Arrêt final d'une première centrale nucléaire en Suisse: comment cela va-t-il se passer?

C’est ce vendredi 20 décembre, à 12h30 précises, que la centrale nucléaire suisse de Mühleberg sera définitivement éteinte. La centrale, située dans le canton de Berne à quelques dizaines de km de la ville de Berne, est la première des 5 centrales nucléaires du pays à arrêter son activité, activité. Mühleberg est la deuxième plus ancienne centrale du pays.

Il s’agira d’un processus long et précis, pour éviter tout incident et traiter les déchets radioactifs. Le Suisse s’est engagée à sortir progressivement du nucléaire, et c’est à partir de vendredi donc que commencera tout le processus de démantèlement, un processus hautement sécurisé pour éviter tout incident et traiter les centaines de milliers de tonnes de déchets radioactifs.

Depuis la salle des commandes, les opérateurs de Mühleberg mettront en œuvre l’arrêt des réacteurs de la centrale. Vendredi sera donc un jour historique, puisqu’après 47 ans de service, ce sera l’aboutissement d’un travail de plus d’un an.

La déconnexion qui mettra définitivement fin au processus nucléaire sera effectuée manuellement. Pour le démantèlement, il faudra attendre lundi 6 janvier, et le début de travaux qui s’étaleront sur pas moins de 15 ans.

Une fois les réacteurs éteints, les barres d’uranium encore brûlantes seront stockées dans une piscine pendant 5 ans pour les refroidir. Pendant ce temps, la salle des machines et toutes les autres parties de la centrale seront vidées et désossées.

"Si on compare cela avec le désossement d’une maison, explique Sylvain Pelloux, ingénieur en radioprotection. On arrive avec un tractopelle et on démonte la maison. S’il le faut, on trie les matériaux, et puis c’est fini. Ici, on ne peut pas le faire aussi rapidement, car on a de la radioactivité, et de l’amiante. On va donc continuer à travailler avec la même rigueur et avec les mêmes processus scientifiques qu’avant."

Une petite part de la production électrique

Au total, Muhleberg générera 200.000 tonnes de déchets, dont moins de 10% seront radioactifs.

Ces déchets hautement radioactifs partiront par camions. Pendant une heure et trente minutes de route, ils atteindront le centre de stockage à Vurenlingen. C’est ici qu’ils seront déchargés puis inspectés avant d’être stockés.

"Les déchets de Muhleber seront transportés dans ces petits containers, explique Uwe Kasemeyer, ingénieur et assistant de direction à Zwilag, puis déchargés dans notre cellule chaude. Les petits containers contiennent 7 éléments de combustion, les grands ont de la place pour 69 éléments de combustion."

A l’intérieur de ces fûts, les déchets peuvent atteindre jusqu’à 350 degrés, et il faudra environ 40 ans pour que leur activité diminue. Le site est prêt à toute éventualité, que ce soit des explosions ou des tremblements de terre. " Le risque majeur serait un crash d’avion, précise Uwe Kasemeyer, mais même ça, ça ne provoquerait pas de gros dégâts, parce que la carlingue se déformerait, et les containers résisteraient bien."

Quant aux déchets moins radioactifs, qui constituent la plupart des déchets qui seront produits par la centrale, ils seront décontaminés puis recyclés.

Mühlenberg ne représente que 4,4% de la production électrique du pays, alors que, chez nous en Belgique, Tihange par exemple correspond à 25% de la production belge.