Assemblée générale de l'ONU: tout ça pour quoi?

En dehors des grands discours de l'Assemblée, la diplomatie de couloir porte aussi ses fruits, dit Éric David, professeur émérite de droit international à l'ULB.
En dehors des grands discours de l'Assemblée, la diplomatie de couloir porte aussi ses fruits, dit Éric David, professeur émérite de droit international à l'ULB. - © BELGA

L'Assemblée générale des Nations unies ouvrait sa 72ème session cette semaine. Des discours, des débats et beaucoup de travail en coulisse. Et, au fond, une sorte de travail parlementaire à l'échelle mondiale, qui doit souvent faire face à son lot de critiques pointant notamment son coût et l'absence de pouvoir contraignant.

Alors, même si la réponse ne pourrait presqu'être qu'idéologique, le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?

Des thématiques "sensiblement les mêmes chaque année"

Côté thématiques à l'ordre du jour, pas de surprise – "elles sont sensiblement les mêmes d'année en année" : la prévention des conflits et le maintien de la paix, la question des migrations, le respect des droits de l'Homme, le développement durable et le réchauffement climatique.

Le tout avec, en filigrane, les dossiers qui font l'actualité : la lutte contre le groupe terroriste État islamique et Boko Haram, les tensions avec la Corée du Nord, la crise migratoire, la guerre civile syrienne, l'Accord de Paris pour le climat, etc.

Ces questions seront abordées par les dirigeants des 193 États membres lors des traditionnels discours en ouverture de session. Avec, parmi eux, quelques nouvelles têtes, dont les présidents américain Donald Trump et français Emmanuel Macron qui prononcent leur premier discours devant l'Assemblée.

De grands discours… puis trois mois de travail

Lors de cet exercice, chacun y va de ses priorités, de ses combats, de ses souhaits, de ses promesses. Tantôt incompatibles, tantôt convergents, tantôt laissant entrevoir de possibles compromis entre parties concernées.

Mais l'Assemblée générale n'est pas qu'une simple succession de discours des chefs d'État et de gouvernement. C'est un processus de travail long au sein des six grandes commissions thématiques de l'ONU.

Une session de l'Assemblée dure trois mois et se conclut par la publication de rapports dans lequel elle formule notamment des recommandations – non contraignantes – à l'ensemble des États. La "Déclaration du Millénaire", assortie de ses objectifs pour le développement, est l'un des exemples les plus connus d'initiatives lancées par l'Assemblée des Nations unies pour inciter ses membres à aller dans une direction particulière.

Discussions et pressions

"C'est un peu le Parlement du monde, la Chambre des représentants de la planète, commente Éric David, professeur émérite en droit international à l'ULB. On qualifie souvent l'Assemblée générale 'd'arène du verbe', mais ce n'est pas réducteur pour autant, car il est important de se parler à l'échelle mondiale".

Se parler pour "calmer le jeu", se parler pour "éviter que les hostilités reprennent", mais aussi se parler pour "placer les problèmes sous les projecteurs du monde", résume-t-il.

Il en veut pour preuve la déclaration ce mardi d'Aung San Suu Kyi. Pointée du doigt pour sa gestion de la crise des Rohingyas et les violences de l'armées envers cette minorité musulmane, la dirigeante birmane a notamment dit condamner "les violations des droits de l'Homme". Un discours qui intervient alors que s'ouvrait l'Assemblée générale de l'ONU.

Déjà qualifiée par l'organisation mondiale de "nettoyage ethnique", le sort réservé aux Rohingyas est plus que jamais l'un des points chauds qui doit être abordé à l'Assemblée, dit-on dans les milieux diplomatiques. Les "projecteurs du monde" allaient donc, quoi qu'il arrive, se braquer sur la situation birmane et Aung San Suu Kyi, par cette déclaration, y a préventivement répondu.

Une "pression internationale" à laquelle, quoi qu'on en dise, beaucoup de nations ne restent "pas indifférentes", estime Éric David. "Même si les résolutions ne sont pas contraignantes, les États se sentent néanmoins engagés", commente pour sa part l'ancien ambassadeur de France à l'ONU, Alain Dejammet, au Figaro.

"Diplomatie de couloir"

Et cette pression ne s'exerce pas que dans la grande salle de l'Assemblée. La "diplomatie de couloir" obtient aussi ses résultats, juge le professeur émérite de droit international à l'ULB, qui ajoute : "Il ne faut pas négliger ce qu'il se passe à la cafétéria de l'Assemblée".

Par des discussions informelles et des rencontres bilatérales loin des caméras, des dossiers avancent, des conflits se tarissent, des partenariats de créent. "L'essentiel se passe moins dans les couloirs de l'ONU, que dans ceux des grands hôtels où les dirigeants se rencontrent", commente Alain Dejammet auprès du Figaro.

En fin de compte, conclut Éric David, le rôle de l'Assemblée générale de l'ONU pourrait être résumé par une phrase de Charles Chaumont, professeur de droit international : "Lorsque les combats dialectiques s'arrêtent, c'est souvent parce que les armées se mettent en marche, et mieux valent les discours fracassants sous les sunlights que le silence des grands cimetières sous la lune".

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