Au Ghana, la lutte encore balbutiante contre la djihad et la radicalisation

Mutary Mumuni Muqhtar entouré de son équipe
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Mutary Mumuni Muqhtar entouré de son équipe - © RTBF

Entre 100 et 120 Ghanéens ont rejoint les rangs dorganisations terroristes, en majorité lorganisation Etat Islamique, selon le West Africa Center for Counter-Extremism (WACCE). LONG tente dalerter les pouvoirs publics pour quils renforcent larsenal législatif contre le phénomène.

"Le problème avec les autorités ghanéennes est qu’elles ne semblent pas prendre en compte la gravité du problème", insiste Mutary Mumuni Muqthar, directeur du West Africa Center for Counter-Extremism au Ghana (WACCE). Il critique l’incurie des autorités à se saisir de la question de la radicalisation.

Selon l’ONG, fondée en 2014, les Ghanéens rejoignent en majorité l’organisation Etat Islamique. "Malgré la proximité du Ghana avec le Nigeria, Boko Haram n’a pas la même force d’attraction et la même puissance médiatique", constate Mutary Mumuni Muqhtar.

La majorité des personnes ayant rejoint les rangs d’organisations terroristes viennent du nord du pays, une région frontalière du Burkina Faso, où le chômage et la pauvreté sont plus importants que dans le reste du pays.

"Il n’y a pas de données officielles, mais dans certaines villes du nord du pays, plus de 50% de la population est au chômage", poursuit-il. "Un terreau favorable à la radicalisation", estime Mutary Mumuni Muqhtar. "Les terroristes utilisent la marginalisation de certaines personnes pour les embrigader."

Un réseau d'imams pour détecter ceux tentés par le djihad

Pour tenter de dissuader ceux tentés par le djihad, le WACCE s’appuie notamment sur un réseau d’imams qui peuvent détecter les premiers signes de radicalisation. "Dès que l’on nous signale certains comportements, nous rencontrons les personnes."

Actuellement, l’ONG suit une vingtaine de personnes. Elle a également lancé une émission de radio diffusée dans le nord du pays pour dissuader les départs pour le djihad.

"Mais le problème, c’est qu’il n’y a pas une solution miracle contre la radicalisation. Nous avons un programme de déradicalisation qui dure deux semaines avec des approches différentes selon les personnes. Mais le gouvernement doit aussi prendre sa part de responsabilité et renforcer l’arsenal législatif car si une personne part faire le djihad, notamment en Irak ou en Syrie, aucune loi ne permet de l’arrêter à l’aéroport à son retour", s’indigne le chercheur.

Appel aux autorités à ne pas baisser la garde

Même si Mutary Mumuni Muqhtar admet que la situation sécuritaire du Ghana est bien meilleure que certains de ses voisins, notamment le Burkina Faso, le Mali ou bien encore le Nigeria, il appelle les autorités à ne pas baisser la garde pour autant. "Il ne faut pas être naïf, ce n’est pas parce que nous n’avons jamais été frappés que cela ne peut pas arriver pour autant. En janvier 2018, un attentat a été déjoué à Accra. Trois personnes ont été arrêtées alors qu’elles projetaient de lancer des grenades lors d’un marché", estime-t-il. Mutary Mumuni Muqhtar évoque également la situation en Côte-d’Ivoire.

"Le pays était sûr il y a encore quelques années avant d’être touché par des attaques terroristes (l’attaque de Grand-Bassam en 2016, revendiquée par Al-Qaida au Maghreb islamique a fait 19 morts, NDLR). Je ne sais pas comment les Ghanéens réagiraient en cas d’attaques", conclut-il.

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