Golfe sont entrés vendredi dans leur 12e jour et une manifestation a été annoncée en mémoire des sept victimes des violences qui ont marqué le début de la révolte contre la monarchie.

Dans des entretiens avec l'AFP, des responsables de l'opposition ont indiqué souhaiter trouver un accord avec celui qui a été désigné par le roi Hamad Ben Issa Al-Khalifa pour mener à bien le "dialogue national".

Mais pour Ali al-Assouad, député du Wefaq, principal groupe de l'opposition chiite, "certains", qu'il n'a pas nommés, ne veulent pas que le prince Salman réussisse.

"Cheikh Salman Ben Hamad Al-Khalifa est confronté à un grand défi: prouver sa capacité à diriger le pays en sa qualité d'héritier du trône", a-t-il souligné. Formé à l'occidentale, le prince héritier, 42 ans, supervise depuis 2001 les affaires économiques de Bahreïn, un archipel de 700 km2 aux moyens limités et qui compte 1,2 million d'habitants, majoritairement chiites.

Selon un câble de l'ambassade américaine à Manama, en date de décembre 2009, révélé par Wikileaks et cité cette semaine par le Washington Post, Cheikh Salman est "très proche du camp réformateur au sein de la famille régnante".

Selon le chef du bloc parlementaire du Wefaq, Abdel Jalil Khalil Ibrahim, "le prince héritier subit la pression de certains au sein de la famille royale", une dynastie sunnite qui règne depuis plus de 200 ans.

Pour contenir la révolte dans ce petit royaume du Golfe, le prince a déjà accédé à plusieurs demandes de l'opposition. Il a ordonné le retrait de l'armée et des forces de sécurité du centre de Manama, puis la libération mercredi de dizaines de détenus politiques chiites.

"Ces mesures vont dans la bonne direction et favorisent le dialogue pour sortir le pays de sa crise", a estimé Abdel Jalil Khalil Ibrahim.

"Mais une sortie de crise ne peut se faire par des demi-solutions", a ajouté ce représentant de l'opposition qui réclame "la démission du gouvernement, responsable de la mort de citoyens", tués dans la sanglante répression du mouvement de protestation lancé le 14 février.

En poste depuis l'indépendance de Bahreïn en 1971, l'actuel Premier ministre, cheikh Khalifa Ben Salman Al-Khalifa, est constamment conspué par les protestataires bahreïnis qui exigent son départ.

Pour sa part, le ministre du cabinet royal, cheikh Khaled Ben Ahmed Al-Khalifa, est désigné dans les milieux de l'opposition chiite comme "le chef de file de l'aile dure de la famille royale".

Pour Ibrahim Charif, un chef de l'opposition de gauche, la désignation du prince héritier est "un bon choix", mais "la famille régnante est divisée sur la manière de gérer les conséquences des derniers événements".

"Sans la présence des représentants de la presse internationale pour couvrir les manifestations à Bahreïn et en l'absence des pressions internationales exercées sur le régime, le clan le plus dur aurait pu avoir le dernier mot", a estimé Ibrahim Charif, secrétaire général de l'Alliance nationale démocratique.

Les principaux groupes de l'opposition demandent l'instauration d'une monarchie constitutionnelle, mais les manifestants plus radicaux réclament la fin du régime, à l'image de ce qui s'est passé en Tunisie et en Egypte.

Cette semaine le prince héritier a appelé sur la télévision d'Etat à l'apaisement, en mettant en garde contre "ceux qui veulent pêcher en eaux troubles", et il a promis des "réformes réelles, et non de façade".

AFP
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