Avec "l'année du retour", le Ghana ouvre les portes à sa diaspora

Le fort de Cape Coast, point central du commerce triangulaire pendant des siècles.
Le fort de Cape Coast, point central du commerce triangulaire pendant des siècles. - © Dylan GAMBA

En 1619, le premier esclave africain était conduit en Amérique du Nord. Quatre siècles plus tard, le président ghanéen, Nana Akufo Addo a décrété que 2019 devait être "l'année du retour". Le but : attirer les membres de la diaspora pour qu’ils visitent, investissent et s’installent dans le pays.

Le Ghana, pays anglophone d’Afrique de l’Ouest, a payé un lourd tribut durant la période du commerce d’esclaves. Selon les estimations, entre 12 et 15 millions de femmes et d’hommes ont été embastillés entre les XVe et XVIIIe siècles dans des forts le long de l’océan Atlantique, avant d’être conduits dans les colonies, notamment aux Amériques.

Le plus emblématique est le château de Cape Coast situé à environ 100 kilomètres à l’Ouest d'Accra, la capitale. Plusieurs millions de personnes y ont été enfermés pendant plusieurs siècles. Lors d’une visite en 2009, le président américain Barack Obama avait évoqué un lieu d’une "immense tristesse". C’est ici que se trouve la "porte du non-retour", qui symbolise le dernier moment où les esclaves ont pu foulé le sol africain. Désormais, les membres de la diaspora retournent au Ghana.

"J’ai directement su que j’étais de retour à la maison"

Trevor Watson, un Britannico-Jamaïcain de 62 ans, n’a pas attendu l’appel du chef de l’État ghanéen pour se rendre au Ghana. Retraité de la fonction publique hospitalière, considérant être victime de racisme à Londres, il décide de se rendre au Ghana en 2016. "Dès que j’ai posé le pied ici, j’ai su que j’étais de retour à la maison", témoigne-t-il.

Influencé par son grand frère qui lui a beaucoup parlé du penseur panafricaniste Marcus Garvey qui évoquait le retour sur le continent des descendants d’esclaves, il ne regrette pas d’avoir sauté le pas. "Par contre, mon grand frère n’est toujours pas venu au Ghana, il est meilleur pour la théorie que pour la pratique", confie-t-il dans un grand rire. Il s’est installé avec sa femme à Oyibi, un village situé à une centaine de kilomètres au Nord d'Accra.

"Vivre et mourir ici"

La trajectoire de David Faso est différente. Le jeune homme de 34 ans, né à Accra, a vécu pendant sept ans au Royaume-Uni après ses études à l’université. "Mais je me suis toujours dit que je vivrai et mourrai ici", confie-t-il. Installé à Londres avec sa femme, il y a effectué de nombreux métiers. "J’ai été successivement agent d’entretien, concierge, agent de sécurité avant de finir dans le marketing avec un emploi bien rémunéré", énumère-t-il.

Mais il a le déclic lors d’une conversation. "Je discutais avec un agent de sécurité qui devait avoir la soixantaine, qui était éduqué mais qui en était réduit à faire ce métier", évoque-t-il, dépité. Ne voulant plus remettre à demain son retour, il rentre au Ghana en juin 2017 pour lancer sa société de vente de T-shirts personnalisés.

"On ne peut pas résoudre les problèmes du Ghana depuis l'étranger"

Et ce malgré les réticences de sa femme. "Ma compagne, qui est allemande mais a grandi au Ghana, ne voulait pas vivre ici, mais elle a fini par me suivre dans l’aventure", sourit-il. Aujourd’hui, il ne regrette pas son choix. "Vivre en Europe n’a jamais été une fin en soi pour moi. Le Ghana a de nombreux problèmes mais on ne peut pas les résoudre quand on vit à l’étranger", poursuit-il. Tout comme Trevor Watson, David Faso évoque également le racisme ambiant au Royaume-Uni comme élément déclencheur, "tout particulièrement dans la période post-Brexit", soutient le trentenaire.

Mais s’installer au Ghana peut également s’avérer difficile. Trevor Watson évoque la bureaucratie ambiante, notamment pour obtenir un visa. L’entrepreneur David Faso mentionne, outre les lourdeurs administratives, les nombreuses coupures d’électricité. Mais ni l’un ni l’autre ne songe à retourner au Royaume-Uni.

Le mouvement des "returnees" prend son essor au début des années 2000. Le Ghana vient de vivre sa première décennie de démocratie et la croissance économique est au rendez-vous, portée par les revenus tirés de l’or et du cacao. Un terreau fertile pour attirer les membres de la diaspora. A l’occasion de "l’année du retour", le pays espère augmenter le nombre de touristes, de 350.000 en 2019 à 500.000 en 2019.

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