Australie: comment Melbourne a gagné contre le coronavirus après un confinement marathon tout l'hiver

Une patrouille de police sur la digue à Melbourne
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Une patrouille de police sur la digue à Melbourne - © WILLIAM WEST - AFP

Melbourne, la capitale de l’Etat australien de Victoria a déjà vécu deux confinements. Et en ce printemps austral, la deuxième plus grande ville d’Australie peut commencer à respirer. Pour le deuxième jour consécutif, aucun nouveau cas de coronavirus n’a été enregistré. Ses 5 millions d’habitants peuvent enfin rêver à lever ce deuxième "lockdown", un des plus durs au monde, et un des plus longs, 110 jours, qui a pratiquement duré tout l’hiver. C’est la fin d’un effort collectif, provisoirement en tout cas, mais une fin heureuse.

L’Australie a pu contenir aisément la première vague du début d’année. Mais tout avait recommencé début juillet, pendant ces longues et sombres nuits d’hiver : la capitale culturelle de l’Australie faisait face à une nouvelle vague mortelle d’infections. 700 cas en plus par jour.

Melbourne connaît une flambée du nombre de cas, en raison de négligences dans les hôtels où les personnes revenant de l’étranger effectuaient leur quarantaine. Ces manquements font actuellement l’objet d’une enquête judiciaire.

Vers la levée d’un confinement des plus stricts

Le couvre-feu avait été imposé, obligation de rester chez soi, port du masque, fermeture des commerces non-essentiels…

Aujourd’hui, Melbourne semble avoir gagné la bataille et peut se ranger aux côtés de pays comme le Vietnam, la Corée du Sud, la Nouvelle-Zélande, Singapour et Hong Kong.

A partir de minuit, dans la nuit de mardi à mercredi, les habitants pourront à nouveau se rendre chez d’autres personnes, dans un rayon de 25 km autour de chez eux, a annoncé mardi le Premier ministre de l’Etat Daniel Andrews.

Le couvre-feu nocturne avait déjà été levé fin septembre au terme de deux mois.

Les restaurants, salons de beauté et commerces pourront de nouveau accueillir des clients mais les salles de sport devront attendre le 8 novembre pour rouvrir.

C’est également à cette date que les habitants pourront se déplacer au-delà de 25 km au sein de l’Etat de Victoria. Pour l’heure, les frontières entre le Victoria et les autres Etats demeurent fermées.

Pourquoi ce succès ?

La BBC a voulu savoir comment Melbourne avait réussi à juguler la deuxième vague.

L’avis des professionnels de la santé est positif : cela a fonctionné.

Raina McIntyre, professeur de biosécurité à l’Institut Kirby de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud, explique que la réponse de l’Australie avait été "à des années-lumière" des États-Unis et du Royaume-Uni.

"Je suis assez fière de ce que nous avons accompli ici", confirme Sharon Lewin, directrice du Doherty Institute de Melbourne. "Le résultat a été extraordinaire – pas sans douleur, cependant."

Comment survivre au confinement ?

Et en effet, l’impact sur l’économie a été loin d’être pas négligeable, tout comme celui sur la santé mentale. Début juillet, 3000 habitants de tours d’habitations ont été pour ainsi dire bouclés chez eux à Flemington et North Melbourne. Des foyers de contaminations y avaient été décelés. La police montait la garde.

Nombreux aussi sont ceux qui ont résisté. Ces "citoyens souverains" comme ils se désignent, un mouvement d’origine américaine, ont même affronté violemment les forces de l’ordre au mois d’août…

"L’Europe et les États-Unis sont confrontés à des chiffres extrêmement élevés. Dans le Victoria, nous avons eu une épidémie limitée à peu de chose près juste à Melbourne, et le reste de l’Etat avait des chiffres extrêmement bas", explique Sharon Lewin. "Nous n’avions absolument pas d’autre choix que de nous engager dans un lockdown important si nous voulions arriver au niveau du reste du pays, et cela nous a motivés."

De nouveaux loisirs ont fait leur apparition, comme le "burbing", le cyclisme dans son "suburb", sa banlieue, car les déplacements pour faire de l’exercice étaient limités à 5 km autour du domicile. Une façon de se tenir en forme physiquement mais aussi mentalement.

Des voix s’élèvent à présent pour accélérer le déconfinement : Adel Salman, vice-président de Conseil musulman de Victoria souligne : "La pression exercée sur les familles, l’augmentation de la violence domestique – ce sont tous des facteurs préoccupants."

La clé du testing

Face à la pandémie, l’Australie bénéficie du fait d’être une île isolée. La fermeture des frontières dès mars a fonctionné.

Mais c’est l’arme des tests et l’isolement des cas positifs qui a été déterminant, selon le professeur Lewin : "Cela a été le secret du succès". Près de 8,5 millions de tests ont été effectués en Australie depuis le début de la pandémie. Plus d’un tiers a eu lieu dans l’Etat de Victoria.

Le manque de ressources du système de santé est cependant apparu comme criant au début de la crise de même que les lacunes du traçage.

Le ministre fédéral de la Santé, Greg Hunt, se veut rassurant et estime qu’à présent les choses s’améliorent. Il résume ainsi les quatre piliers critiques dans la réponse de l’Australie à la crise du Covid-19 : la fermeture des frontières, un bon testing dans tous les États, le traçage où la Nouvelle-Galles du Sud excelle, et enfin l’acceptation par l’ensemble des citoyens des gestes barrières.

Pas encore de vrai retour à la normale

"Nous ne pouvons pas réussir à contenir la maladie si nous ne changeons pas notre mode de vie jusqu’à ce que nous puissions avoir suffisamment de vaccins assez efficaces pour tout le monde", avertit le professeur McIntyre.

"Nous ne pouvons pas nous contenter de nier et souhaiter que nos vies reviennent à la normale. C’est une catastrophe naturelle unique dans une vie aux proportions catastrophiques."

Fort de ce résultat mais sans triomphalisme, l’Etat de Victoria et sa capitale Melbourne peuvent envisager un été et un Noël presque normal. La vigilance reste cependant de mise. Le virus est toujours présent en Australie. Il a fait 900 morts.

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