Attentat de Nice : "A chaque attentat à l’étranger, nous prions pour que l’auteur ne soit pas tunisien"

L’homme qui a tué trois personnes jeudi à Nice, en France, est un Tunisien de 21 ans, "inconnu des services de renseignement et de police", a affirmé le procureur antiterroriste français Jean-François Ricard. Blessé par balles, il est actuellement hospitalisé et son pronostic vital reste engagé.

L’auteur présumé, issu d’une famille modeste habitant Sfax, dans le centre de la Tunisie, était arrivé en France la veille selon ses proches, qui décrivent un jeune homme s’étant tourné vers la religion depuis deux ans.

Stupeur en Tunisie

Les autorités tunisiennes condamnent fermement cet acte terroriste et appellent à des efforts internationaux conjoints pour lutter contre le terrorisme. La Tunisie a ouvert une enquête. Régulièrement les Tunisiens se révèlent être les auteurs d’attentats sur leur sol mais aussi en Europe, et notamment en France. Sur place, la nouvelle a été accueillie avec effroi : "A chaque attentat sur le sol européen, nous prions pour que l’auteur ne soit pas un Tunisien".


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A Nice, l’auteur de l’attentat sur la promenade des Anglais en 2016 était d’origine tunisienne. Bochra Belhaj Hmida, avocate, grande figure en Tunisie de la société civile est une fois encore sous le choc : "On ne s’habitue jamais ! Jamais ! C’est toujours un choc, c’est toujours insupportable. On a ce sentiment de culpabilité à nous demander, pourquoi un tunisien ? Pourquoi nous, nous produisons ce genre, ce type, de monstre ? On s’interroge : où est-ce qu’on s’est trompés ?"

Radicalisation en série

Depuis la révolution de 2011, des milliers de Tunisiens sont partis rejoindre Daesh en Irak, en Syrie ou en Libye. Ils seraient – selon les sources – entre 3000 et 6000. Comment expliquer que le pays soit devenu l’un des principaux pourvoyeurs de jihadistes ? Bochra Beljaj Hmida tente une réponse : "il ne faut pas oublier que durant des années, ces jeunes ont été soumis à des prédicateurs qui œuvraient en toute impunité dans les mosquées".


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Et si la Tunisie opte désormais pour le tout sécuritaire, le bât blesse en matière de prévention : "En Tunisie, on ne voit pas d’action réelle pour la prévention. Pour éduquer, préparer les nouvelles générations aux valeurs universelles. Aux droits de l’homme, aux valeurs de la paix. C’est pourtant cela qui leur permettra de ne pas se faire laver le cerveau."

L’ouverture pour combattre l’obscurantisme

Pour Bochra Belhaj Hmida, malgré les événements, la France ne doit surtout pas se fermer aux Tunisiens : "Autant je comprends parfaitement l’émotion, autant j’affirme qu’il faut lutter contre une volonté de créer plus de barrières. Au contraire, il faut s’ouvrir aux Tunisiens. Et surtout, il faut une meilleure collaboration entre les deux états. Pas seulement au niveau des services de sécurité." Pour lutter contre l’obscurantisme, l’éducation, la culture et l’échange sont pour elle – plus encore que le "tout sécuritaire" – les seuls remèdes.

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