Avion ukrainien abattu: l'Iran face à l'indignation populaire et la pression internationale

Le président iranien Hassan Rohani a appelé ce mercredi à un changement majeur dans le mode de gouvernement de son pays
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Le président iranien Hassan Rohani a appelé ce mercredi à un changement majeur dans le mode de gouvernement de son pays - © AFP

Le régime iranien reconnaît une "erreur". Et c’est sans précédent. Alors que la défense du pays était en état d’alerte "guerre" le 8 janvier dernier, ce sont bien deux missiles iraniens qui ont abattu un avion ukrainien. Comme a pu le vérifier une vidéo diffusée par le New York Times. Embarquées dans ce Boeing 737 d’Ukraine International Airlines, 176 personnes devaient décéder.

La révélation de ce "mensonge" aura provoqué une vague de désobéissance civile en Iran. Comment expliquer ces nouveaux revirements face à l’indignation populaire ? Comment la situation confuse parviendrait-elle à servir les intérêts d’autres puissances mondiales ? Petit tour d’horizon.

Que penser du "profil bas" du régime iranien ?

"Un changement majeur dans le mode de gouvernement du pays". La prise de parole du président iranien ce mercredi est exceptionnelle, rare à plus d’un titre. Formellement, d’abord. Puisque la télévision d’Etat l’a retransmise en direct d’un conseil des ministres qui, jusqu’ici, s’est toujours tenu portes verrouillées.

En mentionnant ce "changement majeur" auquel le régime devrait sacrifier, Hassan Rohani reconnaît ensuite, implicitement, que la catastrophe de l’avion ukrainien a provoqué une crise de confiance envers les autorités, crise avec laquelle elles tentent de composer depuis samedi dernier.

Le "retard", pris par les autorités pour reconnaître leur responsabilité dans ce drame a fait déferler cette vague d’indignation. Rohani insiste. Il demande aux forces armées de s’expliquer. Qu’elles présentent des excuses s’il le faut. Il réaffirmait d’ailleurs que son pays devait "punir" tous les responsables du drame.

En ligne de mire : des élections. Elles auront lieu le 21 février en Iran. D’un ton déterminé, Rohani prévient : "Le peuple veut de la diversité", affirme-t-il. Il appelle les autorités chargées de la validation des candidats à ne pas disqualifier à tout-va. Il n’en reste pas moins qu’une trentaine de manifestants, antirégimes, ont été arrêtés entre samedi et lundi, même si l’attitude des forces de l’ordre serait plus pacifique. On revient de loin, les répressions de manifestations, il y a un mois à peine, coûtaient la vie à au moins 300 personnes, selon Amnesty International.

 

Pourquoi le "mensonge" devait-il être révélé ?

Parce que, sur la scène internationale, le régime iranien se sent clairement mis sous pression. Les autorités sont sur la défensive, elles nient avoir cherché à masquer leurs responsabilités dans le drame. Car, parallèlement au soulèvement populaire qui a suivi, l’Iran est aussi confronté à une pression extérieure croissante. De la part des Etats-Unis (nous y reviendrons) mais aussi de la part des pays européens.

La France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont remis la menace de "sanctions" au goût du jour, en rouvrant le dossier nucléaire. Les trois pays disent que telle n’est pas leur intention. Sans évacuer la possibilité de déclencher tout mécanisme qui pourrait aboutir au rétablissement de sanctions onusiennes contre l’Iran. Motif ? Les nouvelles transgressions de la République islamique vis-à-vis de l’accord de 2015 sur son programme nucléaire.

Comment Donald Trump tente-t-il de tirer profit de la contestation en Iran ?

Certains observateurs ne manqueront pas d’affirmer que l’administration Trump tente de mettre de l’huile sur le feu pour profiter de la situation. C’est le cas de chercheurs réunis au sein de l’organisation de prévention des conflits. Comme à son habitude, le président américain, secondé par une armée de diplomates, a sorti son téléphone portable.

Donald Trump tweete en farsi, faisant l’éloge d’un "brave peuple iranien", dont le courage est inspirant. L’administration américaine relaie aussi ces vidéos, où l’on devine des manifestants iraniens arrachant des portraits du général tué par une frappe américaine ou refusant de piétiner le drapeau des Etats-Unis.

Que faut-il penser de tout cela ? Du côté du département d’Etat, on se présente en vigie. "Nous voulons braquer le plus gros des projecteurs sur ces manifestants afin que le régime sache que nous observons ce qui se passe", assure une source interne. Une sorte de mesure préventive, affirme-t-on encore, pour tenter d’empêcher que le scénario de novembre et des 300 morts ne se répète.

Ce n’est peut-être pas aussi simple que cela. Car la Maison-Blanche est avant tout persuadée de sortir de la récente escalade en position de force, espérant enfoncer le clou, convaincre les pays alliés de mettre, à leur tour, la pression sur Téhéran. Les Etats-Unis de Donald Trump entretiennent-ils l’espoir, vivace dans le camp républicain, de voir tomber le système né de la révolution islamique ? En d’autres mots : encouragent-ils le changement de régime ? Donald Trump, sur cette question, entretient une certaine confusion.

Manifestation contre le régime iranien (sujet du JT 12 janvier):

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