Attentat de la rue des Rosiers à Paris: des terroristes protégés par les services de renseignement français ?

Le restaurant Jo Goldenberg de la rue des Rosiers à Paris
Le restaurant Jo Goldenberg de la rue des Rosiers à Paris - © DR

L’attentat de la rue des Rosiers à Paris avait fait 6 morts et 22 blessés en 1982. Une attaque à la grenade et aux pistolets-mitrailleurs contre le restaurant Jo Goldenberg, pilier de ce quartier historique juif du Marais à Paris. L’attentat avait été attribué à Abou Nidal, chef du groupe Fatah-Conseil révolutionnaire (Fatah-CR), une faction dissidente de l’OLP, un groupe terroriste qui aurait ensuite joui d’une forme d’impunité en France en échange de la promesse de ne plus commettre d’attentat dans l’Hexagone. Ces révélations datant de novembre dernier et que l’on doit à un ancien patron des services de renseignement français font réagir aujourd’hui.

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a réclamé lundi une commission d’enquête parlementaire sur un marché présumé avoir été passé dans les années 80 par un ex-chef des renseignements français avec le groupe palestinien auteur de l’attentat de la rue des Rosiers.

Des révélations du patron de la DST

Patron de la Direction de la surveillance du territoire (DST) entre novembre 1982 et 1985, Yves Bonnet a été interrogé le 30 janvier par le juge d’instruction en charge de l’enquête, a-t-on appris de sources proches du dossier. Selon le quotidien le Parisien, il aurait alors réaffirmé avoir conclu un "marché non écrit" avec le groupe palestinien auteur de l’attentat, garantissant l’absence de poursuites en France en échange de leur engagement à ne plus y commettre d’attaques. Pour la DST, la sécurité du territoire français primait.

Mais pour Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), si ces faits sont avérés, "ils seraient d’une extrême gravité et constitueraient un scandale d’État sans précédent". Francis Kalifat réclame "la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire et la levée du secret-défense".

Yves Bonnet, 83 ans, avait révélé, dans un documentaire diffusé en novembre sur France 2, avoir envoyé ses hommes négocier avec des émissaires d’Abou Nidal.

Dans son communiqué, le Crif demande également au président Emmanuel Macron de "tout mettre en œuvre sur le plan diplomatique et judiciaire" pour que les terroristes "responsables de ce massacre puissent être entendus par les juges français en charge du dossier".

Un dossier dans les limbes

Plus de 30 ans après les faits, l’enquête est extrêmement compliquée. L’existence d’un tel accord avec Abou Nidal, mort en 2002 en Syrie dans des conditions suspectes, ainsi que l’infiltration du groupe dans la foulée par un agent français, avait été dévoilée en 2011 dans les carnets du général Philippe Rondot, figure des renseignements, fournissant la trame du film "L’infiltré".

"Si tout ça est avéré, c’est terrifiant d’avoir négocié ainsi avec l’un des pires terroristes de l’époque", a réagi auprès de l’AFP Me Alain Jakubowicz. L’ancien président de la Licra, partie civile au dossier, reste toutefois prudent sur "cette histoire de pacte, oral, sans trace, dont on entend parler depuis des années", nourrissant aussi "une part de fantasme".

"J’observe que, contrairement à cet éventuel pacte, la justice française a pu faire son travail : on a identifié les membres du commando, on les a localisés, émis des mandats d’arrêts" en 2015, a-t-il ajouté. "Si ces gens ne sont pas jugés, ce n’est pas, du moins en apparence, à cause de ce pacte mais faute d’obtenir leur extradition."

La justice jordanienne a en effet rejeté la demande d’extradition de ses deux ressortissants d’origine palestinienne, Souhair Mouhamed Hassan Khalid al-Abassi, alias "Amjad Atta", présenté comme le cerveau de cette attaque, et Nizar Tawfiq Mussa Hamada, membre présumé du commando. La justice française recherche aussi Mahmoud Khader Abed Adra, alias "Hicham Harb" qui vit aujourd’hui en Cisjordanie et Walid Abdulrahman Abou Zayed, alias "Souhail Othman" qui vit en Norvège, pays qui refuse d’extrader ses ressortissants. Or la justice française accuse ce dernier d’avoir obtenu la nationalité norvégienne sous une fausse identité et demande qu’il en soit déchu.

Selon Le Parisien, "le magistrat instructeur a également convoqué, les 6 et 14 février derniers, Jean-François Clair et Louis Caprioli, deux ex-responsables de la lutte antiterroriste à la DST". "Mais tous deux se sont réfugiés derrière 'le secret-défense' concernant l’accord", ajoute le quotidien.

Des proches des victimes entendent demander la levée du secret-défense, ont-elles indiqué vendredi lors d’une commémoration organisée sur les lieux de l’attaque par l’Association française des victimes du terrorisme (AFVT). Elles ont aussi réitéré leur appel aux autorités françaises à se mobiliser pour obtenir l’extradition des suspects.

Archives SONUMA: émission spéciale "A suivre", présentée par Josy Dubié, spéciale "attentat de la rue des Rosiers" (17/09/1982)

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