Bahreïn: 2 manifestants tués lors de l'assaut lancé par les forces de sécurité

Des femmes manifestent à Manama le 15 mars 2011, à Bahreïn
Des femmes manifestent à Manama le 15 mars 2011, à Bahreïn - © AFP - James Lawler Duggan

Deux manifestants au moins ont été tués et des dizaines blessés lors de l'assaut lancé par les forces anti-émeutes mercredi matin sur la place de la Perle à Manama, a déclaré à l'AFP un député de l'opposition bahreïnie.

Les forces de sécurité bahreïnies avaient commencé à prendre position plus tôt dans le district financier de Manama et à rouvrir les issues bloquées par les manifestants, selon des témoins.

Les autorités ont annoncé la fermeture de la Bourse, des écoles et des universités dans le pays où le roi a proclamé l'état d'urgence pour contenir la contestation populaire.

Des coups de feu étaient entendus alors qu'une poignée de protestataires qui se trouvaient dans le secteur offraient une faible résistance.

Des hélicoptères survolaient le secteur pendant que des troupes escortaient un bulldozer pour dégager les accès -- fermés par les manifestants à l'aide de gros blocs -- menant au district financier où sont basées des banques internationales et des multinationales.

Dans la matinée, les forces avaient violemment délogé les manifestants qui campaient sur la place de La Perle à Manama pour réclamer des réformes depuis près d'un mois, mettant momentanément fin au mouvement de contestation populaire dans ce petit royaume du Golfe.

Des centaines de policiers de la force anti-émeutes, arrivés à bord de tanks, de véhicules de transport de troupes et de bus, ont pris le contrôle de la place après avoir lancé des dizaines de grenades lacrymogènes sur les manifestants.

L'assaut contre les manifestants en majorité chiites est intervenu après l'arrivée dans le royaume de forces des pays voisins du Golfe, venues aider la dynastie sunnite des Al Khalifa à contenir la contestation.

Les policiers ont également tiré au fusil de chasse sur les manifestants.

Il n'a pas été possible dans l'immédiat de savoir si l'assaut avait fait des victimes.

Plusieurs tentes, dans lesquelles les manifestants avaient passé la nuit, ont pris feu alors qu'une épaisse fumée s'élevait au-dessus du secteur.

Alors que des hélicoptères tournoyaient dans le secteur, la police anti-émeutes a pris position sur la place, déchirant les tentes qui restaient, tandis que les manifestants fuyaient par les rues latérales.

Les protestataires occupaient cette place depuis le 19 février pour exiger des réformes politiques, voire, pour certains, le départ de la dynastie sunnite gouvernant ce pays dont la population autochtone est en majorité chiite.

Les dignitaires chiites bahreïnis avaient appelé dans la nuit la communauté internationale et le monde musulman à intervenir pour éviter un "massacre" dans le pays, où le roi avait proclamé l'état d'urgence mardi au lendemain de l'arrivée de troupes du Golfe.

La place de la Perle

Les dignitaires avaient averti qu'un "horrible massacre était attendu sur la place de la Perle".

Des centaines de contestataires y avaient passé la nuit sous des tentes dans une atmosphère tendue, assombrie par la mort mardi soir d'un manifestant lors d'affrontements avec les forces de sécurité dans des villages chiites au sud de Manama, qui leur faisait craindre un assaut imminent.

Le manifestant avait été tué dans le village chiite de Sitra, situé à 15 km au sud de Manama, selon des sources médicales et des militants.

Plus de 200 personnes avaient également été blessées par balle, selon une source médicale locale, et 200 autres hospitalisées après avoir inhalé des gaz lacrymogènes.

Un policier est par ailleurs décédé à Maamir, au sud de Manama, après avoir été renversé intentionnellement par un automobiliste faisant partie des "fauteurs de trouble", selon le ministère de l'Intérieur.

Le roi avait chargé le commandant des forces armées de rétablir l'ordre en faisant appel à l'armée, aux forces de police, aux unités de la Garde nationale et à "toute autre force, si cela s'avère nécessaire".

Cette dernière mention semble faire référence aux unités saoudiennes et aux policiers des Emirats arabes unis déployés à Bahreïn.

Les troupes du Golfe appartiennent au "Bouclier de la péninsule", une force commune aux pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG : Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Oman, Qatar et Koweït).

Sur le plan diplomatique, Bahreïn a annoncé avoir rappelé son ambassadeur à Téhéran pour protester contre les critiques iraniennes sur le déploiement de forces du Golfe.

Le ministère iranien des Affaires étrangères avait qualifié l'intervention de forces étrangères à Bahreïn d'"inacceptable" et estimé qu'elle "rendra la situation plus compliquée et plus difficile" à résoudre.

L'opposition bahreïnie, dominée par les chiites, et la centrale syndicale du pays avaient réclamé une protection internationale et appelé la population à "la résistance pacifique" face à ce déploiement militaire.


AFP
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