Attaque de drones en Arabie saoudite: l'armement utilisé "provient d'Iran", affirme Ryad

Une image satellite de la NASA prise le 14 septembre, montrant les feux dégagés après les frappes de drones sur les installations de Aramco en Arabie-Saoudite
Une image satellite de la NASA prise le 14 septembre, montrant les feux dégagés après les frappes de drones sur les installations de Aramco en Arabie-Saoudite - © HANDOUT - AFP

L'Union européenne a exhorté lundi à "la plus grande retenue" après les accusations portées par Washington contre Téhéran à la suite d'une attaque de drones contre des installations pétrolières saoudiennes revendiquée par des rebelles yéménites. Des accusations que corroborent les premiers éléments de l'enquête saoudienne : "l'enquête se poursuit et toutes les indications montrent que les armes utilisées sont iraniennes", a déclaré le colonel saoudien Turki al-Maliki, porte-parole de la coalition sous commandement saoudien qui intervient au Yémen contre les rebelles Houthis. Il a ajouté que l'enquête portait également sur l'origine de ces tirs.

L'UE et la Chine appellent à la retenue

"L'attaque d'hier par des drones contre deux installations pétrolières Aramco en Arabie saoudite constitue une menace réelle pour la sécurité régionale", a déploré la porte-parole de la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini. "Au moment où les tensions dans la région s'exacerbent, cette attaque compromet le travail de désescalade et de dialogue en cours", a-t-elle regretté. "Il est important d'établir clairement les faits et de déterminer la responsabilité de cette attaque déplorable. Dans le même temps, l'Union européenne réitère son appel en faveur de la plus grande retenue et d'une désescalade", a-t-elle affirmé.

La Chine a aussi exhorté l'Iran et les États-Unis à la "retenue", suite aux accusations de Washington. Quand à la Russie, elle appelle à "ne pas tirer de conclusions hâtives".

Une production qui devrait se rétablir... mais quand?

Le bulletin spécialisé Energy Intelligence a lui assuré, en citant des sources industrielles, que le géant saoudien Aramco était "sur le point de rétablir jusqu'à 40%" de la production perdue, soit environ 2,3 millions de barils par jour. Citant des sources proches du dossier, le Wall Street Journal a de son côté avancé qu'il faudrait des semaines pour rétablir la pleine capacité de production. Toutefois, l'une de ces sources a précisé: "Nous devrions pouvoir remettre (sur le marché) deux millions de barils par jour" d'ici lundi.

La firme de consultants Energy Aspects a aussi estimé que le pays serait en mesure de restaurer près de la moitié de la production perdue dès lundi.

L'Arabie saoudite a déclaré samedi qu'elle fournirait une mise à jour sous 48 heures sur les attaques, et tous les regards restent tournés sur une communication officielle qui pourrait rassurer les marchés. Lundi, la télévision saoudienne Al-Arabiya a indiqué qu'Aramco était prêt à redémarrer les opérations à Khurais, qui traite 1,5 million de barils par jour.


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Poids lourd de l'Organisation des pays exportateur de pétrole (Opep), l'Arabie saoudite pompe 9,9 millions de barils par jour, soit près de 10% de la demande mondiale, dont sept millions de barils par jour sont destinés à l'exportation. Le royaume dispose également d'une capacité inutilisée d'environ deux millions de barils par jour qu'il peut utiliser en période de crise.

Une introduction en Bourse chahutée

Si les rebelles yéménites Houthis soutenus par l'Iran ont revendiqué ces attaques destructrices, Ryad n'a encore accusé aucune partie. A l'inverse, le secrétaire d'État américain Mike Pompeo avait directement mis en cause l'Iran samedi. La République islamique a catégoriquement démenti.

Les autorités saoudiennes ont d'autant plus à cœur de relancer au plus vite leur production que ces attaques pourraient ébranler la confiance des investisseurs dans Aramco, géant qui prépare son introduction en Bourse.

Cette opération a été retardée plusieurs fois, notamment en raison de conditions de marché défavorables. Ryad espère tirer 100 milliards de dollars en vendant 5% de son capital, sur la base d'une valorisation de l'ensemble de l'entreprise à 2000 milliards de dollars.

Cette introduction en Bourse constitue la pierre angulaire d'un plan de réformes nommé "Vision 2030", lancé par le puissant prince héritier Mohammed ben Salmane pour diversifier l'économie du royaume.

Le cours du pétrole s'est envolé lundi après l'attaque contre des installations pétrolières saoudiennes, qui a réduit brutalement l'approvisionnement du monde en or noir, et réveillé la crainte d'une escalade militaire entre Etats-Unis et Iran. Les explosions ont déclenché des incendies dans l'usine d'Abqaiq, la plus grande pour le traitement de pétrole au monde, et sur le champ pétrolier de Khurais. Les rebelles yéménites Houthis, soutenus par l'Iran et qui font face depuis cinq ans à une coalition militaire menée par Ryad, ont revendiqué ces attaques. Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a accusé l'Iran d'être à l'origine de l'attaque.

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