Au moins 58 migrants meurent dans le naufrage de leur bateau au large de la Mauritanie

Mauritanie
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Mauritanie - © AFP

Au moins 58 migrants africains sont morts noyés au large de la Mauritanie en tentant de gagner l'Europe, dans le pire naufrage en 2019 sur la route des migrations longeant la côte Atlantique.

La mort de ce groupe - des Gambiens pour la plupart, selon Banjul - après une semaine en mer à bord de ce que les Mauritaniens ont décrit comme une embarcation de fortune est un rappel de plus des risques que prennent des milliers d'Africains pour tenter de rallier l'Europe pour un mélange de raisons économiques, sociales ou politiques, et du coût humain de ces migrations.

Près de 25.000 personnes sont mortes depuis janvier 2014 en tentant de rejoindre l'Europe, a indiqué l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). La grande majorité (19.154) ont péri en Méditerranée sur les principales routes d'accès au continent européen. Mais 484 ont aussi perdu la vie sur la route d'Afrique de l'Ouest, dont 158 en 2019.

Le naufrage survenu mercredi est le plus meurtrier cette année sur cette route, selon l'OIM.

Le groupe de 150 à 180 personnes, dont des femmes et surtout des jeunes de 20 à 30 ans, s'était embarqué le 27 novembre en Gambie, à bord d'une pirogue à moteur, selon les informations concordantes de l'OIM et des autorités mauritaniennes.

Destination: les Canaries, archipel espagnol au large du Maroc et porte d'entrée potentielle en Europe.

"Ils n'avaient plus d'essence, ils ont voulu se rapprocher de la Mauritanie et ont heurté un rocher", a relaté la porte-parole de l'OIM pour l'Afrique de l'Ouest, Florence Kim.

Anonymes

L'embarcation "a commencé à prendre l'eau. Ils n'étaient pas très loin du rivage, mais une forte houle les a empêchés d'atteindre la côte en bateau", a dit une source sécuritaire mauritanienne.

Ils ont quitté l'embarcation à la nage. Quatre-vingt-trois naufragés, dont dix mineurs, sont parvenus à rejoindre le rivage selon l'OIM. Mais 58, dont au moins huit femmes et un enfant, ont péri.

Les victimes ont été enterrées près de Nouadhibou dans la nuit, sans attendre, selon les prescriptions musulmanes, et sans être identifiées, selon la porte-parole de l'OIM.

Certains rescapés ont été hospitalisés en urgence à l'hôpital de Nouadhibou, place portuaire et deuxième ville de Mauritanie.

Les survivants "sont très fatigués, affamés, le moral à zéro, mais ils reprennent leurs forces et leurs esprits petit à petit", a déclaré un médecin de service sous le couvert de l'anonymat. "Ils sont sous le choc", a noté la porte-parole de l'OIM. Des psychologues étaient attendus sur place vendredi.

Parmi les rares images en provenance de la région éloignée, proche du Sahara occidental, des photos montrent les survivants éprouvés, assis sur des nattes sous des couvertures à l'abri du soleil, et recevant la visite de responsables mauritaniens.

Les rescapés ont été recueillis "suivant les règles d'hospitalité qu'exigent la solidarité humaine, la fraternité et l'hospitalité africaines", a dit le ministère mauritanien de l'Intérieur.

"Cette situation rappelle, s'il en est besoin, la tragédie que cause le phénomène de l'immigration clandestine, qui décime la jeunesse africaine".

Pays de départ

Parmi les voies de migration pour gagner l'Europe, la route de l'Afrique de l'Ouest, par mer ou par terre, fut l'un des itinéraires privilégiés, emprunté par des dizaines de milliers de migrants au milieu des années 2000. Par la mer, des sortes de bateaux taxis collectent les migrants dans les ports au départ du golfe de Guinée.

Les Canaries (Espagne), à une centaine de kilomètres des côtes marocaines, offraient l'une des principales portes d'entrée à l'Union européenne.

Les mesures prises par l'Espagne ont réduit le flux, au point qu'un centre pour les migrations à Nouadhibou a été fermé, rapporte un correspondant de l'AFP. Au même moment, les migrants empruntaient en nombre les trajets méditerranéens vers l'Espagne, la Grèce ou l'Italie.

Mais la route occidentale connaît un relatif regain depuis environ deux ans, en raison des mesures prises contre la migration transitant par la Libye, indique Florence Kim.

La Gambie est, en proportion de sa population d'environ deux millions d'habitants, l'un des pays qui connaissent le plus de départs, pour une combinaison de raisons, et pas seulement économiques malgré la pauvreté du pays, dit la porte-parole. Elle évoque l'absence de foi dans l'avenir, ou la pression familiale intense comme au Sénégal voisin.

La présidence gambienne a indiqué que 52 des personnes décédées étaient gambiennes. Elle a exprimé sa "grande tristesse".

En tout, depuis que l'OIM a commencé à chiffrer le phénomène en 2014, 34.260 personnes sont mortes à travers le monde en essayant de gagner un autre pays. Encore s'agit-il d'un chiffrage bas, compte tenu de la difficulté d'accès aux données, souligne-t-elle.

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