Au Conseil de sécurité, la Belgique se confronte aux grandes puissances

Ambassadeur auprès des Nations Unies, Marc Pecsteen porte depuis un an la voix de la Belgique autour de la table du Conseil de sécurité, à New York.
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Ambassadeur auprès des Nations Unies, Marc Pecsteen porte depuis un an la voix de la Belgique autour de la table du Conseil de sécurité, à New York. - © UN Photo/Eskinder Debebe

Depuis le 1er janvier 2019, la Belgique siège dans le cockpit du Monde, le Conseil de sécurité des Nations unies. C’est là que se décident les grandes opérations d’intervention internationales dans les zones de conflit et d’instabilité du monde.

A mi-chemin de ces deux années au Conseil de sécurité (CSNU), nous dressons un premier bilan de l’action belge au côté des grandes puissances, avec une cheville ouvrière de cet effort diplomatique belge : Axel Kenes, directeur général des Affaires multilatérales. Il était déjà présent au siège des Nations Unies à New-York, lors du précédent mandat belge au CSNU, en 2007-2008. Il coordonne désormais depuis Bruxelles l’action belge à l’ONU.

Nous sommes doublement anciens au Conseil de sécurité, sourit-il. Non seulement nous entrons dans notre deuxième année de mandat, mais de plus c’est la sixième fois que nous sommes élus au Conseil de sécurité, ce qui fait de nous un des petits pays les plus régulièrement présents au Conseil. Ça témoigne de la confiance qui nous est accordée par la communauté internationale. "

Notre pays avait mené une longue campagne électorale pour obtenir ce poste. Elle avait porté ses fruits, avec une confortable élection par l’Assemblée générale. Ce soutien des autres Etats fournit à la Belgique une influence bien supérieure à la taille du pays, remarque le diplomate : " les membres élus par l’assemblée générale, comme la Belgique avec plus de 180 voix sur 193, ont une légitimité pour porter des messages, pour suggérer des améliorations ou la prise en compte de certaines préoccupations internationales. "

La course pour sauver la population d’Idleb

Les diplomates belges ont investi de l’énergie dans un dossier en particulier, celui du conflit en Syrie et de l’aide humanitaire que l’on peut apporter aux populations sur place. La Belgique est chargée, avec l’Allemagne et le Koweït, de préparer les textes qui sont soumis au Conseil de sécurité sur ce conflit dramatique.

Mais à ce niveau, l’enjeu humanitaire ne l'emporte pas sur les calculs géostratégiques. " Malheureusement, nos efforts conjoints n’ont pas suffi, reconnaît Axel Kenes. La situation s’est détériorée dans la ville d’Idleb, lorsque le régime de Bachar al-Assad a lancé des opérations militaires de manière indiscriminée contre des présences terroristes avérées. L’impact pour la population civile est terrible. Nous avons essayé de sensibiliser le Conseil de sécurité à cette situation politique et humanitaire, sans grand succès. Nous avons fini par mettre sur la table un projet de résolution qui appelait à un cessez-le-feu immédiat. Nous avons travaillé d’arrache-pied pour essayer de convaincre tous nos partenaires de se rallier à ce projet de résolution et mettre fin à l’opération militaire pour donner un peu de répit à la population civile. Malheureusement, ce projet de résolution a été bloqué par un double veto, de la Fédération de Russie et de la Chine. Ce fut un effort de mobilisation sans pareil, qui s’est confronté à la réalité. Il n’est pas toujours facile d’arriver à un résultat positif. "

Les diplomates belges ont en revanche obtenu des résultats sur d’autres dossiers, moins médiatiques. La Belgique préside le groupe de travail sur les enfants dans les conflits armés. " Dans deux conflits très polarisés, la Syrie et le Myanmar, nous sommes parvenus à faire adopter des mesures qui peuvent améliorer la situation des enfants dans ces conflits. C’est une touche d’espoir qui vient contrebalancer la déception sur le dossier humanitaire syrien à Idleb ", nuance Axel Kenes.

Pour un diplomate, il serait préférable de disposer d’un gouvernement en bonne et due forme

Évidemment, la situation politique interne de la Belgique, avec un gouvernement en affaires courantes et un ministre des Affaires étrangères qui vient de changer, limite leur capacité d’initiative. " C’est un secret de Polichinelle que, pour un diplomate, il serait préférable de disposer d’un gouvernement en bonne et due forme. Nous espérons que ce sera le plus rapide possible ", avoue Axel Kenes. " Cela dit, notre diplomatie, notre administration sont solides. Nous continuons à travailler avec les moyens disponibles. Nous avons un nouveau ministre depuis quelques jours, Philippe Goffin. Il a déjà pu rencontrer des représentants des nouveaux pays élus au Conseil de sécurité. Même s’il représente un gouvernement en affaires courantes, il s’est déjà pleinement investi sur ce dossier. Nous savons que nous avons un répondant politique en cas de besoin. "

Les affaires internationales sont marquées ces dernières années par l’imprévisibilité des décisions du président des Etats-Unis. Donald Trump qui dénonce l’accord nucléaire iranien, qui reconnaît les colonies israéliennes ou qui négocie directement avec le dictateur nord-coréen, cela provoque des remous, voire des crispations. " C’est vrai qu’il existait une plus grande proximité avec les Etats-Unis par le passé qu’aujourd’hui, note le diplomate. Dans le dossier du conflit israélo-palestinien, la Belgique, avec ses partenaires européens, a très clairement rappelé ce qui pour nous est une évidence, la prééminence du droit international et des résolutions passées du Conseil de sécurité comme base pour la recherche d’un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens. "

Bloqués par les Russes ou les Chinois

C’est la valeur ajoutée de la Belgique à ce niveau des relations internationale : une certaine capacité à rassembler des coalitions d’États sur des sujets particuliers. La campagne belge pour l’élection au Conseil de sécurité était centrée sur cette volonté d’œuvrer pour le consensus. " Ce n’est pas toujours possible. Nous pouvons être bloqués par les Russes ou par les Chinois. Parfois, la position américaine change et nous ne pouvons pas l’accepter. Mais notre réflexe, c’est d’essayer d’avancer avec les 15 membres du conseil. "

Cette recherche d’accord se déroule d’abord au niveau européen. Avec cinq pays européens sur les 15 membres du Conseil de sécurité, l’Union pèse un tiers des voix (Royaume-Uni, France, Allemagne, Pologne, Belgique). Les cinq membres permanents, avec leur droit de véto, conservent évidemment un poids prépondérant. Mais Axel Kenes se réjouit de l’amélioration de la coordination européenne depuis sa précédente expérience. " Même si le Royaume-Uni va probablement bientôt nous quitter, la capacité des Européens à s’exprimer conjointement avant et après les débats est sans commune mesure à ce que j’ai pu voir en 2007-2008. En une dizaine d’années, on a fait un bond gigantesque. "

Être prêts H24

Depuis le début 2019, la diplomatie belge vit donc un moment clé et intense. " Il faut être prêt avec nos ressources à New-York et dans l’ensemble de nos postes diplomatiques pour relever la tâche, insiste Axel Kenes. A New-York, on a renforcé l’équipe. Mais pour que New-York puisse accomplir sa mission, il faut que les instructions de Bruxelles soient préparées à temps, sur base des informations données par l’ensemble de notre réseau diplomatique. Pour être crédible au Conseil de sécurité, il faut avoir des informations de première main. Et donc, l’apport de nos ambassades et de nos experts est capital. "

L’agenda du Conseil de sécurité peut à tout moment être bousculé par l’actualité. Les diplomates doivent être prêts à réagir sur des dossiers explosifs. " Vous pouvez recevoir un SMS durant la nuit disant que la Conseil va se réunir d’urgence le lendemain parce qu’il y a un conflit qui éclate dans un endroit du monde. Notre degré d’expertise doit être très élevé pour y faire face "

Le Belgique prendra la présidence tournante du Conseil de sécurité au mois de février 2020. Elle a déjà défini trois priorités pour cette présidence :

  • Les enfants dans les conflits armés. Une initiative sera lancée 12 février, Journée internationale des enfants soldats.
  • La justice transitionnelle. Pour éviter un conflit, ou calmer les esprits après un conflit, d’autres mécanismes, à côté de la justice classique, se révèlent utiles.
  • L’Europe. Le renforcement de la coordination entre les représentants européens qui siègent au Conseil de sécurité.
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