Oslo: Anders Berhing Breivik dit avoir agi "au nom des droits de l'homme"

Anders Berhing Breivik à l'ouverture du 2ème jour de son procès
Anders Berhing Breivik à l'ouverture du 2ème jour de son procès - © AFP / Hakon Mosvold Larsen

Anders Behring Breivik, jugé pour la mort de 77 personnes l'an dernier en Norvège, a de nouveau fait son salut extrémiste en entrant mardi dans le prétoire pour la 2e journée de son procès. Après qu'un juré ait été récusé pour manque d'impartialité, Breivik a pris la parole pendant plus d'une heure, dénonçant le multiculturalisme, avant de conclure en demandant sa relaxe car il a agi, dit-il, en état de "légitime défense". Des termes qui ont fait frémir la Commissaire européenne Cecilia Malmström.

"Ce sont les droits de l'Homme (qui m'ont donné le droit de protéger le peuple norvégien, ndlr). Ça a peut-être l'air stupide mais c'est le cas", a déclaré Anders Berhing Breivik au cours de l'après-midi du 2ème jour.

Avec le plus grand calme, il a dit avoir été poussé à l'action parce que son peuple est, selon lui, "victime d'une 'déconstruction systématique' qui équivaut à une purification ethnique".

Et pour y parvenir, il affirme que les militants nationalistes européens ont "beaucoup à apprendre" d'Al-Qaïda, "l'organisation militante ayant le plus de réussite au monde".

D'une voix posée, il a reconnu que son geste "était si extrême, même parmi les militants nationalistes", qu'il ne serait jamais compris.

D'autres "cellules" ?

Dans le cadre de son interrogatoire, Breivik a évoqué de nouveau "deux autres cellules" individuelles et autonomes, constituées chacune d'un seul individu. L'appellation "commandeur" employée par Breivik au sujet de lui-même renvoie à "une personne qui a une autorité et des liens souples avec deux autres cellules" a expliqué l'extrémiste de droite en réponse aux questions de la présidente. La question du caractère solitaire ou au contraire de l'insertion de Breivik dans une structure plus large est aussi une des questions qui parcourt le dossier, même si le procureur a souligné n'avoir pas trouvé trace des fameux "templiers" dont se prévaut l'accusé.

"Vision maladive"

Le procès a repris peu avant 13 heures avec un interrogatoire de l'accusé, qui prétend notamment avoir donné volontairement de fausses réponses aux experts chargés de sa première expertise psychiatrique. Le débat reste en effet très vif quant à savoir si l'accusé est fou ou bien s'il peut être jugé responsable de ses actes.

Cette interrogation se retrouve dans les propos de la Commissaire européenne Cecilia Malmström. Elle a exprimé mardi son "dégoût" face à l'attitude de l'extrémiste de droite qui a invoqué "la légitime défense" pour justifier le massacre de 77 personnes l'an dernier en Norvège. "Lors de son procès à Oslo Breivik affirme qu'il a agi par légitime défense. J'écoute avec dégoût sa vision maladive du monde", a affirmé Cecilia Malmström, la commissaire chargée des Affaires intérieures, sur son compte twitter.

Une déclaration longue pour justifier ses actes

En milieu de matinée, le tueur a finalement été autorisé à lire une déclaration qu'il avait préparée mais que les juges pouvaient refuser d'entendre. La télévision norvégienne n'a pas retransmis les images de cette intervention.

"J'ai mené l'attaque politique la plus sophistiquée et la plus spectaculaire en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale", s'est emporté Breivik, manifestement très fier de ses actes.

Dans cette déclaration, il justifie les deux tueries par le fait que les démocraties seraient devenues des "dictatures" au service du multiculturalisme. Il a ainsi justifié la "brutalité" de ses actions, disant être prêt à le refaire. "Oui, je le ferais de nouveau", a-t-il affirmé, ajoutant que les adolescents tués sur Utoya n'étaient pas des "enfants innocents" et que pour lui finir sa vie en prison ou mourir pour son peuple constituaient "le plus grand honneur".

"Naïfs et endoctrinés"

"Les jeunes du Parti travailliste sont naïfs et endoctrinés, ils n'étaient pas des enfants innocents, mais des militants politiques", assure Breivik. "Tuer 70 personnes peut empêcher une guerre civile", dit-il aussi.

"Les gens qui me disent diabolique confondent le fait d'être diabolique et d'être violent", se défend l'accusé. La différence réside selon lui dans les intentions: certaines violences peuvent empêcher des violences plus grandes encore, explique-t-il en substance. "Lorsque la révolution pacifique est impossible, la seule option est la révolution violente", continue Breivik qui utilise le "nous" quand il évoque sa cause, donnant l'impression qu'il représente une mouvance plus large.

Il a clôturé en réclamant son acquittement, considérant avoir été "en état de légitime défense". "Les attaques du 22 juillet étaient des attaques préventives pour défendre les Norvégiens de souche", a-t-il dit. Pour rappel, ces deux attaques contre des civils désarmés ont fait 77 morts et pas moins de 110 blessés.

Plusieurs fois interrompus par la présidente qui l'a rappelé à l'ordre quant à ses propos et à la longueur de son intervention, il a toutefois été autorisé à aller au bout de son exposé, dans lequel il a convoqué toutes ses références historiques à la lutte identitaire.

Un juré récusé

Auparavant, la deuxième journée du procès s'était ouverte sur un coup de théâtre avec le renvoi d'un juge sont l'impartialité avait été remise en cause.

Peu après les attaques, Thomas Indreboe -un réceptionniste depuis désigné juge issu de la société civile conformément à un mécanisme de justice populaire en vigueur en Norvège- avait écrit sur l'internet: "La peine de mort est la seule solution juste dans cette affaire! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ".

Même si la peine de mort ne figure pas dans l'arsenal pénal norvégien, ces propos "sont de nature à affaiblir la confiance" en son jugement, a expliqué la juge Wenche Elizabeth Arntzen qui préside le procès.

Thomas Indreboe, 33 ans, a été remplacé par un des juges subsidiaires, Anne Elisabeth Wisloeff.

Les deux juges professionnels du procès sont assistés de trois juges issus de la société civile.

Comme la veille

Comme lors de la première journée, Breivik, une fois libéré de ses menottes, a porté son poing droit fermé sur le coeur puis a tendu le bras, un salut qui, explique-t-il dans son manifeste, représente "la force, l'honneur et le défi aux tyrans marxistes en Europe".

La veille, le procureur avait longuement détaillé le film des événements, dans un climat de très grande émotion dans le public, et alors qu'Anders Breivik restait impassible à l'énumération de ses meurtres. Le seul moment où l'accusé à laissé poindre une émotion fut lorsqu'il sanglota en revoyant le montage de propagande qu'il avait réalisé pour justifier ses actes.

T.N. avec agences

 

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