Au Brésil, l'épidémie de coronavirus s'aggrave laissant le champ libre à l'apparition de nouveaux variants

Toujours plus de cas, une succession de records de décès battus jour après jour et un nombre impressionnant de variants détectés sur son territoire. Depuis plusieurs mois, la situation sanitaire au Brésil interpelle le monde scientifique. Avec 351.334 morts, ce vaste pays d’Amérique du Sud est le second pays le plus endeuillé par la pandémie qui touche son administration jusqu’aux plus hautes fonctions. Du côté des experts, on s’inquiète de l’absence de mesures sanitaires coordonnées à l’échelle du pays qui abrite plus de 211 millions d’habitants. Le tout causant un terreau fertile à la multiplication de variants, qui à terme, pourraient gangrener la situation sanitaire mondiale.

Avec 2616 décès ce dimanche 11 avril, le pays dirigé par le très controversé Jair Bolsonaro occupe à nouveau la tête des pays ayant enregistré le plus de décès liés au coronavirus dans le monde. D’autant qu’un nouveau record a été enregistré par cet état en début de semaine avec 4249 décès en 24h le 8 avril. Le bilan s’alourdit chaque jour un peu alors que lors du pic de la première vague du pays, seuls un peu plus de 1000 personnes perdaient la vie chaque jour des suites du Covid-19.

Parmi 17 États sur les 28 que compte le Brésil, le taux d’occupation des soins intensifs est de 90%. Les hôpitaux sont donc saturés et la situation est comparable à celle qu’a vécu l’Italie au plus fort de la première vague de l’épidémie, avec des citoyens qui meurent dans des couloirs d’hôpital, faute d’avoir une place en réanimation, relate Ouest France.


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Bolsonaro remis en cause

Coupable désigné dans cette situation qui prend chaque jour un peu plus des allures d’hécatombe, le président du pays, Jair Bolsonaro. Pressé par les experts sanitaires de prendre ses responsabilités, il a décrété ce mercredi 7 avril qu’il était hors de question pour le pays qu’il dirige d’adopter des mesures nationales allant dans le sens d’un confinement. "Il faut trouver des alternatives, nous n’allons pas accepter une politique qui revient à dire qu’il faut rester chez soi, tout fermer, imposer le confinement", a-t-il assuré.

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Jair Bolsonaro et son gouvernement seront prochainement ciblés par une enquête du Sénat brésilien © EVARISTO SA - AFP

Le dédain et l’attitude générale du chef d’État a fait réagir jusqu’à la Cour suprême du pays. Elle a ordonné au Sénat d’installer une commission d’enquête pour évaluer la gestion de la pandémie par le gouvernement du président d’extrême droite.

Le Sénat brésilien devrait ouvrir prochainement une enquête pour évaluer d'"éventuelles omissions" de la part des dirigeants brésiliens dans sa gestion controversée de la pandémie. Un juge de la Cour suprême brésilienne a ordonné jeudi au Sénat d’installer une commission d’enquête en ce sens, suite à la demande formulée par 32 des 81 sénateurs brésiliens.


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Aux premiers balbutiements de cette épidémie qui fait trembler les quatre coins du monde, Jair Bolsonaro n’a cessé de remettre en cause l’utilité de mesures destinées à endiguer la propagation du virus comme le port du masque ou encore la fermeture de certains commerces. Lors de l’apparition du virus sur le territoire brésilien, il avait dénoncé "l’hystérie" qui existait autour de la maladie, estimant qu’il s’agissait d’une simple "grippette".

En juillet 2020, le président avait pourtant été testé positif au virus mais son infection n'a pas calmé son attitude dubitative à l'égard de la maladie. Toutefois la gestion globale de la crise par le chef d’État a été très critiquée à l'intérieur des frontières du Brésil et a été à l’origine de plusieurs manifestations dans le pays en janvier 2021.

Terreau fertile aux variants

Dans ce contexte les variants semblent proliférer à vitesse grand V. "Le Brésil pourrait se transformer en laboratoire de variants à ciel ouvert qui peuvent compromettre la lutte contre la pandémie dans le monde entier", s’est d’ailleurs alarmé jeudi Miguel Nicolelis, qui a occupé le poste de coordinateur régional de lutte contre l’épidémie, interviewé par RFI.

Lorsqu’un virus circule, et donc se transmet, il accumule un peu moins de deux mutations chaque mois. Le seul moyen de stopper ces modifications induites dans la propagation du coronavirus est donc de stopper sa propagation, d’autant que plus il se propage, plus un virus a d’occasion de se modifier et donc de générer d’autres variants. C’est d’ailleurs pour éviter de faire entrer sur le territoire belge de nouveaux variants desquels nous sommes épargnés que les autorités de notre pays maintiennent des restrictions quant aux voyages non-essentiels.


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Les scientifiques du pays auraient jusqu’à aujourd’hui repéré par moins de 92 nouvelles souches du Covid-19 selon l’Institut Fiocruz, dont la dernière a été rapportée ce 1er avril. En figure de proue, trône le variant P.1, aussi appelé "variant brésilien", découvert fin 2020. Il représente désormais la majeure partie des cas de contamination au Brésil.

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Saturés, les soins intensifs peinent à encaisser cette vague extrêmement meurtrière de l'épidémie au Brésil © SILVIO AVILA - AFP

En cause : il serait à la fois plus contagieux et plus virulent que les autres modifications du virus observées. "Il n’est pas présent de façon homogène dans tout le pays, mais il est clair qu’il a engendré une hausse du taux d’attaque, qui dépasse ceux observés au pic de la première vague. Il ne faut pas oublier que la population est plus jeune au Brésil que dans bien d’autres pays. Si la pyramide des âges était la même que dans des pays plus 'âgés', l’épidémie aurait sans doute été bien plus meurtrière. Peut-être aurions-nous pu multiplier par deux le nombre de décès" a commenté Mircea T. Sofonea, épidémiologiste à l’Université de Montpellier, cité par Le Parisien.


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Alors jusqu’où ira cette nouvelle vague que le Brésil encaisse depuis plusieurs mois ? Rien n’est moins sûr mais de nombreux facteurs entrent en jeu et ce sont naturellement vers Jair Bolsonaro que les regards sont posés car à l’heure où de nombreux pays, et notamment la Belgique, entendent donner l’espoir à leur population d’un retour à la normale le plus proche possible, les nouveaux variants pourraient être une ombre à l’embellie.

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