Norvège: gigantesque veillée d'hommage à Oslo

Rassemblement gigantesque à Oslo
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Rassemblement gigantesque à Oslo - © AFP

Entre 100 000 et 150 000 personnes ont conflué lundi soir dans le centre d'Oslo pour une gigantesque veillée d'hommage aux victimes des attaques sanglantes qui endeuillent le pays depuis trois jours, selon les estimations de la police et des médias norvégiens.

"Ce soir, les rues sont remplies d'amour", a déclaré le prince héritier Haakon devant l'immense foule massée au bord du fjord de la capitale norvégienne. "Ceux qui étaient dans le quartier du gouvernement et sur Utoya étaient les cibles de la terreur. Mais elle nous a touché tous", a-t-il ajouté sous les applaudissements. Après lui avoir succédé à la tribune, le Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg a lancé : "Le mal peut tuer une personne, mais il ne peut tuer un peuple", en appelant à ce qu'il n'y ait "jamais plus de 22 juillet".

Les participants à cette "marche aux fleurs" avaient commencé à affluer en début de soirée, après un appel au rassemblement également suivi dans plusieurs autres villes du pays. La foule est si dense et si vaste que les organisateurs ont renoncé à l'idée d'un cortège et appelé les participants à rester où ils se trouvaient. La marée humaine a plusieurs fois brandi ses roses vers le ciel en hommage aux victimes, pour l'essentiel des jeunes.

"Pour la jeunesse", une chanson norvégienne composée à la veille de la Seconde Guerre mondiale et devenue un hymne anti-nazi de la résistance norvégienne, a conclu le concert donné après les discours. La foule s'est ensuite dispersée après avoir entonné l'hymne national norvégien.

Une minute de silence dans toute la Norvège

La famille royale norvégienne, le chef de gouvernement et des milliers d'anonymes ont observé une minute de silence lundi à 12H00. De la Bourse d'Oslo aux aéroports, le pays encore sous le choc s'est brièvement arrêté à midi, de même que tous les trains du royaume.

Alignés sur le parvis de l'université d'Oslo, tout de noir vêtus, le roi Harald, son épouse, la reine Sonja, arrivés sous les applaudissements de la foule, et le Premier ministre, Jens Stoltenberg, se sont figés aux 12 coups de midi, ont rapporté des journalistes de l'AFP. "Pour commémorer les victimes mortes au siège du gouvernement et sur l'île d'Utoeya, je déclare une minute de silence", a dit Jens Stoltenberg.

Par solidarité, les autres pays nordiques ont aussi appelé leurs citoyens à respecter une minute de silence.

Le suspect "s'attendait à être abattu" en allant au tribunal


Anders Behring Breivik, le suspect des attaques sanglantes d'Oslo, "s'attendait à être abattu" lors de son transfert ou de son arrivée au tribunal lundi, selon son avocat. Le Norvégien de 32 ans, qui a avoué être l'auteur de l'attentat à la voiture piégée dans le centre d'Oslo et de la tuerie sur l'île d'Utoeya, qui ont fait 76 morts, a été placé lundi en détention provisoire par un juge après sa première audience devant la justice. "Il n'a pas été surpris, il a pris les choses calmement", a déclaré son avocat Me Lippestad. 

Deux Norvégiens s'en sont pris à son véhicule à son arrivée en donnant des coups dans la voiture et en l'insultant, mais ses craintes d'être abattu ne se sont pas matérialisées. Selon l'avocat d'Anders Behring Breivik, son client est en décalage complet avec le pays dans lequel il vit. "Il a une conception de la réalité complètement différente de nous autres Norvégiens", a dit l'avocat à NRK. "Par exemple, il croit que la torture existe (en prison) en Norvège". 

Anders Breivik signalé aux services de sécurité

Anders Behring Breivik avait été signalé aux services de sécurité norvégiens en mars, a annoncé lundi Janne Kristiansen, la directrice de l'Agence de sécurité de la police (PST). Ce renseignement faisait état d'un achat modique dans une entreprise polonaise qui vendait des produits chimiques mais l'épisode était trop anodin pour y donner suite, a-t-elle dit.

Bilan revu à la baisse

Le nombre de morts dans la fusillade visant un rassemblement de jeunes sur l'île d'Utoeya a été ramené à 68 contre 86 jusqu'à maintenant et celui de l'attentat à la bombe contre le siège du gouvernement a été relevé à huit morts au lieu de sept, a annoncé un responsable de la police, Oeystein Maeland.

Tous les corps des victimes ont maintenant été évacués de l'île, ce qui a permis de dresser un bilan plus précis, a-t-il expliqué. "Ce chiffre peut encore augmenter", a-t-il ajouté, en évoquant le bilan de la fusillade, expliquant que "la recherche (de corps, ndlr) se poursuit".

Le suspect prêt à passer sa vie en prison

Anders Behring Breivik a comparu à huis clos en début d'après-midi. Pour l'heure, il n'a que le statut de suspect même s'il a reconnu les faits pendant ses auditions. Une inculpation ne pourra intervenir qu'au terme de l'enquête. Actuellement, il a une sorte de statut de "suspect officiel", une mise en examen préliminaire propre aux pays scandinaves qui se situe entre le statut de suspect et d'inculpé. Le juge a décidé le placer en détention provisoire pour huit semaines, dont au moins quatre en isolation totale. 

Selon le procureur, le suspect s'est dit prêt à passer toute sa vie en prison. "Il a dit lors des interrogatoires qu'il était prêt à passer toute sa vie en prison", a dit Christian Hatlo lors d'un point de presse. La peine maximale en Norvège est de 21 ans. "Il aurait du se suicider plutôt que de tuer", a dit le père du suspect.

