Avec son plan de relance économique, l'Union européenne joue aussi sa survie

Le plan de relance proposé par la Commission européenne devra être approuvé à l'unanimité par les 27.
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Le plan de relance proposé par la Commission européenne devra être approuvé à l'unanimité par les 27. - © Fotor

Au départ, la présidente de la Commission européenne avait misé sur le green deal. C’était le cœur de son mandat, là où les efforts devaient se concentrer. Mais la crise du coronavirus en a décidé autrement. Désormais c’est le vaste plan de relance économique de l’Union européenne qui sera sur le devant de la scène.

Ce mercredi, Ursula von der Leyen présente son projet de relance économique. Au total, depuis le début de la crise, c’est "un bazooka" à 2,400 milliards d’euros qui est mis sur la table. Objectif : "tirer les leçons de la récession de la crise de 2008-2009", indique Amandine Crespy, professeur de science politique à l’Institut d’études européennes de l’ULB. Mais aussi et surtout, assurer la "survie" de l’Union européenne dans son ensemble.

L’Europe joue sa survie, rien de moins

Le plan de relance proposé par la Commission européenne c’est aussi le plan de survie de l’Europe. Sans lui, c’est l’idée même du projet européen qui s’effondre. Il devra être approuvé à l’unanimité des 27 Etats membres. Le problème, c’est que les Etats ayant une économie saine ne veulent pas payer pour les autres.

"Les lignes de fractures sont les mêmes qu’en 2008-2009. Les Etats du sud et la France sont en faveur d’une mise en commun. Une idée que rejettent les Etats du nord ", pointe Amandine Crespy. Et en particulier les Etats qu’on appelle les "quatre frugaux", les Pays-Bas, l’Autriche, la Suède et le Danemark.

Sauf que si les Etats membres ne sortent pas de cette ligne de tension, "si ce plan ne passe pas c’est toute l’Europe qui pourrait s’effondrer", dit sans autre forme de procès, Rebecca Christie chercheuse invitée pour le think tank économique Bruegel.

En effet, après la crise du Brexit et les crises de légitimité, notamment avec la montée des populismes, l’Europe n’a d’autre choix de s’imposer dans cette crise, " c’est la viabilité de l’Union européenne qui est en jeu. Le projet peut mourir comme il est né, la Commission européenne ne peut pas se permettre un échec ", estime Kenneth Betrams, professeur d’histoire économique à l’ULB. Et d’ajouter, "il n’y a pas de plan B, autre que la fin de l’Union européenne", si ce plan n’est pas accepté.

Pour Amandine Crespy, "si la Commission européenne n’arrive pas à rassembler autour d’un projet de survie collective", alors c’est la fin du projet.

Sur le plan économique, les indicateurs sont au vert

Sur le plan économique, les chances sont plutôt bonnes. Selon Rebecca Christie, "c’est un plan solide et assez ambitieux que la Commission européenne propose. Les marchés auront de quoi être satisfaits". Et d’ajouter aussi que la conjecture, malgré la crise actuelle, est bonne. En effet, les taux d’emprunt sont très bas, "c’est le moment idéal pour emprunter", indique l’économiste. De plus, l’Europe est un bon candidat à emprunter, fiable et à qui le marché peut faire confiance. D’ailleurs, précise l’économiste, la zone euro bénéficie toujours d’une notation financière optimale de AAA.


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Et malgré la crise du coronavirus, la confiance du marché est là. En réalité, "pour les marchés, pour le moment il n’y a pas de crise financière à proprement parler parce qu’il y a une solution ". Le problème viendra lorsque les marchés perdront confiance, ce qui pourrait arriver si les Etats membres ne parviennent pas à se mettre d’accord. Car pouvoir emprunter sur le marché, finalement, "c’est un jeu de confiance. Et quand les marchés perdent confiance c’est là que vient le désastre", pointe Rebecca Christie.

