Au Yémen, la pire situation humanitaire du monde

C'est un pays pauvre. Le plus pauvre de la péninsule arabique. Depuis 2014, un conflit meurtrier ravage le Yémen. La guerre a déjà fait 10.000 morts. Pourtant aujourd'hui, plus que les bombes et les raids aériens, c'est la faim et le choléra qui menacent la population forte de 28 millions d'habitants.

Des responsables humanitaires estiment que le bilan réel est largement plus élevé. Le conflit a provoqué la pire crise humanitaire du monde, selon l'ONU qui estime que jusqu'à 20 millions de personnes sont menacées de famine.

Peu de journalistes sur place

Une équipe de la VRT a pu se rendre dans le pays, il y a quelques jours. Dans la capitale Sanaa, le journaliste a choisi l’hôpital Al-Shabeen, le meilleur hôpital pour enfants du pays, pour tenter de comprendre la situation.

Le bâtiment est difficilement accessible pour les gamins des zones de guerre. Dans la salle d'urgence, il n'y a pas assez de lits. Parfois, quatre malades occupent un seul lit. Jeanet a deux ans et souffre d'un œdème causé par la malnutrition. Samula, elle, a 13 ans. Elle ne pèse que 16 kg et souffre de la tuberculose. Méningite, choléra, malnutrition, tuberculose, pneumonie. Toutes ces maladies sont présentes à l'hôpital.

Walid Bin Hamam est pédiatre. C'est lui qui accueille l'équipe de télévision flamande et explique le fonctionnement de l'hôpital. "Le lait, la nourriture, tout est gratuit. Comme vous le dites, quiconque peut venir ici a beaucoup de chance". Mais comme le fait très bien remarquer le journaliste, la plupart des enfants qui meurent sont à l'extérieur de l’hôpital. "Oui, il y en a beaucoup, je peux dire", reconnait le médecin.

Malgré son état général encore fort faible, Samula ne se plaint pas. "Nous n’avons pas de médicaments, pas d’argent. Nous sommes malades. Mes pieds me font encore mal. Mais ça va, dieu merci."

 

Guerre, pauvreté, malnutrition… Les petits yéménites paient le prix fort. Un enfant meurt toutes les 10 minutes. Ceux qui ont réussi à arriver à l’hôpital Al-Shabeen sont les plus chanceux.


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Le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les affaires humanitaires, Mark Lowcock, estime que, si la tendance actuelle devait se poursuivre, jusqu’à 14 millions de personnes pourraient être en situation de "pré-famine" dans les mois à venir au Yémen : "La situation humanitaire au Yémen est la pire au monde : 75 % de la population, soit 22 millions de personnes, a besoin d’une aide et de protection, dont 8,4 millions sont en situation d’insécurité alimentaire grave et dépendent d’un apport en nourriture urgent."

Une vaste opération humanitaire est en cours. Plus de 200 partenaires apportent aide et protection via un plan humanitaire international. Mais pour faire face à la crise, la poursuite de dons généreux est capitale tout comme le maintien et même le développement des importations via tous les ports


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Historique d'un conflit oublié

Depuis 2015, le Yémen est soumis à une guerre opposant les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, qui contrôlent le port de Hodeïda ainsi que la capitale yéménite Sanaa, à une coalition arabe sous commandement saoudien qui défend le gouvernement réfugié à Aden (sud). En plus de trois ans, le conflit a fait près de 10 000 morts, selon l’ONU.

Tout commence en juillet 2014, les Houthis, issus d'une branche du chiisme, estiment qu'ils sont marginalisés par le pouvoir en place. Ils lancent une offensive depuis leur fief de Saada (nord). Politiquement, ils sont soutenus par l'Iran qui dément en revanche toute aide militaire.

En septembre, alliés à des unités restées fidèles à l'ex-président Ali Abdallah Saleh, ils entrent dans Sanaa. Ils prennent le contrôle du siège du gouvernement et de la radio d'Etat. Un mois plus tard, ils s'emparent du port de Hodeida (ouest), sur la mer Rouge, puis progressent vers le centre du pays. Le 20 janvier 2015, les Houthis s'emparent du palais présidentiel et encerclent la résidence du chef de l'Etat Abd Rabbo Mansour Hadi qui fuit vers Aden (sud). Cette événement conduit à une coalition militaire menée par l'Arabie saoudite.  

En juillet 2015, le gouvernement annonce la "libération" de la province d'Aden, premier succès des forces loyalistes appuyées par la coalition. Aden devient la capitale "provisoire" du pays mais la présence des jihadistes d'Al-Qaïda et du groupe Etat islamique (EI) maintient le Yémen dans une situation sécuritaire incertaine.

Trêve fragile

Le 21 novembre dernier, l'émissaire de l'ONU Martin Griffiths entamait, à Sanaa et Ryad, des consultations destinées à organiser des pourparlers. Une série d'accords pour faire provisoirement taire les armes sont négociés. "Nous sommes satisfaits de ce qui se passe actuellement, a expliqué Stéphane Dujardin, le porte-parole du secrétaire général des Nations-Unies. Mais nous devons progresser, nous devons consolider ce qui se passe sur le terrain. Nous avons ou responsabilités, toutes les parties impliquées ont leurs responsabilités ainsi que ceux qui ont une influence sur les parties impliquées."

Sur le terrain, attaques et des échanges de tirs se poursuivent sporadiquement et les deux parties s'accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu.

 

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