Au Soudan, un bras de fer inégal entre civils et militaires

A Khartoum, la capitale soudanaise, la résistance civile tente de se réorganiser. Des marches et des rassemblements ont lieu de nuit, dans les quartiers, et une manifestation est prévue ce dimanche 30 juin. Mais le traumatisme est profond.

"Nous avons vu des choses horribles. Des gens ont été tués, violés, devant mes yeux", raconte Omer Husham, 21 ans, étudiant en informatique. "Il y avait un homme qui portait une blouse de médecin. Il leur a dit : 'Je suis docteur'. Et ils ont commencé à le battre… quand il a sorti ses papiers, ils l'ont abattu. Ils lui ont tiré une balle dans la tête !".

Le jeune homme était présent le 3 juin, à l’aube, lorsque les forces de sécurité ont attaqué les manifestants, rassemblés depuis des semaines dans un "sit-in" pacifique, devant le siège de l’armée, à Khartoum. Au moins une centaine de personnes ont été tuées ce jour-là. Des centaines d’autres ont été blessées, battues, humiliées.

"Il y a beaucoup de peine, et un sentiment de vide. Pas seulement pour les survivants du massacre, mais aussi pour les autres, à cause de la perte du sit-in", dit Sulaima Sharif, psychologue et activiste. "Le conseil militaire de transition ne donne aucun espoir. Pour une majorité, la colère et la frustration prennent désormais le pas sur la peur".

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Des négociations au point mort

Les négociations sont au point mort depuis le mois dernier. La coalition d’opposition, les Forces pour la liberté et le changement (FFC), demande un partage du pouvoir avant l’organisation d’élections, une enquête internationale sur le massacre, le rétablissement d’internet et le retrait des troupes paramilitaires des Forces de soutien rapides (RSF) de la capitale. Des demandes rejetées par les militaires, qui disent vouloir éviter le "chaos", et ne donnent aucun signe de compromis. Ils sont prêts à laisser les civils former un gouvernement, mais c’est le Conseil souverain qui pose problème. Les militaires veulent contrôler cette institution qui dirigera la transition.

"Nous avons très peur de ce qu’il se passe en Libye en ce moment, nous craignons que cela arrive aussi au Soudan. Mais nous ne laisserons pas cela se produire", dit le général Salah Abdelkhalek, membre du Conseil militaire de transition (CMT), lors d’une interview avec la RTBF. "C’est une des raisons pour lesquelles nous insistons pour que les militaires restent".

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Face à cette obstination, la défiance renaît dans les esprits meurtris. Les contestataires soudanais espèrent des pressions internationales, et sont toujours déterminés à prouver que leur rêve de changement n’a pas été brisé.

"Jusque-là, c'était une aventure. Nous nous sommes sentis plus forts, plus courageux", dit Sarah Mouawia, une jeune activiste et étudiante en médecine qui prend part aux réunions des comités de quartier qui tentent de réanimer la protestation, alors que la coupure du réseau internet par les autorités a rendu les communications difficiles. "Mais maintenant que des gens sont morts, c'est devenu une responsabilité éthique. Nous serons poursuivis par leurs visages, par leurs rêves, par la vie dont ils auraient pu profiter... Nous ne pouvons pas tout arrêter"

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