Sur le plan politique, il n’y a pas "que" des obstacles

Sur le plan politique, c’est un peu plus compliqué. Si le plan de relance est un échec, ce sera avant tout à cause du volet politique et de l’impossibilité pour les Etats membres à se mettre d’accord. Néanmoins, la Commission européenne ne part pas livrer bataille sans atout. Et la Commission européenne a présenté un plan d’envergure ce mercredi, y compris politiquement.

Selon Eric Maurice, responsable du bureau de Bruxelles de la Fondation Robert Schuman, ce plan respecte un certain équilibre entre solidarité et contrôle. Le plan de l’exécutif européen a de quoi rassurer les pays les plus hostiles car il établit un cadre clair dans l’octroi des aides. En plus, "on peut espérer sortir de cette logique Nord/Sud car le choc concerne tout le monde et à la façon dont le plan est défini, on peut sortir de cette logique ".

L’enjeu désormais est de trouver "un accord rapide". La confiance est là, il faut désormais être efficace.

De plus, politiquement il y avait besoin d’un leadership. Et le couple franco-allemand a justement resserré les rangs. En front uni, Paris et Berlin ont proposé ce lundi un plan de relance de 500 milliards d’euros. Et pour la première fois, ce plan de relance pourrait se faire via un mécanisme inédit de mutualisation de la dette européenne, un changement radical de doctrine de la part de l’Allemagne, jusque-là hostile à cette idée. Une première impulsion ambitieuse qui pourrait donner à la Commission européenne les clés pour faire approuver son projet.

Une opposition qui passerait mal

 

L’opposition des "quatre frugaux" (Pays-Bas, Autriche, Suède, Danemark), les pays les plus hostiles à une forme de mutualisation des dettes, est sans doute l’un des principaux obstacles à la bonne marche du plan d’Ursula von der Leyen.

Reste que "politiquement le prix serait assez lourd pour les opposants", indique Eric Maurice. En effet, comment assumer ensuite être celui qui n’a pas pris la crise à bras-le-corps ? Personne ne veut jouer les "valets puants", ironise de son côté le professeur d’histoire économique.

Le bon timing ?

Et bien étrangement oui. La crise est suffisamment grave. Et l’UE doit savoir faire face, alors paradoxalement, c’est le bon moment pour elle d’embrayer. "L’Histoire de l’UE, c’est de surpasser les crises, donc celle-ci est peut-être juste une nouvelle étape de la construction européenne", interroge Kenneth Betrams. Et d’ailleurs, Ursula von der Leyen l’a bien compris, "c’est l’heure de l’Europe !", s’est-elle exclamée ce mercredi.

Un crash test pour la Commission européenne

Fédérer, asseoir les 27 à la table des négociations, trouver un bon équilibre, prendre le leadership et taper du poing sur la table quand cela sera nécessaire, c’est tout cela qui attend la Commission européenne qui est aussi attendu au tournant.

Pour le moment, les citoyens et les marchés financiers sont au vert, la confiance est là. D’ailleurs, selon un sondage, 69% des Européens voudraient augmenter les prérogatives de l’UE.


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Et le plan de relance proposé est ambitieux, équilibré et avec un cadre rigoureux. Encore une fois, suffisamment bien ficelé pour contenter tout le monde.

Mais c’est aussi un crash test pour la Commission européenne et pour son capitaine. Selon, Kenneth Betrams, "il ne faut pas rater ce rendez-vous".

Si la nomination d’Ursula von der Leyen a été l’objet d’âpres négociations entre l’Allemagne et la France, "il faut une personnalité marquante", pour mener les négociations qui débuteront au prochain sommet européen le 19 juin prochain.

Et c’est vrai qu’Ursula Von der Leyen, à l’inverse de son prédécesseur, Jean-Claude Juncker, est encore "nouvelle" dans le sérail européen. Mais quoi qu’il en soit, il faut avancer, les cliquetis de l’horloge sont là et la crise aussi, alors comme le dit elle-même Ursula Von der Leyen, "la crise est extraordinaire, mais l’opportunité qui se présente à nous l’est aussi".

 

 


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