Aux Etats-Unis, l'exploitation sexuelle explose à l'approche du "Super Bowl"

La finale du Super Bowl, qui aura lieu à Miami le 2 février prochain, est responsable d'une augmentation sensible du trafic d'êtres humains.
2 images
La finale du Super Bowl, qui aura lieu à Miami le 2 février prochain, est responsable d'une augmentation sensible du trafic d'êtres humains. - © ANGELA WEISS - AFP

Il y a un an, la 53e finale du Super Bowl avait lieu à Atlanta, en Géorgie. Les New Englands Patriots affrontaient et faisaient plier les Los Angeles Rams, au terme d’une rencontre qui restera dans les mémoires. Qu’on ne s’y trompe pas. D’avis de spécialistes, ce n’est pas pour la beauté du sport que l’édition 2019 demeurera inoubliable. Mais pour son déroulé extrêmement ennuyeux. Aussi pénible sur le terrain, paraît-il, que très mouvementé côté coulisses. Car l’évènement, l’une des plus grandes manifestations festives des Etats-Unis, a un sombre à-côté. Il sonne le réveil de multiples organisations criminelles qui comptent tirer profit des failles que l’élaboration de ce gigantesque rassemblement populaire peut inévitablement présenter.

Le Super Bowl, une "actualité criminelle"

Il aura fallu attendre 2014, et une finale dans le New Jersey, pour véritablement tirer le constat. Cette année-là, les autorités judiciaires et policières mènent une vaste opération pendant le Super Bowl. Une vingtaine de mineurs d’âge, dont la plupart des parents avaient signalé la disparition, sont secourus. Des perquisitions mettent au jour un vaste réseau de prostitution d’enfants et d’adolescents. Un responsable du FBI invente un nouveau terme, l'"actualité criminelle". Soit l’ensemble des crimes et délits perpétrés en marge d’événements populaires de grande ampleur, dans un laps de temps déterminé par la durée de l’opération. "La traite des êtres humains s’amplifie malheureusement lorsqu’arrive ce type de grand événement", déplore Anthony W. Salisbury, un agent du Département de la sécurité intérieure, "tous les endroits où les gens viennent pour s’amuser attirent les trafiquants de tous poils." Il y a six ans, plus de 45 proxénètes et complices ont été arrêtés, la plupart ont été condamnés.

 

Une exploitation "locale"

Cette année, c’est Miami, en Floride, qui accueille l’évènement. Les autorités ne pourront pas dire qu’elles ne savaient pas. Miami a des problèmes que le Super Bowl va clairement amplifier. Aux Etats-Unis, juste après la Californie et le Texas, c’est en Floride que le trafic d’êtres humains augmente le plus dangereusement. En particulier l’exploitation sexuelle. "Des données mettent en évidence que l’exploitation sexuelle lors des Super Bowl est une exploitation locale", analyse la directrice d’une agence américaine qui lutte contre ce type d’abus. "C’est la fin d’un mythe. A peine 30% des filles ou des garçons exploités passent la frontière d’un Etat. La grosse majorité des gamins abusés sont des enfants de la région. La plupart ont entre 12 et 18 ans."

Les autorités de la ville ont donc décidé de communiquer. Très visibles depuis plusieurs jours, des affiches ont fleuri dans les stations de bus ou de métro. Des encarts qui font la publicité d’une toute nouvelle loi, entrée précisément en vigueur au début de cette année. En Floride, désormais, les personnes arrêtées pour avoir eu recours aux faveurs de travailleur.euse.s du sexe sont pris.se.s en photo. Ces clichés pris par la police, accompagnés des données personnelles des clients apparaissent désormais sur un registre en ligne, accessible d’un simple clic.

Des citoyens appelés à devenir des "yeux"

Autre nouveauté : la prise en charge des victimes. Les autorités de la ville souhaitent sensibiliser les citoyens. En les incitant à devenir des "yeux". En d’autres termes, un large panel de formations diverses est proposé. Employés d’hôtels, gardiens et même chauffeurs de bus ou Uber sont encouragés à repérer les signes qu’enverrait une victime. On pense ici que ces métiers sont les plus susceptibles de croiser le chemin de personnes prises au piège. Dans l’espoir de les en délivrer. Une attention de tous les instants qui ne ravira pas les plus ardents défenseurs de la vie privée. Puisque des employés d’hôtels, par exemple, sont encouragés à signaler le client qui demandera une chambre près d’un escalier ou qui refusera que le ménage soit fait… Ces mêmes employés qui sont priés de rester attentifs aux tatouages, dont certains indiquent que la victime appartient à un trafiquant. Surtout si plusieurs personnes arborent le même…

Bref, une vigilance de tous les instants. Soutenue par les organisateurs du Super Bowl, qui se sont dits totalement associés à la campagne. Et pour cause. Début de l’an dernier, le propriétaire de l’équipe de football des New England Patriots, 78 ans, a été inculpé pour avoir sollicité les services de prostituées dans un salon de massage, pendant les jours précédant le Super Bowl. C’est la suite de ces révélations, qui ont fait l’effet d’une bombe aux Etats-Unis, que les organisateurs de l’événement se sont juré de se montrer des plus vigilants.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK