Au Royaume-Uni, le NHS permet des soins gratuits... mais il est lui-même très malade

Dans son salon de thé d’Arnside, Victoria termine le rangement de son comptoir. Le soir vient de tomber sur ce charmant village du nord-ouest de l’Angleterre, sur l’estuaire de la Kent, et Vicky – c’est ainsi que tout le monde l’appelle – savoure le fait de pouvoir travailler enfin sans cette forte douleur au cou à laquelle elle n’a jamais pu s’habituer au fil des semaines depuis son accident. "Quand on m’a d’abord dit que je devrais patienter huit semaines avant de pouvoir faire une IRM " explique-t-elle, "j’ai cru que je n’y arriverais pas, j’avais vraiment trop mal ".

Heureusement pour elle, un désistement lui a permis de gagner quatre semaines et d’être ainsi plus rapidement prise en charge par un kiné chez lequel elle se rend désormais deux fois par semaine. "Je ne l’ai encore vu que deux fois ", raconte cette mère de trois enfants, "mais cela va déjà beaucoup mieux. Je peux enfin travailler sans avoir mal à chaque mouvement".

NHS, un patient en souffrance

Pour ces soins, Vicky ne débourse absolument rien. Tout est gratuit, grâce à ce que les Britanniques appellent le NHS, le National Health Service, le service national public de santé.

Certains n’hésitent pas à considérer ce service de protection sociale comme l’un des joyaux de la couronne britannique, mais depuis une vingtaine d’années, le joyau n’en finit pas de perdre de son éclat : il faut désormais de plus en plus de temps avant de pouvoir être pris en charge, les infirmiers et les médecins sont littéralement surchargés de travail, au point qu’ils sont de plus en plus nombreux à tomber eux-mêmes malades, les équipements se révèlent de plus en plus insuffisants. Les réductions de budget imposées par les différents gouvernements ont fait sombrer le patient NHS dans une grave et profonde maladie.

Il faut dire que le NHS est devenu une gigantesque société, qui emploie plus d’un million trois cent mille personnes, et que le contexte a beaucoup changé depuis sa création en 1948 : l’espérance de vie est nettement plus élevée et certains traitements nécessitent un budget conséquent.

Un refinancement est indispensable, mais cela ne suffira pas

A quelques jours des élections législatives sur lesquelles certains comptent pour concrétiser la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne alors que d’autres espèrent au contraire s’en servir pour l’éviter, le NHS peut sembler un peu éclipsé des débats, mais cela n’en reste pas moins un enjeu crucial. Boris Johnson promet un refinancement de près de 40 milliards d’euros annuels et la construction de 40 nouveaux hôpitaux tandis que son rival travailliste promet, outre une injection de 4,3% du PIB dans le NHS, d’en améliorer l’accessibilité et la qualité des services, mais le problème du NHS est loin de n’être qu’un simple problème financier.

"Il y a trop de généraux et pas assez de soldats", nous explique un entrepreneur de Kendal. Il est en effet question de cent mille postes vacants au sein du NHS, dont dix mille médecins et quarante mille infirmiers. "Quand vous entendez ces chiffres, ajoute Jill Allder, vous devez vous poser des questions et vous demander comment c’est possible d’en être arrivé là".

Cette dentiste récemment retraitée a travaillé pendant vingt ans pour le NHS avant de quitter le système pour fonder son propre cabinet. "La raison, c’est que les travailleurs ne sont pas payés correctement. Le management, lui, est vraiment bien payé, mais les travailleurs, ceux qui sont au front, ne gagnent pas beaucoup d’argent Lorsque vous êtes du côté de ceux qui travaillent pour le NHS, vous voyez de plus en plus de patients par jour, il y a de plus en plus de pression pour voir ces patients en une journée, c’est dur en tant que membre du personnel. Les heures se font de plus en plus longues, et ce n’est pas payé comme ce devrait l’être". Ce qui peut en effet expliquer pourquoi de plus en plus de professionnels de la santé se tournent vers le secteur privé plutôt que le NHS.

Mais Jill Allder nous précise que le problème est aussi un problème de management : "J’ai géré mon propre cabinet pendant des années, et j’ai appris comment économiser de l’argent. Le NHS est une tellement grande société dans laquelle il y a trop de managers et pas assez d’acteurs. Il y a trop de monde qui gagne de l‘argent au sommet de cette société, et les travailleurs s’en rendent compte – Il faut que quelqu’un aille jeter un œil au niveau du management, pour voir où l’on peut économiser de l’argent, que ce soit au niveau des fournisseurs de médicaments, de scalpels, toutes ces choses."

La dentiste de Kendal nous explique encore qu’elle parvenait à payer moins cher que le NHS pour une boîte de gants de travail, ce qui paraît impensable. Un simple exemple, sans doute révélateur de l’absolue nécessité d’une réforme en profondeur de ce système de santé pas comme les autres.

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