Attentats de Barcelone et de Cambrils : ce que l'on sait un an après

Il était 17 heures, le jeudi 17 août 2017. Des milliers de personnes se baladent sur la Rambla, célèbre avenue de Barcelone. Une camionnette blanche fonce dans la foule à vive allure. L’attaque fait 15 morts et plus de 130 blessés. Le conducteur est en fuite. Il sera arrêté et tué par la police après quatre jours de cavale, le 21 août. Son nom, Younes Abouyaaqoub.

Le lendemain, 18 heures plus tard, une autre attaque se produit à Cambrils, au sud de Barcelone. Une voiture, avec cinq hommes à bord, fonce également sur des passants. Une femme est tuée. Elle est la 16ème et dernière victime des deux attentats. Les assaillants sont abattus par une patrouille de police.

En remontant le fil des évènements, les enquêteurs se rendent compte que les deux attaques ont été organisées par une même cellule terroriste sous l’autorité d’un certain Abdelbaki Es Satty.

Abdelbaki Es Satty, le coordinateur de la cellule

Né au Maroc, il arrive au début des années 2000 en Espagne. A partir de 2005, il est proche de milieux djihadistes mais c’est pour des faits de trafic de drogue qu’il est incarcéré en Espagne en 2010.  Malgré des soupçons de radicalisation, il n’est jamais inquiété par la Justice. Entre 2015 et 2016, il travaille successivement dans les deux mosquées de Ripoll en tant qu’Imam. C’est dans cette petite ville qu’il constitue une équipe prête à commettre des attentats.

Recrutement à Ripoll entre 2015 et 2016

Six membres de la cellule ont grandi à Ripoll. Une commune calme au pied des Pyrénées. Ces jeunes garçons sont décrits par le voisinage comme gentils, polis, normaux jusqu’à ce qu’ils croisent la route de Abdelbaki Es Satty à la mosquée. Petit à petit, leurs comportements changent. Ils sont séduits par la propagande de cet imam radical. L’enquête et notamment des photos indiquent qu’ils prêtent allégeance à l’organisation terroriste "Etat Islamique".

Liens avec l’étranger, dont la Belgique

Entre 2015 et 2017, Abdelbaki Es Satty et d’autres membres de sa cellule effectuent plusieurs voyages en Europe. Notamment en Suisse, en Autriche, en France et en Belgique. Sur des photos, retrouvées par les enquêteurs, on découvre Younes Abouyaaqoub (conducteur de la camionnette de l’attentat de Barcelone) et Omar Hychami à Paris quelques jours avant les attentats de Barcelone et de Cambrils. Selon la police catalane, il pourrait s’agir d’un voyage de préparation d’un attentat visant la Tour Eiffel.

Abdelbaki Es Satty, quant à lui, séjourne plusieurs fois en Belgique entre 2016 et 2017. Il tente, notamment, de se faire engager comme imam à la mosquée de Diegem. Mais suite au refus de présenter son certificat de bonne vie et mœurs, le responsable de la mosquée de Diegem s’inquiète et prévient la police. Malheureusement, l’information ne circule pas correctement entre les services belges et espagnols. Même entre les services centraux espagnols et catalans la communication est un échec. Abdelbaki Es Satty passe alors entre les mailles du filet jusqu’au jour de sa mort.

Un réseau international?

Pourquoi la cellule d’Abdelbaki Es Satty a-t-elle effectué tous ces voyages ? Qui sont les personnes rencontrées lors de ces déplacements ?

Les enquêteurs redoutent que la cellule de Barcelone et Cambrils fasse partie d’un réseau international. Un ou plusieurs cerveaux auraient organisé tout cela en dehors de l’Espagne, en Europe ou depuis une zone de conflit. L’analyse des appareils photos, ordinateurs et téléphones portables des terroristes va également dans ce sens.

36 heures avant Barcelone, le jeudi 16 juin, une villa explose à Alcanar

La déflagration réveille tout le quartier de cette commune du sud de la Catalogne.  En pleine nuit, plusieurs bombonnes de gaz explosent, tuant sur le coup les deux habitants. Il s’agit de d’Abdelbaki Es Satty, 44 ans et de Youssef Aallaa, 22 ans. Au départ, les policiers pensent qu’il s’agit de l’explosion d’un laboratoire de drogue. Le lien avec une cellule terroriste ne se fait que le lendemain.

