Au Ghana, des excréments pour produire de l'électricité et du compost

Dans cette usine, on récupère quotidiennement 80% des matières fécales produites dans la capitale ghanéenne.
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Dans cette usine, on récupère quotidiennement 80% des matières fécales produites dans la capitale ghanéenne. - © Dylan GAMBA

Pendant des décennies, les matières fécales de la capitale ghanéenne ont été rejetées dans l’océan, à proximité d’un village de pêcheurs. Depuis 2016, l’entreprise Sewerage Systems Ghana les utilise pour produire du biogaz. Elle ambitionne de s’implanter dans chaque région du pays.

A Jamestown, un quartier pauvre de la banlieue ouest d’Accra, la capitale, le ballet des camions est incessant. Les véhicules se dirigent vers l’entreprise Sewerage Systems Ghana, qui fait face à l’océan Atlantique. Quelque 200 camions déversent quotidiennement les excréments humains de la capitale Accra dans cette usine qui a ouvert ses portes en novembre 2016. L’objectif : générer de l’électricité grâce au biogaz, mais également produire du compost.

L’ironique « colline de lavande »

Les effluves sont encore légèrement perceptibles, malgré la brise de l’océan. Mais rien à voir avec les décennies précédentes. Pendant près de 110 ans, les matières fécales étaient rejetées directement dans l’océan Atlantique, sur une zone que les habitants ont nommé de manière ironique « Lavender Hill », la « colline de lavande ».

En contrebas de cette zone qui fait partie de l’Accra historique, avec notamment la prison de James Fort, où fut emprisonné le premier président du pays et leader de l’indépendance Kwame Nkrumah, s’étend un village de pêcheurs. Le déversement d’excréments sur cette bande côtière pendant des décennies a entraîné une pollution et le développement de certaines maladies au sein des populations locales, comme le choléra.

Sewerage Systems Ghana, qui compte également deux autres usines à Accra, récupère quotidiennement 80% des matières fécales produites dans la capitale. La société ghanéenne a mis en place un partenariat public/privé avec les autorités locales. Les 200 camions déversent les excréments dans d’immenses cuves. Le biogaz produit permet d’alimenter l’usine en électricité.

« Notre objectif à terme est d’en fournir dans les foyers », souligne Lola Ashitey, responsable de la communication. L’entreprise produit également du compost et l’eau récupérée au bout de la chaîne est vendue à l’académie de pompiers qui se trouve à proximité.

Très peu de foyers reliés aux égouts

Au Ghana, seul 5% de la population est reliée à un système d’évacuation des égouts. Le reste doit régulièrement faire appel à des sociétés pour vider les cuves des latrines.

Durant la période coloniale, l’administration britannique a annoncé à plusieurs reprises sa volonté de mettre en place un système d’évacuation dès égouts à Accra, qui comptait 17.000 habitants en 1902. Mais devant le coût évalué des travaux (environ un demi-million de livres de l’époque), les autorités abandonnent le projet. Aujourd’hui, la région autour de la capitale compte quelque 3 millions d’habitants, soit plus de 10% de la population totale. De nombreux Ghanéens, la plupart du temps venus du nord du pays, ont migré vers la capitale dans l’espoir de trouver un emploi.

Une situation qui a aggravé la situation sanitaire. De nombreux habitants, ne disposant pas de toilette dans leur domicile, sont contraints de faire leurs besoins près de la route.

« Quand vous n’avez pas assez d’argent pour manger, vous n’allez pas le dépenser pour installer des toilettes chez vous », souligne Lola Ashitey.

Sewerage Systems Ghana n’est pour l’instant présente que dans la région d’Accra. « Notre objectif est d’être présente dans chacune des 10 régions », indique-t-elle. L’entreprise a commencé en mars la construction d’une nouvelle usine à Kumasi, la deuxième ville du pays. Et ambitionne désormais de s’exporter dans d’autres pays du continent. « Cela montre que les Africains sont capables de régler eux-mêmes leurs problèmes », conclut Lola Ashitey.

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