Au Japon, plus de suicides en un mois que de morts du Covid en 2020

Au nord ouest du Fuji Yama, le bois de Aokigahara, connu pour ses suicides
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Au nord ouest du Fuji Yama, le bois de Aokigahara, connu pour ses suicides - © BEHROUZ MEHRI - AFP

Après des années de diminution, le Japon renoue avec un triste record : en octobre dernier le nombre de décès dus à des suicides est remonté : 2153 suicides en un seul mois, c’est plus que le nombre total de morts dus à la pandémie de Covid-19 cette année au Japon, 2087 officiellement. Il faut remonter à plus de 4 ans dans les statistiques pour retrouver des valeurs aussi élevées. Depuis une décennie, le nombre de suicide dans ce pays baisse. Il était descendu à 1400 par mois fin 2017. Et la pandémie n’est pas pour rien dans cette hausse soudaine.

Selon les experts consultés par CNN, le chômage massif, l’isolement social et l’anxiété frappent durement. Le Japon n’a pas (encore) connu de confinement strict comme en Europe ou en Amérique du Nord. La pandémie a frappé moins qu’ailleurs.

Le Japon est aussi une des seules grandes économies mondiales à publier des statistiques récentes. 

Un lourd tribut payé par les femmes

Avec le taux de suicide parmi les plus élevés du globe, la santé mentale au Japon est suivie de près. Un taux de décès par suicide de 18,5 pour 100.000, c’est près de deux fois la moyenne mondiale (10,6 par 100.000).

Mais cette année, la pandémie a, semble-t-il, inversé la tendance baissière observée depuis près de 10 ans. La hausse affecte particulièrement les femmes. Même si elles représentent une faible proportion des suicides, l’augmentation dans leur catégorie est de 83% en un an. L’augmentation chez les hommes est de 22%.

Pourquoi sont-elles plus touchées ? Les Japonaises sont plus nombreuses à travailler à temps partiel dans des secteurs affectés par les mesures anti-Covid. Des femmes angoissées pour la santé de leurs enfants, et enfin privées des refuges psychologiques traditionnels, comme les contacts à l’école, au bureau ou avec les ami(e)s, tout cela à cause des mesures Covid.

Une autre catégorie où les suicides sont en hausse, ce sont les jeunes, et cela ne date pas de la pandémie de cette année. L’augmentation existait déjà avant, mais la situation de cette année accentue le phénomène. 

Sujet tabou

Le manque de communication autour des sujets de santé mentale et la honte qui les nimbe font du Japon un pays sensible au suicide. Selon les experts, le seul espoir réside dans un véritable changement de la société japonaise.

Les stars ne sont pas épargnées par le suicide et même si la presse évite soigneusement de parler des méthodes et des motivations, les suicides de célébrités semblent déclencher un pic de suicides dans le public, selon un expert.

Les autorités de Tokyo ont demandé aux établissements servant de l’alcool, karaokés compris, de fermer à 22h00 à partir de samedi, pour trois semaines.

L’archipel avait été relativement épargné jusqu’ici par le Covid-19 (un peu plus de 2000 décès et 135.400 infections) et il n’a pas imposé de vrai confinement. Mais il est maintenant confronté à un record d’infections quotidiennes.

Les experts craignent donc que la courbe des suicides ne suive celle de la pandémie. Un phénomène qui pourrait être observé ailleurs, dans des pays moins touchés par les suicides mais qui publient leurs statistiques avec un plus grand délai.

Pour toute question concernant le suicide, le numéro 0800 32 123 du Centre de prévention du Suicide est à votre disposition.

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