Au Ghana, le fléau de la prostitution infantile: "La plus jeune que j'ai vue avait 9 ans"

Ces quatre jeunes filles ont entre 14 et 17 ans.
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Ces quatre jeunes filles ont entre 14 et 17 ans. - © Dylan GAMBA

Selon les associations, la prostitution des enfants connaît un boom depuis plusieurs années au Ghana, aussi bien dans la capitale, Accra, que dans les autres grandes villes du pays. La loi prohibe cette pratique, mais, dans plusieurs quartiers déshérités de la capitale comme à Jamestown ou à Railway, se trouvent de nombreux bordels avec de très jeunes enfants.

Les jeunes filles ont entre 14 et 17 ans, le corps frêle et les cheveux courts. Stella, 17 ans, Patient, 14 ans, Porsha, 15 ans et Angela, 17 ans, sont toutes les quatre prostituées à Railway, l’un des quartiers les plus pauvres d’Accra. Le long des anciens rails s’entassent les abris de fortune et les bordels. Les conditions d’hygiène sont déplorables ; des tas de préservatifs usagés jonchent le sol.

"Je suis une enfant, je ne peux pas tomber enceinte"

C’est ici que les quatre jeunes filles, pour la plupart originaires de la région de la Volta, dans l’est du pays, vivent et "travaillent". La loi ghanéenne prohibe la prostitution, et en particulier quand elle touche les mineurs de moins de 16 ans. Mais à Railway, cette prostitution a pignon sur rue, en connaissance des autorités.

"Je suis une enfant, je ne peux pas tomber enceinte." Patient soutient cela avec aplomb. "Je connais une fille de 13 ans qui a eu un gamin", la coupe Stella, assise à ses côtes. A ces mots, Patient baisse les yeux. Cette dernière, qui a eu sa première passe à l’âge de 13 ans, n’utilise jamais de préservatifs. "J’ai peur qu’ils restent coincés", témoigne-t-elle en souriant. Aucune n’a fait le test de dépistage du sida, qui nécessite la présence d’un adulte. Les jeunes filles, en rupture avec leurs familles, ont la plupart du temps été abusées par des proches dans leur jeunesse. "J’ai été violée par mon oncle quand j’avais 8 ans", témoigne Porsha.

"Ils savent parfaitement que nous sommes des mineurs"

Selon l’ONG Free the Slaves, la plupart des jeunes filles prostituées au Ghana sont âgées entre 12 et 20 ans. "Elles se trouvent dans la rue, dans les bordels, près des sites miniers, certaines sont envoyées dans les pays voisins", note ainsi le rapport.

Les quatre jeunes filles, qui travaillent environ 6 jours par semaine, la plupart du temps le soir, gagnent entre 20 et 30 cedis par jour (entre 4 et 6 euros). Les clients sont généralement des hommes âgés entre 40 et 50 ans. "Ils savent parfaitement que nous sommes des mineurs", avance Stella. Quand on les interroge pour savoir si elles ont déjà subi des violences, elles souhaitent ne pas répondre.

"La plus jeune prostituée que j’ai vue avait 9 ans", souligne effarée Susana Dartey, présidente l’association Women of dignity alliance.

Une loi très rarement appliquée

"La loi ghanéenne punit d’une peine de prison d’environ 15 ans le fait d’avoir une relation tarifée avec une mineure, explique encore Susana Dartey. Mais cette loi est finalement très peu appliquée, car il faut que la police soit témoin de l’échange d’argent."

Malgré la difficulté de leur quotidien, les trois jeunes filles sont optimistes pour l’avenir. Certaines mettent de l’argent de côté pour pouvoir arrêter au plus vite. Patient suit des cours pour devenir danseuse. "Je veux devenir journaliste plus tard", témoigne en rigolant Stella. L’espoir pour sortir un jour de l’enfer.

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