Argentine: un juge demande l'extradition d'anciens franquistes

Manifestation, le 10 avril 2014 en faveur de l’extradition d’anciens collaborateurs du général Franco durant la dictature du «caudillo».
Manifestation, le 10 avril 2014 en faveur de l’extradition d’anciens collaborateurs du général Franco durant la dictature du «caudillo». - © GERARD JULIEN - BELGAIMAGE

Des représentants d'associations de victimes du franquisme ont estimé samedi que la décision d'une juge argentine de lancer des mandats d'arrêt contre une vingtaine de personnes dont des anciens ministres du dictateur Francisco Franco était "historique".

"C'est historique", a déclaré à l'AFP Maria Arcenegui Siemens, porte-parole de l'Association pour la récupération de la mémoire historique (ARMH), qui lutte pour la reconnaissance des crimes du franquisme. "C'est un grand jour pour nous", a-t-elle ajouté en rappelant qu'en Espagne, après la mort en 1975 de Franco, "on est passé d'un jour à l'autre à la démocratie et rien n'a été épuré".

Le Principe de justice universelle

Carlos Slepoy, l'un des avocats des plaignants a pour sa part assuré à l'AFP que c'était "la première fois" que des ministres franquistes étaient poursuivis au nom du principe de la justice universelle.

A Buenos Aires, la juge María Servini de Cubría, avait ouvert en 2010 une enquête pour génocide et crimes contre l'humanité pendant la Guerre civile (1936-1939) et la dictature de Francisco Franco (1939-1975), en utilisant le principe de justice universelle.

C'est ce même principe qui soutient sa requête d'arrêter 20 personnes à des fins d'extradition, dont nombre d'anciens ministres du régime ou de la transition, notamment Rodolfo Martin Villa, ancien ministre de l'Intérieur et figure de la transition, âgé de 79 ans ou encore Jose Utrera Molina, de 86 ans, ancien ministre du logement.

Le premier est accusé par les victimes d'avoir ordonné à la police de charger contre des ouvriers grévistes rassemblés dans une église, le 3 mars 1976, des affrontements dans lesquels cinq personnes ont été tuées. Il n'y a eu aucune condamnation selon Me Carlos Slepoy, un des avocats qui les conseille.

Le deuxième, qui est aussi le beau-père de l'ancien ministre de la Justice Alberto Ruiz Gallardon (PP conservateur) avait signé, en tant que ministre et avec d'autres personnes poursuivies, la condamnation à mort en 1974 de Salvador Puig Antich, accusé d'avoir tué un policier. Selon sa soeur il a été arrêté par la police et torturé à mort à 1974.

Contourner la loi d'amnistie espagnole

Des associations de victimes s'étaient tournées vers l'Argentine en raison des obstacles existant en Espagne, en particulier la loi d'amnistie votée en 1977 dans le but de réconcilier la société espagnole.

Lors de son enquête, la magistrate avait également demandé en novembre dernier l'extradition de deux anciens policiers du régime franquiste accusés de torture. Malgré les demandes insistantes des Nations unies, l'Espagne refuse d'enquêter sur le sort des milliers de disparus de la Guerre civile et de la dictature, invoquant la loi d'amnistie.

AFP

 

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