Au Ghana, des vélos écologiques et équitables en bambou

Depuis la création de l’entreprise, plus de 1000 vélos ont déjà été vendus, au Ghana, mais également aux États-Unis et en Europe.
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Depuis la création de l’entreprise, plus de 1000 vélos ont déjà été vendus, au Ghana, mais également aux États-Unis et en Europe. - © D. GAMBA

En 2008, Bernice Dapaah a lancé à Kumasi, la deuxième ville du Ghana, la société Bamboo Bikes qui construit la petite reine à base de bambou cultivé dans le respect de l’environnement. Dans une région touchée par le chômage, la plupart des employés sont des femmes et des personnes handicapées, qui ont le plus de mal à entrer sur le marché du travail.

La plupart des routes ghanéennes sont difficilement praticables. Dans la banlieue d’Accra, la capitale, les routes d’asphalte laissent rapidement la place à des routes de sable où les nids de poule rendent la circulation difficile pour les voitures, mais également pour les tro tros (des vans aménagés qui transportent plusieurs dizaines de personnes) et les vélos. Pour tenter de résoudre cette situation, Bernice Dapaah a monté une société, Bamboo Bikes, qui construit des vélos réalisés grâce à du bambou, un matériau particulièrement résistant.

La jeune quarantenaire a monté cette société en 2008 dans sa ville natale de Kumasi, la deuxième ville du pays. "Je suis issue d’une famille pauvre et j’ai dû attendre d’avoir plus de 30 ans pour payer mes études, car mes parents n’en avaient pas les moyens", témoigne Bernice Dapaah. "C’est pour cela que j’ai voulu installer ma société à Kumasi, là d’où je viens, pour que les emplois créés profitent à la communauté", poursuit-elle.

"Je me bats pour permettre à des femmes d’être indépendantes"

Plus d’une quarantaine de salariés sont employés par Bamboo Bikes. La plupart sont des femmes et certains salariés sont handicapés. "C’était très important pour moi que ceux qui ont plus de difficultés que les autres à entrer sur le marché du travail soient privilégiés. Je me bats pour permettre à des femmes d’être indépendantes et qu’elles ne restent pas à la maison à attendre leur mari", poursuit-elle.

Il faut environ une quarantaine d’heures pour construire un vélo. Tout d’abord, le bambou, qui est cultivé à proximité de l’entreprise, est coupé. Il est ensuite assemblé à l’aide d’une résine et d’une fibre de sisal, une plante originaire du Mexique, avant d’être séché. Chaque exemplaire est vendu autour de 500 cedis (environ 100 euros), soit environ 30 euros de plus qu’un vélo d’occasion en acier. "Mais à l’achat, il faut prendre en compte le fait que le bambou est beaucoup plus résistant que l’acier, ce qui fait qu’il dure beaucoup plus dans le temps", estime Bernice.

Depuis la création de l’entreprise, plus de 1000 vélos ont déjà été vendus, au Ghana, mais également aux États-Unis et en Europe. Sur le site internet de l’entreprise, on peut également voir une photo de l’ancien secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, chevauchant un vélo estampillé Bamboo Bikes, afin de promouvoir ce mode de déplacement écologique.

Un enjeu social et environnemental

Dans sa volonté de créer sa société, Bernice Dapaah met ainsi en avant un autre enjeu : la protection de l’environnement. Alors que le Ghana est l’un des pays les plus pollués au monde à cause de la circulation de nombreuses voitures qui ont été mises en circulation il y a plusieurs décennies, la jeune chef d’entreprise veut développer les modes de déplacement alternatifs.

"Dans les endroits les plus reculés du pays, il est très difficile d’avoir accès à des modes de transport alternatifs, que ce soient les taxis ou bien encore les tro tros. C’est pour cela qu’il est important de développer les déplacements à vélo", poursuit-elle.

De plus, à chaque fois qu’un plan de bambou est coupé, les salariés de la société en replantent 10 pour s’assurer que cela n’a pas d’impact sur l’environnement mais également pour reboiser le pays. La culture du bambou a également de nombreux avantages : il pousse très rapidement, il produit jusqu’à 35% de plus d’oxygène que les autres arbres et il permet également de lutter contre l’érosion des sols.

La démarche de l’entreprise se veut environnementale mais également sociale. "Chaque fois que nous vendons 10 vélos, nous en donnons un à un étudiant d’une région rurale pauvre pour qu’il puisse se rendre à l’école", poursuit Bernice Dapaah.

Devant le succès de son initiative, Bernice ne compte pas en rester là. Auréolée de nombreux prix internationaux, notamment pour la protection de l’environnement, la jeune chef d’entreprise envisage désormais de construire deux nouvelles usines qui permettraient d’employer plus de 50 personnes.