Au Népal, la bureaucratie, la corruption et l'incurie paralysent la reconstruction

L'école du village de Paelep, à 2.200 mètres d'altitude, a été réduite à un tas de pierres.
3 images
L'école du village de Paelep, à 2.200 mètres d'altitude, a été réduite à un tas de pierres. - © D.R.

Le 25 avril 2015, un terrible séisme détruisait une partie des constructions du Népal. Un an plus tard, la situation dans ce pays de l'Himalaya est toujours chaotique. L'aide aux populations reste limitée. Elle souvent livrée par de petites initiatives de solidarité. Marc Préyat, ancien journaliste à la RTBF, a lancé un de ces mini-projets d'aide, grâce à des contacts personnels avec des Népalais. L'objectif est de soutenir un village de montagne délaissé des autorités. Marc Préyat est retourné il y a quelques semaines au Népal.

Lorsque l'on arrive dans le pays, un an après la catastrophe, quelles sont les premières impressions?

A Katmandou, les traces du tremblement de terre ont quasiment disparu. Quelques quartiers avaient été abimés, les gravats en ont été déblayés. Mais dès qu'on quitte la capitale, on constate que rien n'a changé: on voit toujours des maisons détruites, des camps où sont réfugiés des habitants dont l'habitation a été détruite. On voit beaucoup de toiles et de tôles ondulées.

La reconstruction a-t-elle commencé?

Très, très peu. J'ai vu un seul bâtiment en reconstruction: un lieu de pèlerinage pour les bouddhistes. C'est la communauté bouddhiste elle-même qui a entamé les travaux, sans aide de l’État. J'ai vu peu de chose venant des autorités.

Pourtant la communauté internationale a promis 5 milliards d'euros pour la reconstruction. Pourquoi cela n'avance-t-il pas?

D'abord en raison de l'ampleur du tremblement de terre. On estime que 500.000 maisons ont été endommagées, totalement ou partiellement. Le Népal est un pays pauvre. Mais il y a aussi une certaine incurie des autorités qui n'ont pas pris la mesure des choses. La bureaucratie est très pesante. On voit partout des gens qui protestent, qui réclament dans des manifestations pour dire qu'ils n'ont rien reçu et que les autorités de bougent pas.

Normalement, les victimes dont l'habitation a été détruite devraient recevoir une somme pour commencer les travaux.

Oui, on avait promis quelques milliers d'euros à chaque personne qui avait vu sa maison abimée. Certains ont commencé à recevoir des sommes, mais bien inférieures à ce qui était promis: 200 à 250 euros par maison. Même si, au Népal, cela ne coûte pas cher, c'est très peu.

Comment expliquer cette inertie: par la corruption ou des luttes de pouvoir au sein des dirigeants?

Il y a de la corruption au Népal, mais je ne suis pas sûr que ce soit la raison principale. Le président de la commission chargée de la reconstruction est d'ailleurs inquiété pour des faits de corruption. Sinon, c'est l'incurie, l'incapacité des autorités à faire face. Il y a aussi les rivalités entre le district, la province et le gouvernement central. Ce pays éprouvait déjà des difficultés à faire face à des événements de moins grande ampleur, alors, quand survient un séisme qui fait 9.000 morts et détruit 500.000 maisons, on voir le défi que ça représente.

L'acheminement de l'aide a aussi été compliqué par une pénurie de carburant. Où en est-on aujourd'hui?

Effectivement, le Népal cumule les malheurs depuis une vingtaine d'années. Le tremblement de terre du 25 avril 2015 et ses répliques a fait 9.000 morts et 20.000 blessés. Il a été suivi par un blocage du pays. Les populations proches de la frontière indienne étaient mécontentes du projet de nouvelle constitution. Elles ont bloqué la frontière par où passent le carburant, le riz, etc. Le prix des matières premières a flambé. Le pays était immobilisé. Il fallait faire deux ou trois jours de file pour acheter 10 litres d'essence. Aujourd'hui, ça va un peu mieux, il ne faut plus faire la file que pendant trois ou quatre heures…

Dans ce contexte, les petites initiatives comme la vôtre parviennent au moins à réaliser quelque chose, alors que les grosses structures sont paralysées par les différents problèmes?

Ces petites initiatives ont deux mérites. D'une part, elles tiennent compte des besoins réels de la population. On consulte les gens et ils nous disent ce qui leur manque. D'autre part, on évite la bureaucratie qui entoure le travail des grosses ONG. C'est ce que nous avons fait dans le village de Paelep. On nous a demandé d'abord des couvertures, puis la reconstruction de l'école et le rétablissement de la distribution d'eau.

Comment les habitants affectés ont-ils passé l'hiver?

Dans le village que nous aidons, ils ont reçu des tôles ondulées de la Croix-Rouge espagnole. Ils ont bricolé, ils ont dressé des murs de pierres et placé les tôles, des toiles de tente, etc. Ils vivent dans des conditions très précaires. La vie était déjà difficile avant. Mais la plupart des maisons du village ont été abimées et aujourd'hui, ce sont des habitats en tôles ondulées.

Comment les gens parviennent-ils à survivre dans un pays qui reste partiellement détruit?

Face à cette situation, de plus en plus d'hommes décident de quitter les montagnes, soit pour aller à Katmandou, soit pour quitter le pays. Certains utilisent le peu d'argent qu'ils reçoivent des autorités pour payer des passeurs. Ils vont dans les pays du Golfe pour travailler et envoyer de l'argent à leur famille. Du coup, dans les villages, on voit une majorité de femmes qui sont amenées à prendre des responsabilités. C'est très spectaculaire!

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK