Oslo: Aung San Suu Kyi délivre un discours vibrant et plein d'espoirs

À Oslo, Aung San Suu Kyi appelle la Chine à libérer Liu Xiaobo
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À Oslo, Aung San Suu Kyi appelle la Chine à libérer Liu Xiaobo - © AFP

Le président du comité Nobel, Thorbjoern Jagland, a accueilli samedi à l'hôtel de ville de Oslo la lauréate du prix Nobel de la Paix 1991, Aung San Suu Kyi, et a déclaré espérer que le dissident chinois Liu Xiaobo, lauréat en 2010, vienne un jour à Oslo. Elle a également appelé à la réconciliation nationale

Plus de deux décennies après avoir reçu le prix, "Aung San Suu Kyi est enfin là", a-t-il-dit dans un discours en l'honneur de l'icône mondiale de la démocratie, qui effectue son premier déplacement en Europe en 24 ans, après des années d'assignations à résidence.

"Nous espérons que Liu Xiaobo n'aura pas à attendre aussi longtemps qu'elle avant de pouvoir venir à Oslo", a déclaré Thorbjoern Jagland.

"Nous vous avons attendu pendant très longtemps", a dit le président du comité Nobel à Aung San Suu Kyi.

"Toutefois, nous sommes bien conscients que votre attente a été infiniment éprouvante et d'une nature complétement différente de la notre. Mais soyez bien consciente que dans votre isolement, vous êtes devenue un leader moral pour le monde entier".

En résidence surveillée mais autorisée par la junte militaire à se rendre à Oslo pour recevoir son prix Aung San Suu Kyi avait préféré rester en Birmanie par crainte de ne plus pouvoir y revenir. En 1991, une chaise vide avait été symboliquement placée sur le podium et en son absence, son époux, le Britannique Michael Aris, et leurs deux fils Alexander et Kim ont reçu la prestigieuse récompense en son nom le 10 décembre.

La Norvège l'attendait depuis plus de vingt ans

Aung San Suu Kyi a été accueillie vendredi après-midi avec des fleurs offertes par le président du comité Nobel. Souvent emprisonnée ou assignée à résidence ces deux dernières décennies, la lauréate du Nobel de la paix n'était pas venue chercher son prix en 1991 car la junte lui aurait fermé les portes de la Birmanie à son retour. 

"Ce voyage est pour moi un voyage de découvertes: je revois le monde avec de nouveaux yeux. Tout a beaucoup changé en 24 ans", explique-t-elle. "Je voudrais remercier la population norvégienne et tous ceux qui nous ont aidé pendant cette période très difficile. Nous ne sommes en aucun cas arrivé au bout du chemin, au contraire, ce n'est que le début", affirme Aung San Suu Kyi à Oslo. 

Élue députée au Parlement birman il y a deux mois et demi, l'icône de la démocratie birmane aura droit ce week-end aux mêmes honneurs que tous les lauréats du Nobel. Il n'y aura pas de remise formelle du prix lors de la cérémonie de ce samedi, il avait déjà été donné à son mari et ses enfants. Mais c'est bien le discours de la lauréate que tout le monde attend. "Je dois avouer que je n'ai pas préparé ce discours pendant 20 ans. En fait, je n'ai travaillé dessus que depuis la semaine dernière", explique-t-elle. "Ce discours sera le résultat de ce que j'ai vécu ces 20 dernières années". 

Elle lance un appel à la réconciliation nationale en Birmanie

A l'issue d'une année riche en réformes, mises en place par le pouvoir birman, Mme Suu Kyi a promis d’œuvrer à la réconciliation nationale mais s'est attachée à souligner les problèmes liés aux prisonniers d'opinion et à la poursuite de conflits ethniques dans son pays.

"Mon parti, la Ligue nationale pour la démocratie, et moi-même sommes prêts et désireux de jouer tout rôle dans le processus de réconciliation nationale", a-t-elle annoncé dans son discours.

Elle a rappelé son "optimisme prudent" dans la transition démocratique de son pays actuellement dirigé par le Président Thein Sein, un ancien général, qui a constitué un gouvernement presque entièrement civil.

"Si je plaide en faveur d'un optimisme prudent, ce n'est pas parce que je n'ai pas confiance dans le futur mais parce que je ne veux pas encourager une confiance aveugle", a-t-elle expliqué.

Bien que le gouvernement ait signé des cessez-le-feu avec la plupart des groupes ethniques rebelles, "les hostilités n'ont pas cessé" en Birmanie, faisant référence au conflit qui oppose la communauté bouddhiste à la minorité musulmane et aux combats avec les Kachins.

RTBF et Belga

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