Au total, 120 bombonnes y sont retrouvées, ainsi que des multiples produits destinés à la fabrication de bombes. Dans les semaines qui précédent l’explosion, Abdelbaki Es Satty y établit un véritable camp de base. Il fait régulièrement venir des membres de la cellule pour fabriquer des engins explosifs et préparer des attentats. Les enquêteurs pensent que les terroristes visaient des cibles plus importantes, comme la Sagrada Familia et le stade Camp Nou de Barcelone. La Tour Eiffel à Paris aurait également fait partie des projets. Mais l’explosion accidentelle de la villa d’Alcanar et donc la destruction l’arsenal des terroristes change la donne. Dans la précipitation, les neuf membres restants de la cellule vont organiser deux attaques, de moindre ampleur, à Barcelone et à Cambrils.

Jeudi 17 août, premier attentat sur la Rambla de Barcelone

Younes Abouyaaqoub est seul à bord d’une camionnette blanche. Elle a été louée avec les papiers d’un autre membre présumé de la bande, Driss Oukabir. Vers 17 heures, il fonce avec sa camionnette sur la Rambla. Les témoins décrivent une scène d’horreur. De nombreuses personnes sont heurtées ou projetées par le véhicule. Rapidement, le quartier est bouclé par les forces de l’ordre et les ambulances. On soigne les blessés et on dénombre des victimes. 

Le conducteur, Younes Abouaayoub, parvient à prendre la fuite. Il tue une conductrice et vole sa voiture.  Au total, il fera 15 morts et blessera plus de 130 personnes.

Vendredi 18 août, seconde attaque à Cambrils

Cambrils est une petite station balnéaire à 120 kilomètres au sud de Barcelone. La soirée bat son plein lorsqu’une une Audi A3, avec cinq hommes à bord, roule sur des passants. Une patrouille de la police catalane, qui passait par là, ouvre le feu. Les cinq assaillants sont tués mais ils ont malheureusement déjà fait une victime, tuée à l’arme blanche par l’un des terroristes.

Lundi 21 août, fin de la cavale du terroriste de la Rambla

Younes Abouyaaqou, le conducteur de la camionnette de l’attentat de Barcelone est retrouvé à l’Ouest de Barcelone, après quatre jours de cavale. Il est abattu par la police alors qu’il portait un faux gilet d’explosifs. Il avait 22 ans.

Trois membres présumés de la cellule incarcérés

Dans les heures et jours qui suivent les attaques, Driss Oukabir, Said Ben Iazza et Mohammed Houli Chemlal, trois autres membres présumés, sont arrêtés. Driss Oukabir est le seul membre avec un passé criminel, connu pour des faits de vol ou de violence.  Mohamed Houli Chemlal admet que la cellule préparait un plus grand attentat que les attaques de Barcelone et de Cambrils.  Chaque moindre détail donné par les trois hommes est exploité par les enquêteurs. D’après les médias espagnols, certaines déclarations indiquent que le groupe était en lien avec une autre cellule d’une dizaine de personnes basée en France. Il faudra sans doute attendre le procès des trois survivants de la cellule terroriste pour faire toute la lumière sur les attentats de Barcelone et de Cambrils.

Vue d'ensemble de la cellule terroriste

Sous la tutelle de Abelbaki Es Satty, plusieurs fratries composent la bande. Mohamed et Omar Hychami, 24 et 21 ans. Said et Youssef Aallaa, 18 et 22 ans. Younes Abouyaayoub (conducteur de la camionnette à Barcelone) et son frère, Houssaine, 19 ans. Moussa et Driss Oukabir, 17 et 28 ans.  Il y aussi deux autres membres sans liens familiaux :  Said Ben Iazza, 22 ans et Mohamed Houli Chemlal 22 ans. Huit d'entre eux sont morts: deux dans l’explosion d’Alcanar, un à Barcelone et cinq à Cambrils. Trois sont incarcérés.

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