Au Luxembourg, le glyphosate vit ses dernières heures

 La machine achetée par Josy Gloden pour désherber
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La machine achetée par Josy Gloden pour désherber - © RTBF

Dans la vallée de la Moselle luxembourgeoise, il y a des vignes à perte de vue. Les raisins pointent le bout de leur nez. La récolte s'annonce prometteuse.

Cette année, une nouvelle fois, Josy Gloden, viticulteur, n'a pas utilisé de glyphosate. Il aurait pu : ce désherbant, considéré comme cancérogène probable, ne sera totalement interdit qu'à la fin de cette année. D'ici là, les agriculteurs ne peuvent plus en acheter mais ils peuvent liquider leurs stocks. Josy Gloden, lui,  a pris les devants : il a investi dans une machine qui lui permet de désherber mécaniquement et non pas chimiquement : " Ces machines coûtent entre 10 000 et 15 000 euros. Et il faut y ajouter le temps qu'on passe à désherber. Avec une machine, ça nous prend le double de temps. C'est donc un investissement assez important". Et pourtant, il n'a pas augmenté le prix du vin qu'il produit : "On le fait pour nous autres, pour la nature, pour la biodiversité et pour le consommateur".

Paul Funck, lui aussi viticulteur, a fait le même choix. Et tous deux espèrent que cette absence de glyphosate deviendra un argument de vente : " Je pense bien que ça nous fera de la publicité car nous sommes le premier pays à faire cela. Et il n'y aura pas de différence dans les goûts car le glyphosate ne touche jamais les vignes, ça ne se passe que dans la terre".

 

A la frontière belgo-luxembourgeois

Si dans cette région du Luxembourg, l'interdiction du glyphosate semble bien passer, ce n'est pas le cas partout. Pour Romain Weiss, cela s'annonce comme un véritable casse-tête. Et pour cause : la frontière belgo-luxembourgeoise passe au beau milieu de ses champs : " D'un côté, je peux encore utiliser du glyphosate et de l'autre côté, je ne pourrai bientôt plus. Je ne peux pas comprendre ça dans une Europe moderne".

Il va donc terminer son stock de glyphosate. Mais comment fera-t-il l'année prochaine? Il ne le sait pas encore : " On a de nouvelles méthodes qui se créent. Mais on n'en connaît pas encore les avantages et les désavantages. Mais pour moi, il y a beaucoup de désavantages, je me pose des questions sur le prix et la manipulation de ces méthodes. On n'a pas encore trouvé de véritables alternatives au glyphosate. Pour moi, ce produit, c'est comme un outil de travail. Ce n'est pas qu'on ne peut plus vivre sans. Mais c'est un coût pour remplacer ce produit-là".

Sans cet herbicide, il estime qu'il devra produire plus cher, mais que personne ne lui donnera un prix plus élevé pour ses récoltes.

A Attert, l'idée du Grand-Duché inspire...

L'interdiction luxembourgeoise a donné des idées au bourgmestre d'Attert, petite commune située à la frontière. Josy Arens compte mettre, dès que possible, l'interdiction du glyphosate à l'ordre du jour du conseil communal : " Je salue la décision du grand-duché du Luxembourg d'interdire le glyphosate sur l'ensemble de son territoire. Face à cette situation-là, il est normal que les communes frontalières réagissent. J'aurais souhaité que le fédéral réagisse aussi au niveau de la vente et le régional au niveau de l'utilisation. Comme ce n'est pas le cas, en tant que bourgmestre d'une commune frontalière, je suis dans l'obligation de réagir. Je ne voudrais pas que demain, ce glyphosate étant interdit au Luxembourg, et il faut savoir que 60% de la surface agricole utile ici sont exploités par des Grands-ducaux, je ne voudrais pas qu'Attert devienne quelque part la poubelle des restants du glyphosate du Luxembourg. "

Le bourgmestre d'Attert est convaincu que les décideurs politiques doivent prendre des décisions face au glyphosate considéré comme cancérogène probable par l'Organisation Mondiale de la Santé : " Pour moi, le principe de précaution est une exigence minimum. "

A la question sur la légalité de cette éventuelle décision, il nous répond : " Si c'est pour évoluer dans le bon sens, je n'hésite pas à me mettre dans l'illégalité. Mais j'espère que cela va faire bouger les choses. D'autres bourgmestres sont en train de me rejoindre dans cette lutte. "

Si cette interdiction devait être adoptée à Attert, les agriculteurs du coin ne pourront pas bénéficier d'une indemnité. Ce qui n'est pas le cas pour les agriculteurs du Luxembourg qui ont déjà renoncé au glypjosate.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                        

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