Aube Dorée: Le procès-fleuve qui fait mal à l'extrême-droite en Grèce

Le chef d'Aube Dorée, accusé de constitution d'une organisation criminelle, a plaidé non coupable devant la justice grecque
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Le chef d'Aube Dorée, accusé de constitution d'une organisation criminelle, a plaidé non coupable devant la justice grecque - © LOUISA GOULIAMAKI - AFP

Une vague d’attaques physiques violentes déferle sur la Grèce. Un incident tous les trois jours dans la capitale, Athènes. Les autorités leur attribuent la particularité d’être des "actes racistes". Nous sommes en 2012. Des victimes, d’après leurs témoignages, reconnaissent leurs agresseurs. Tous portent des insignes reconnaissables : des vestes noires floquées, brodées de dérivés de croix gammées. Cette année-là, le parti Aube Dorée s’offre une entrée fracassante au Parlement, dans lequel 18 députés font leur entrée. Fracassant, le sentiment de puissance des partisans violents du parti l’est certainement aussi. A l’époque, un représentant de Médecins du Monde expliquait que les agresseurs n’essayaient pas de tuer leurs victimes. Mais de provoquer des blessures suffisamment visibles pour distiller la peur dans les communautés.

Aube Dorée décomplexée

Aube Dorée, qui n’était alors qu’un groupuscule d’extrême-droite semi-clandestin, gagne en popularité, à la faveur de la crise économique et sociale. Arrivé au pouvoir, c’est comme si les vannes étaient lâchées. A cette époque, entre 2010 et 2013, les attaques contre les immigrés, les militants de gauche ou les centres sociaux se multiplient. On dit l’organisation divisée en trois cercles : les "purs et durs" – cercle restreint et ouvertement fasciste à qui l’on doit la création de milices -, un cercle restreint, lui aussi, composé d’électeurs d’extrême-droite affiliés à la cause et puis le dernier, plus large, autour duquel gravitent de personnes indignées par le système politique et asphyxiées par le climat ambiant.


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Quatre ans de procès

C’est ce dernier cercle qui s’est montré le plus infidèle, lorsque les agissements d’Aube Dorée furent décortiqués devant la justice grecque. Lorsque s’ouvre le procès en avril 2015, la presse le baptise "le procès du siècle." Jusqu’à 69 personnes, dont une vingtaine d’ex-députés ou de membres du parti, comparaissent sur le banc des accusés. L’accusation n’est pas légère : il leur est reproché la constitution d’une organisation criminelle. Des analystes estiment qu’il ne s’agit pas seulement du procès d’un parti politique, mais celui d’une organisation criminelle, construite de façon militaire. En filigrane, il y a la tentative de meurtre de quatre pêcheurs égyptiens en juin 2012 ou l’attaque à la batte de base-ball de membres d’un syndicat communiste. Mais c’est surtout la mort d’un jeune rappeur antifasciste en 2013, poignardé par un membre d’Aube Dorée, qui marquera l’opinion publique et servira de déclencheur pour les poursuites pénales. Le chef d’Aube Dorée est d’ailleurs aussi accusé d'"instigation morale" pour ce meurtre très médiatisé.

 


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Les 400 jours de procès et le défilé de 300 témoins sonneront le glas d’Aube Dorée. D’autant que la Grèce va – un peu – mieux. Les chiffres de croissance et du chômage ne plongent plus. Les raisons de la colère de l’électeur grec ne sont plus vraiment là. Le troisième cercle, celui des "indignés", s’est peu à peu désolidarisé de la formation qui les avait séduits en 2012. Les crises internes viennent encore un peu plus miner l’ensemble. Un ancien général de l’armée grecque, un des responsables du parti, claque la porte. Il dénonce "un parti aux mains de fainéants". Bref, d’un coup d’un seul, Aube Dorée, perd, en juillet dernier, la totalité de ses 18 parlementaires. Les néonazis ne parviennent pas aux 3% nécessaires pour garder leurs sièges. Dans une vidéo, on entend le chef déchu hurler que son parti n’a pas disparu. "Le combat pour le nationalisme continue !", crie-t-il dans ce film court où il semble bien seul désormais.

Une comparution après quatre ans de procès

D’autant que Nikos Michaloliakos est réapparu aujourd’hui. Au tribunal. Plus de quatre ans après le début du procès, il a plaidé non coupable, comme il l’avait fait lors de l’instruction. Il se dit victime d’un complot politique. "Il n’y a pas d’organisation criminelle", estime-t-il, en rejetant toutes les accusations, "nous sommes des nationalistes, pas des néonazis." Les témoignages, les pièces à conviction lui sont exposés. La partie civile revient sur la mise en place de milices, sillonnant les rues d’Athènes, tabassant à coups de pied ou des barres de fer migrants ou opposants politiques. "Il n’y a pas eu de milices", se borne à dire l’accusé.


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Ce procès, qualifié d’historique par la partie civile, aura donc été l’un des facteurs qui a entraîné le déclin du parti. Le soutien, mais aussi l’organisation du parti ont fini ébranlé par quatre années de procès. Cet été, les votes se sont dispersés vers l’abstention en 2019 ou une autre forme de nationalisme en Grèce. Un parti récent, La solution grecque, a cartonné lors des élections de juillet, s’imposant comme cinquième formation du pays en obtenant 10 sièges. Dirigé par un membre du parti populaire orthodoxe, réputé xénophobe, homophobe et adepte de la théorie du complot. Ce qui fait dire aux spécialistes que l’extrême droite n’a pas disparu en Grèce, mais qu’elle s’est adaptée.

Manifestation devant un tribunal athénien contre le parti Aube Dorée

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