Attentats en Arabie Saoudite: pourquoi l'Etat islamique cible le royaume wahhabite?

Attentats en Arabie Saoudite: pourquoi l'Etat islamique cible le royaume wahhabite?
Attentats en Arabie Saoudite: pourquoi l'Etat islamique cible le royaume wahhabite? - © STRINGER - AFP

Trois attentats, plusieurs morts : la fin du mois de ramadan a été sanglant en Arabie Saoudite. Il aurait pu l’être encore plus en cette période de fête religieuse, et si la date choisie pour cette vague d’actes kamikazes est hautement symbolique, ce n’est pas la première fois que le royaume saoudien est la cible de groupes violents. Si les derniers attentats n’ont pas encore été revendiqués, tous les regards se tournent vers le groupe État islamique.

Difficile de comprendre ce qui motive ces extrémistes religieux armés à attaquer où la religion islamique est appliquée de façon plutôt rigoriste. L’Arabie Saoudite a en effet été à l’origine de la lecture conservatrice de l’islam, le wahhabisme. Un gage idéologique pour le groupe djihadiste? Pas vraiment.

Pour Alain Gresh, journaliste et directeur de la revue électronique Orient XXI, "depuis une cinquantaine d’années, l’Arabie Saoudite a exporté à travers le monde entier une vision de l’islam extrêmement rigoriste qui était minoritaire dans le monde musulman." Cette matrice idéologique commune a permis l’émergence de courants islamistes à travers l’histoire récente des pays de la région, explique le spécialiste du monde arabe.

Une proximité idéologique trompeuse

Il est erroné de croire que cette origine commune rapproche les djihadistes de l’État islamique du pouvoir saoudien. Idéologiquement, ces derniers reprochent en effet au royaume wahhabite de ne pas "aller plus loin" dans cette application très conservatrice de la religion. "Ça fait longtemps que l’Arabie saoudite est un objectif pour l’organisation de l’Etat islamique. Elle l’a toujours dénoncée dans ses communiqués, elle a toujours appelé au renversement et au remplacement de la monarchie. D’ailleurs, les Saoudiens qui ont rejoint l’État islamique ont brûlé leur passeport saoudien parce qu’ils ne reconnaissent pas l’entité saoudienne elle-même."

"Daesh entretient une relation amour-haine avec l’Arabie Saoudite, dans le sens où d’un point de vue idéologique ils partagent certains éléments du wahhabisme, renchérit Didier Leroy, chercheur à l’Institut royal militaire et à l’ULB. Dans la chronologie, l’idéologie 'daéchie' provient bien du wahhabisme saoudien même s’il n’y a pas d’équation simpliste à accomplir. Néanmoins sur le plan politique il y a une véritable haine qui caractérise cette relation entre le leadership de Daesh composé essentiellement d’Irakiens, et le régime saoudien pour des raisons historiques, géopolitiques et militaires."

Une haine idéologique, qui recouvre donc des intérêts très pragmatiques dans le chef des dirigeants djihadistes du groupe État islamique. "Lorsque l’on regarde le Proche-Orient dans son ensemble, on a une région dont les grandes puissances de hier, c’est à dire la Syrie ou l’Irak sont en déliquescence ou n’existent plus. Et nous avons un triptyque de puissances régionales, composé de l’Iran, de la Turquie et de l’Arabie Saoudite qui se livrent un  bras de fer pour se tailler la part du lion dans ce Levant complètement déstabilisé", analyse Didier Leroy. Il y a donc un contexte éclaté, qui ne réunit pas les musulmans sunnites dans un même combat, au contraire. L’État islamique, dans ce contexte, avance ses pions, contre l’Arabie Saoudite aussi, même si cette dernière favorise sa lutte contre l’"arc chiite" dirigé par l’Iran.

Origines d'une haine historique

Un dernier élément parfois méconnu explique l’opposition entre le royaume saoudien et le groupe État islamique. Il s’agit de la composition de cette organisation.

"Il faut garder à l’esprit que le noyau dur de l’État islamique est constitué de djihadistes irakiens, et de baasistes irakiens (anciens cadres du régime irakien de Saddam Hussein); deux milieux qui sont historiquement sont hostiles l’un envers l’autre, mais qui ont été amenés à se mélanger dans le contexte des prisons américaines comme Abou Graib, explique Didier Leroy. Ce noyau dur présente avant tout une façade religieuse mais est probablement dirigé par son pendant baasiste, c'est-à-dire les anciens officiers de Saddam Hussein, ce qui explique la résilience de cette organisation dans un contexte de guerre ouverte de grande ampleur. Et ces éléments ont une inimitié totale envers le royaume saoudien, qui s’explique à la lumière des guerres du Golfe, contexte dans lequel  l’Arabie Saoudite a été ouvertement hostile à Saddam Hussein et à son intelligentsia de l’époque."

L’Arabie Saoudite soutient en outre la coalition militaire internationale qui cible le groupe État islamique en Irak et en Syrie. Une motivation supplémentaire qui aiguise les appétits djihadistes dans une région aux ressources pétrolières très convoitées.

 

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