Aux États-Unis, les communautés noires et latinos toujours victimes de la crise des subprimes

Il y a dix ans survenait la crise des subprimes aux États-Unis. Touchant à la fois les citoyens américains issus des classes moyennes et les banques, la crise financière a pris des proportions démesurées. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Mis en place au début des années 2000, les subprimes ont permis à la classe moyenne américaine présentant des revenus faibles de pouvoir contracter un prêt hypothécaire afin d'acheter un bien immobilier. Ces classes moyennes étaient majoritairement constituées des populations noires et latinos. Dix ans après la crise, la situation financière américaine s'est améliorée, le secteur bancaire américain s'étant redressé et recapitalisé. Pourtant, la situation de ces familles afro-américaines et latinos ne semblent pas s'être grandement embellie.

Imaginez que chaque jour vous vous réveillez avec des lettres qui disent que vous allez être expulsée. Vous ne comprenez pas le jargon juridique. Vous avez des enfants. Mais pas d’argent. C’est bouleversant.

Depuis 2008, les expulsions de citoyens noirs et latinos n'ont fait qu'augmenter laissant parfois des quartiers totalement à l'abandon. Loretta Hill a perdu sa maison en 2008 : "Imaginez que chaque jour vous vous réveillez avec des lettres qui disent que vous allez être expulsée. Vous ne comprenez pas le jargon juridique. Vous avez des enfants. Mais pas d’argent. C’est bouleversant. Vous ne savez pas que faire. Vous craquez nerveusement. J’étais émotionnellement submergée".

Raciste, la crise des subprimes?

Au vu du nombre de maisons laissées pour compte, de nombreux investisseurs ou particuliers en ont profité pour racheter des logements. On assiste alors à un retournement de situation : beaucoup de quartiers où les blancs étaient minoritaires sont maintenant peuplés en majorité de personnes blanches. Remises à neuf, ces maisons demandent un budget plus important qu'avant la crise.

Patricia Makin, habitante de la banlieue majoritairement noire d'Anacostia depuis 30 ans, illustre la situation : "Il n’y avait qu’une seule autre famille blanche qui habitait ici dans le quartier, j’étais une pionnière mais j’ai toujours été bien accueillie. J’ai vu le marché changer complètement. Si tu n’as pas deux salaires dans la famille maintenant c’est impossible d’acheter ici."

La nécessité d'avoir des revenus suffisamment importants ajoute une couche de problèmes à ceux véhiculés par la crise. Après avoir perdu leur maison, bon nombre de citoyens des communautés noires et latinos doivent aussi affronter la discrimination liée à l'emploi pour espérer se reloger : "Ç'a été très difficile et ça continue à être difficile. Particulièrement quand tu vois des parties de la ville se développer et toi tu n’as pas accès à cette prospérité. Beaucoup n’arrivent pas à trouver un emploi, ils regardent de l’autre côté de la route et ils voient d’autres gens qui se développent, et cela provoque de la haine et de la souffrance", témoigne Tyron Parker.

Les noirs et les latinos se voient imposer des taux beaucoup plus élevés

Mais voilà, ce racisme primaire lié à l'emploi se retrouve également lors de la crise des subprimes. Pour la sociologue américaine Kris Marsh, de l'Université du Maryland, "le marché du logement est raciste aux États-Unis. Les noirs et les latinos se voient imposer des taux beaucoup plus élevés. Ils vont payer leur maison plus chère au final. Ils n'ont pas pu se remettre aussi vite de la crise que les blancs et ça renvoie à la disparité des revenus qui existent aux USA".

S'estimant lésés par l’État, des citoyens américains ont déposés une série de plaintes à l'encontre des banques pour discrimination. Celles-ci sont pour le moment classées sans suite.

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