Autoritarisme, ingérence en RDC... "Je dors très bien", déclare Paul Kagame

La question la plus brûlante du moment concernant le Rwanda, et plus précisément Paul Kagame, chef de l'Etat rwandais depuis plus 13 ans, est évidemment celle de l'ingérence dans l'Est du Congo.

Si la question empoisonne les relations entre les deux pays depuis longtemps, et singulièrement depuis le milieu des années 90, les critiques se sont multipliées ces derniers temps suite aux actions de la rébellion du M23, soupçonnée d'être soutenue par Kigali.

Brigade d'intervention ONU dans l'Est du Congo: "C'est tout simplement ridicule"

Ladite question est posée sans ambages au président Kagame dans une interview publiée par Jeune Afrique: "Comment expliquez-vous que très peu de gens vous croient lorsque vous démentez toute interférence en RD Congo?".

La réponse du leader du FPR (Front Patriotique rwandais) renvoie une rafale de questions à l'envoyeur: "Pourquoi a-t-on décidé de ne pas nous croire, alors que tout le monde s'accorde à reconnaître que les problèmes du Congo sont des problèmes fondamentalement congolais? Qu'ils touchent à la gouvernance, à la citoyenneté, à l'identité de ce pays? Pourquoi aussi peu de gens nous croient, alors que chacun se rend compte que la mission des Nations unies (...) ne sert manifestement à rien ? Pourquoi, depuis des années, la perception du Rwanda se base-t-elle non sur des faits vérifiés mais sur des communiqués de presse mensongers qui émanent d'ONG ou d'associations manipulées et qui sont complaisamment repris par les médias occidentaux ?", interroge notamment Paul Kagame.

"Reconnaissez pourtant qu'il est difficile de croire que les rebelles du M23 ne sont pas proches de vous...", relance un peu plus tard le journaliste François Soudan.

"Difficile pour qui ?", réplique Paul Kagame. "Pour ceux qui ont décidé d'ignorer les faits, de publier des rapports biaisés et de ne pas nous écouter. Le M23 n'est pas mon affaire, c'est l'affaire du gouvernement congolais. Et puis, pourquoi cette obsession du M23? Il y a beaucoup d'autres groupes rebelles au Congo qui, apparemment, n'intéressent personne".

D'ailleurs, selon cet ancien chef militaire, l'envoi d'une force panafricaine forte de 3000 hommes, sous un mandat renforcé et sous l'égide de l'ONU pour mettre fin aux rébellions dans l'Est du Congo, est tout simplement "ridicule". "(...) je sais à l'avance que cela ne résoudra rien. La solution doit être politique, parce que le problème est politique. En quoi une brigade d'intervention équipée de drones de surveillance est-elle un remède au déficit de gouvernance, d'infrastructures, d'institutions et d'administration dont sont victimes les populations? Ce n'est ni le bon diagnostic ni le bon médicament. C'est tout simplement ridicule", juge-t-il.

Liens entre politique et business: "En Europe, les candidats mendient auprès des contributeurs. Est-ce raisonnable?"

Autre sujet qui fâche du côté de Kigali, la dénonciation de la mainmise du parti au pouvoir, le FPR, sur l'économie du pays.

"Les fonds d'investissement (du FPR) pèsent plusieurs centaines de millions de dollars. Est-il sain qu'un mouvement politique soit à ce point impliqué dans les affaires?", questionne le journaliste de Jeune Afrique.

"La dernière élection américaine a coûté 2 milliards de dollars (1,5 milliard d'euros), récoltés auprès de donateurs privés, au point que les cyniques affirment que le vainqueur a été celui qui a réuni le plus d'argent. Est-ce sain?", rétorque son interlocuteur. "En Europe, partis et candidats doivent souvent mendier auprès des contributeurs pour survivre. Est-ce raisonnable? Êtes-vous sûr que ce système ne suscite ni obligation ni dépendance, contraires à la transparence et à la démocratie? Le problème des rapports entre l'argent et la politique n'est pas soluble dans les idées simples, et notre histoire, au FPR, est singulière. Dès le premier jour de notre lutte de libération, nous avons considéré comme cruciale notre indépendance financière", explique-t-il.

"Si vous voulez tout savoir, je dors très bien la nuit"

"Vous avez déclaré que tous vos opposants en exil pouvaient rentrer au Rwanda. Pensez-vous réellement que Faustin Twagiramungu, Paul Rusesabagina, Emmanuel Habyarimana et d'autres, qui vous qualifient de dictateur, ne risquent pas d'être poursuivis en justice à leur arrivée à Kigali?", a encore interrogé le magazine Jeune Afrique.

"J'ai effectivement dit qu'ils pouvaient revenir et que les conditions étaient réunies pour cela. La suite les concerne, eux et la justice rwandaise". Autrement dit, ces exilés n'ont aucune garantie sur leur sécurité juridique en cas de retour au pays (...) Je ne vois pas sur quelles bases juridiques fonder leur immunité, encore moins leur impunité". Autrement dit, ces exilés sont libres de revenir mais seraient alors probablement inculpés et traduits devant les tribunaux, à l'instar de Victoire Ingabire.

Est-il à tout le moins prêt à "négocier avec eux", lui demande alors le journaliste. "Négocier quoi?", balaie l'interviewé. "Ce qu'ils veulent tient en un mot : le pouvoir. Je ne le leur donnerai pas, en tout cas pas en dehors des voies légales prévues pour y parvenir. Il n'y a rien à négocier".

Après avoir passé en revue la plupart des dossiers chauds liés au régime rwandais et à son président en particulier, ce dernier conclut sereinement: "Cela ne m'empêche pas de vivre et ne changera rien à l'heure de ma mort. Si vous voulez tout savoir, je dors très bien la nuit".

Julien Vlassenbroek (@julienvlass)

Pour lire l'intégralité de cette interview, rendez-vous sur le site de Jeune Afrique

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