Avec sa future boussole stratégique, l’Union européenne est sur la voie de l’autonomie militaire

L’Union européenne veut se doter d’une "boussole stratégique". Cet outil lui servira à fixer le cap de sa politique de sécurité et de défense. L’objectif final est de gagner en autonomie dans un monde de plus en plus instable. Les chefs d’État et de gouvernement européens ont débattu, pour la première fois, de ce projet lors du sommet virtuel de ce vendredi 26 février. Leurs travaux devraient aboutir au printemps 2021.

2016, une année charnière

Ça fait un moment déjà que l’idée d’une plus grande autonomie stratégique trotte dans la tête des dirigeants européens. Mais c’est en 2016 qu’elle a commencé à se cristalliser. En 2016, le Brexit est venu secouer le projet européen. Cette année-là, les Américains élisent Donald Trump, un président qui verra l’Union européenne comme un ennemi et qui déclarera l’OTAN "obsolète".

Contraints et forcés, les Européens décident alors de renforcer leur sécurité et de mieux défendre leurs valeurs et leurs intérêts sur la scène internationale. Une nécessité confirmée encore l’année dernière, quand, au début de la pandémie de Covid-19, l’Europe a manqué de matériel médical ou de certains médicaments de base, comme des antibiotiques, produits ailleurs dans le monde. C’est d’ailleurs pendant la crise sanitaire, en juin 2020, que les Européens se sont accordés pour créer une "boussole stratégique", à l’initiative de l’Allemagne.

Les menaces qui pèsent sur l’Union européenne

Pour créer ce nouvel outil, l’UE a dû d’abord identifier des menaces et des défis communs. Un travail effectué avec l’aide des services de renseignements des États membres. Parmi ces défis, les uns sont globaux comme le changement climatique, la pression migratoire ou la rivalité économique entre deux puissances mondiales ; d’autres sont régionaux comme un conflit ou un état fragile aux frontières de l’Union ; d’autres encore visent directement l’Union européenne : on parle ici de menaces terroristes, de désinformation ou encore cyberattaques.

Des actions pour les contrer

La deuxième étape vient de commencer. Elle doit permettre aux dirigeants européens de s’accorder sur des objectifs stratégiques communs pour relever ensemble ces menaces et ces défis. L’Union européenne verrait son rôle de l’Union européenne en tant qu’acteur en matière de sécurité et de défense renforcé dans 4 domaines d’action : la gestion des crises, la résilience, les capacités et les partenariats.

Les chefs d’État et de gouvernement européens se sont emparés du dossier pour la première fois lors du sommet par visioconférence ce vendredi 26 février. Dans leur déclaration finale, les 27 ont fait de premiers pas. Par exemple, ils se disent déterminés à "renforcer l’engagement opérationnel civil et militaire de l’Union" ou "à renforcer la base industrielle et technologique de défense européenne". Les Européens ne partent pas de zéro. Il y a 5 ans, ils ont lancé la coopération structurée permanente (connue aussi sous son acronyme anglais, PESCO) qui permet aux États membres de développer des projets de collaboration dans le domaine de la défense. Des projets qui pourront à l’avenir bénéficier du nouveau Fonds européen de défense doté d’une enveloppe de 8 milliards d’euros.

2 images
Le président du Conseil, Charles Michel : « Une Union européenne plus forte, c’est une Alliance transatlantique plus forte ». © Photo by JOHN THYS / AFP

Une Europe forte pour des partenariats forts

L’Union européenne entend donc renforcer son autonomie d’actions. Mais sans faire cavalier seul. Les dirigeants européens entendent encore "coopérer étroitement avec l’OTAN" et ils disent se réjouir "à la perspective de coopérer avec la nouvelle administration américaine sur un programme transatlantique fort et ambitieux comprenant un dialogue étroit sur la sécurité et la défense". Un positionnement résumé en une phrase par le président du Conseil, Charles Michel : "Une Union européenne plus forte, c’est une alliance transatlantique plus forte".

Au terme de leur réflexion, en principe d’ici mars 2021, les dirigeants des 27 adopteront leur " boussole stratégique ". Elle définira l’ambition future de l’Union européenne dans les domaines de la sécurité et de défense. Une ambition qui dépendra de la capacité des États-membres à dépasser la défense de leurs intérêts nationaux pour penser et agir au nom des intérêts de l’Union européenne dans son ensemble.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK