Au Chili, étudiants et professeurs militent pour une éducation gratuite

Michelle Bachelet, présidente du Chili
Michelle Bachelet, présidente du Chili - © FABRICE COFFRINI - AFP

Ce mardi, étudiants et professeurs manifesteront au Chili pour défendre le droit à une éducation gratuite. C'est la première manifestation de l’année d’un mouvement qui n’a fait que grandir depuis 2011. A 7 mois des élections présidentielle et législatives, l’éducation est un sujet crucial. Le point avec Laurie Fachaux, correspondante pour la RTBF au Chili.

Pourquoi cette grogne des étudiants ?

Les étudiants affirment que le gouvernement ne les écoute pas. Vendredi, ils ont donné une lettre au ministère de l’Education, restée sans réponse pour l’instant. Ils n’ont pas non plus retrouvé leurs propositions dans le projet de loi du gouvernement. Un projet d’ailleurs présenté devant la Commission d’Education de la chambre des députés, ce mardi après-midi, après la manifestation.

Mais pas sûr que cette loi passe le cap de ce premier vote. La droite devrait voter contre, tout comme 2 députés de gauche, qui sont d’anciens dirigeants étudiants. Ces députés demandent de reporter le vote, après avoir reçu et écouté les étudiants au Congrès.

Le mouvement étudiant réclame la gratuité pour tous. Il reproche au gouvernement de maintenir en place un "marché de l’éducation" et de ne pas aller assez loin dans des réformes qu’il qualifie de superficielles. Avec la loi de Michelle Bachelet, plus de 200 000 chiliens peuvent étudier gratuitement dans l'enseignement supérieur, à l'université ou dans des instituts techniques, et cela depuis 2 ans. Mais le système de financement reste le même : toutes les écoles sont toujours payantes. Et même dans le cas de la gratuité, c’est l’Etat qui paie les frais de scolarité directement aux universités. Cette gratuité, c’était une promesse de campagne de l’actuelle présidente socialiste Michelle Bachelet. Pour ce faire, l’Etat a augmenté les impôts pour financer cette réforme, mais les universités pour l’instant ne mettent pas la main à la poche.

Certains voient l’éducation comme un bien de consommation au Chili, et cela n’a pas toujours été le cas ?

Jusqu’au coup d'Etat de Pinochet, les universités publiques au Chili étaient gratuites. Aujourd’hui, plus aucune ne l’est. Pire encore :
l’éducation au Chili est la plus chère au monde par rapport au niveau de vie selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). En sachant qu'un Chilien sur deux gagne moins de 435 euros par mois :

  • Une année de médecine coûte 7 000 euros minimum,
  • Une année d'architecture coûte 5 000 euros

La conséquence de ce système, c’est l’endettement des familles. D’après l’une des principales organisations étudiantes du pays, la FECH, un million d'étudiants est endetté actuellement, contre 700 000 en 2015 et 400 000 en 2011. Un chiffre en constante progression.

Ce lundi, la porte-parole du gouvernement a souligné l’engagement du pouvoir exécutif de "mener à bien les réformes les plus transformatrices" de l’histoire du pays en matière d’éducation.

Si ce manque de régulation sur le marché de l’éducation est à la source du sur-endettement de certaines familles,
il est salué par d’autres...

Le groupe états-unien LAUREATE par exemple, qui détient 70 universités dans le monde dont 5 au Chili, est sous le coup d'une enquête. Il est soupçonné de réaliser des bénéfices sur le dos des étudiants, une pratique en théorie interdite au Chili. Ces soupçons sont aggravés depuis que cette entreprise est entrée en bourse aux Etat-Unis, au NASDAQ, il y a tout juste 2 mois.

Ce système éducatif, décrié au Chili, a été applaudi par la nouvelle Secrétaire d'Etat du gouvernement de Donald Trump, Betsy DeVos. Cette cheffe d’entreprise multimillionnaire souhaite s’en inspirer pour créer notamment des écoles privées subventionnées par l’État.

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