Le suspect a évoqué l'existence de "deux autres cellules" dans son organisation, a précisé un greffier du tribunal, Geir Engebretsen, dans une conférence de presse.

Le suspect a reconnu les faits mais ne plaide pas coupable. Lors de son audition, l'auteur présumé du carnage d'Utoya et de l'attentat d'Oslo a déclaré "avoir voulu défendre son pays contre l'islam et le marxisme", a confié le juge à l'agence AFP.

Le juge Kim Heger a ajouté que Behring Breivik a déclaré que les attaques ne visaient pas à faire le maximum de victimes.

Un délai de préventive exceptionnel 

La police norvégienne avait exceptionnellement demandé une détention provisoire rallongée à l'encontre du suspect lors de sa première comparution devant un juge de ce lundi. Une porte-parole de la police, Viola Bjelland, a confirmé que, dans des circonstances exceptionnelles, huit semaines de détention provisoire pouvaient être requises, soit le double du maximum habituel. 

La police avait également demandé que l'audience se tienne à huis clos. Le magistrat a suivi la demande de police et ignoré les requêtes du suspect.  "Il y a des informations concrètes qui indiquent qu'une audience publique, en présence du suspect, peut déclencher une situation extraordinaire et extrêmement délicate eu égard à l'enquête et à la sécurité", avait expliqué le juge Kim Heger pour justifier sa décision. L'avocat d'Anders Breivik avait en effet indiqué dimanche soir que son client souhaitait une audience publique et comparaître en uniforme. 

Le quartier des ministères étant dévasté et inutilisable, de nombreux fonctionnaires reprendront le travail dans d'autres bâtiments administratifs.

Il voulait tuer l'ancienne Premier ministre
 
Anders Behring Breivik voulait également tuer l'ancienne Premier ministre Harlem Brundtland. C'est ce qu'il a lui-même déclaré à la police, comme le rapporte le journal Aftenposten. Harlem Brundtland, âgée de 72 ans, est la femme politique social-démocrate de Norvège la plus connue sur la scène internationale. Après avoir passé vingt ans dans le gouvernement norvégien, dont dix comme Premier ministre, elle était devenue en 2003 la Secrétaire générale de l'Organisation Mondiale de la Santé.

Harlem Brundtland s'était rendue vendredi en début d'après-midi dans le camp de jeunesse social-démocrate d'Utoya.

Pas de contact en Belgique

"Dans l'état actuel de notre connaissance du dossier, aucun citoyen belge n'a été en contact direct avec l'auteur présumé des attentats" qui ont fait 93 morts en Norvège, a annoncé lundi la Sûreté de l'Etat. Dans un document qu'il a envoyé à travers le monde depuis son adresse mail, Anders Behring Breivik assure avoir obtenu l'assistance pour la rédaction de sa thèse de "frères" de nombreux pays, parmi lesquels la Belgique est citée. De plus, il revendique son appartenance à un ordre "Templier" dont l'un des co-fondateurs serait un citoyen belge.

La Sûreté de l'Etat travaille actuellement activement à établir la réalité de ces liens avec des militants ou milieux extrémistes ou terroristes belges. "Sur la base des premiers éléments disponibles, il apparaît que l'auteur présumé des faits, Anders Behring Breivik, a agi en 'Lone wolf', inspiré par des thèses d'extrême droite anti-musulmanes et anti-marxistes. L'intéressé est en outre en opposition radicale avec le principe d'une société multiculturelle", ajoute la Sûreté de l'Etat.

Grâce à l'internet, Anders Breivik a acheté légalement des substances chimiques en Pologne

Anders Behring Breivik a acheté en Pologne, par internet et légalement, des substances chimiques qui ont pu servir à la construction de ses explosifs, a annoncé lundi l'Agence polonaise pour la sécurité intérieure (ABW).

"Il a acheté des substances chimiques et ce n'étaient pas des substances illégales", a déclaré Pawel Bialek, chef adjoint de l'ABW. A la demande de la police norvégienne, l'ABW s'est rendue au siège de la société à Wroclaw, dans le sud-ouest de la Pologne, où Anders Behring Breivik avait fait ses achats et a interrogé son propriétaire. "Nous n'avons interpellé personne", a déclaré Pawel Bialek. "Nous considérons ces contacts comme purement commerciaux."

Selon lui, "les achats réalisés en Pologne n'avaient pas une importance décisive" dans le projet meurtrier du Norvégien, celui-ci ayant fait d'autres achats "plus importants" dans d'autres pays. Pawel Bialek a refusé de donner des précisions sur les contrôles menés par l'ABW et sur les transactions effectuées.

Ces achats sont "conformes à leur description" dans le manifeste de plus de 1500 pages rédigé par Breivik pendant des années et diffusé juste avant les attaques d'Oslo.

Selon les extraits de ce manifeste publié sur internet, Anders Behring Breivik dit avoir acheté en décembre 2010 d'abord 300 grammes de nitrate de sodium pour 10 euros et ensuite 150 kg de poudre d'aluminium pour 2000 euros réglés par un virement bancaire. Le 1er mars dernier, il se plaignait de ne pas avoir tout reçu.

Son manifeste envoyé à des milliers de personnes dont des membres du Vlaams Belang

Anders Behring Breivik a envoyé son manifeste par voie électronique à de très nombreuses personnes. Tanguy Veys, député Vlaams Belang l'a reçu dans sa boîte mail le vendredi 22 en début d'après-midi. Quelques heures seulement avant la double attaque. "Un mail non désiré", commente Tanguy Veys qui affirme qu'un millier de personnes a également reçu ce courrier disponible ci-contre. 

RTBF et AFP





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