Au pays du soleil levant, le riz n'est plus sacré

Exploitation rizicole moderne
Exploitation rizicole moderne - © AFP

Il est encore l’aliment de base de la cuisine japonaise. Mais le riz est aujourd’hui délaissé par les nippons. La céréale était autrefois utilisée comme monnaie et représentait un symbole de richesse. Désormais, sa consommation est en baisse et les paysans peinent à vivre de leur métier.

En perte de vitesse

Kazo, à 50 km au nord de Tokyo. C’est ici que Kazuo Ogura, riziculteur de 66 ans, travaille. Il est à la tête d‘une exploitation importante et reconnait qu’il a de la chance. Il s’est associé à d’autres familles pour multiplier la surface de son exploitation. Avec 100 hectares, son entreprise est 100 fois plus grande que la moyenne. "Avec le prix actuel du riz, c’est impossible de faire des bénéfices en cultivant uniquement sur ses propres terres, c’est pourquoi beaucoup de petits et moyens producteurs laissent tomber leur activité au moment de renouveler leurs machines" explique-t-il à l'AFP.

Un secteur menacé ?

La culture du riz doit se moderniser. C’est l’avis du premier ministre Shinzo Abé qui s’est engagé dans une lente réforme pour affronter la concurrence étrangère.

Jusqu’à présent, l’Etat subventionnait les producteurs de riz qui acceptaient de limiter leur culture en dessous d’un certain seuil (pour éviter la surabondance d’offre et donc stabiliser les prix) mais cette politique dite "gentan" a contribué à faire de la riziculture une profession peu rentable. 8 agriculteurs sur 10 exercent ce métier à temps partiel. Ils sont 705.000 sur l’archipel.

Court, rond, collant…

Il existe plusieurs variétés de riz. Du rond au court en passant par le collant une fois cuit. De quoi séduire tous les palais. Malgré cela, les consommateurs se détournent de la céréale. Ses 50 dernières années, la consommation a chuté. Elle est tombée à 54,6 kg par personne en 2015 alors qu’elle était de 118,3 kg en 1963.

Interrogé par l’AFP, Mitsuyoshi Ando estime que l’avenir n’est pas brillant. Pour cet expert du secteur à l’université de Tokyo, "Il faut que les agriculteurs améliorent leur compétitivité, notamment en produisant à grande échelle." Mais le pari semble compliqué dans les régions montagneuses où ont lieu 40% des récoltes. "Le nombre de ceux qui pourront survivre (en tant que riziculteurs) sera limité car la consommation de riz ne remontera jamais, les goûts s’occidentalisent" prédit l’expert.

Un avis que ne partage pas Kazuo Ogura. "La cuisine traditionnelle japonaise est réputée dans le monde entier. Nous pouvons en tirer profit !"

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