Attaque du Capitole : Donald Trump sera-t-il jugé responsable, et destitué ?

Une première. Le procès en destitution de l’ex-président américain Donald Trump, qui s’ouvre officiellement ce mardi (à 13h heure locale, 18h heure GMT) au Sénat américain revêt un caractère historique dans la politique des Etats-Unis. Donald Trump devra en effet répondre devant l’hémicycle d'"incitation à l’insurrection" dans l’assaut meurtrier du Capitole, le 6 janvier dernier.

Ce procès est doublement historique même, puisque c’est tout d’abord la première fois qu’un ex-locataire de la Maison Blanche devra faire face à une accusation en destitution alors qu’il n’est plus à la tête de l'Etat.

Historique ensuite, parce que ce sont les victimes qui en seront les jurés : les 100 sénateurs qui décideront dans cette affaire furent ainsi les témoins, et victimes, de l’attaque.

Un procès historique 

Les débats se dérouleront en l’absence du principal intéressé, qui restera en Floride. Mais les images de l’assaut de dizaines de participants à la manifestation à laquelle il avait appelé ce jour de janvier, ainsi que les accents guerriers de son discours, seront eux, bien présents dans les esprits.

Mais avant de passer au fond de la mise en accusation, le débat sera juridique.

Les sénateurs auront en effet quatre heures pour juger de la constitutionnalité du procès : deux heures pour chaque camp, avant un vote décisif des sénateurs sur leur compétence à juger cette affaire.

"Un simple citoyen"? 

Les arguments de deux camps devraient s’opposer sur ce point. Ceux des avocats de Donald Trump, Maîtres David Schoen et Bruce Castor, pour qui il est "absurde et anticonstitutionnel de mener un procès en destitution contre un simple citoyen". Un argument repris par de nombreux sénateurs républicains. 

En face, les démocrates devraient insister sur la responsabilité flagrante de l’ex-chef de l’Etat dans les débordements et les violences du 6 janvier : "Ces dernières semaines, la droite a cherché un refuge, une façon de s’opposer à la condamnation de Donald Trump sans avoir à exprimer un jugement sur sa conduite, afin d’éviter de se mettre à dos les partisans du président, tout en évitant de justifier sa conduite à l’évidence méprisable, anti-patriotique et anti-démocratique", a ainsi tonné lundi le chef de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer.

Les démocrates fourbissent aussi leurs armes sur le fond, avec un argumentaire basé sur des preuves accablantes selon eux de la culpabilité du milliardaire, responsable, disent-ils, de "la pire violation de la Constitution jamais commise par un président américain".

Ils rappellent ses mois passés à nier sa défaite face à Joe Biden, en dénonçant, contre toute évidence, des fraudes électorales "massives". Et ce long discours prononcé devant les milliers de partisans rassemblés le 6 janvier à Washington, alors même que les parlementaires étaient réunis au Capitole pour entériner la victoire du démocrate.

Pour les républicains, affirmer qu’il pourrait être responsable des violences d’un "petit groupe de criminels" tellement "inspirés par ses mots qu’ils sont partis avant la fin de son discours" en direction du Capitole est "tout simplement absurde", ont-ils écrit dans leur argumentaire publié lundi.
 

17 sénateurs "déserteurs": improbable 

Détail intéressant : plusieurs voix républicaines avaient lourdement accablé Donald Trump ces dernières semaines, à l’image du chef de la minorité républicaine au Sénat, Mitch Mc Connell, qui a été très sévère envers l’ancien président la semiane des cérémonies d’investiture de Joe Biden. Mais aujourd’hui, une grande partie de sénateurs républicains devraient se ranger derrière le mot d’ordre "Trump pas coupable".

Pour la suite, les choses risquent de se corser pour le camp démocrate. Selon la Constitution américaine, un verdict de culpabilité requiert en effet le vote des deux tiers des sénateurs ; une hypothèse très peu probable en l’état, puisque 17 sénateurs républicains devraient voter en faveur de la destitution de Donald Trump.

D’ailleurs, dans les deux camps, l’envie d’en finir avec ce débat est forte. La division que ce débat suscite dans le rang républicain devient pour le Grand Old Party un poids handicapant. Et du côté démocrate, les priorités sont désormais ailleurs : il s’agit de passer aux débats sur l’exécutif du nouveau président Joe Biden. Le Sénat doit en effet approuver les nouvelles désignations des membres du gouvernement américain.

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