Aquarius : "Les rescapés doivent être débarqués le plus rapidement possible"

La ministre française des Affaires européennes a déclaré ce mardi espérer que l'Union européenne parvienne "dans la journée" à répondre au navire humanitaire Aquarius qui a demandé l'autorisation de débarquer à Marseille, avec 58 migrants secourus à son bord.

Aloys Vimard est le coordinateur de projet de Médecins Sans Frontières (MSF) sur l’Aquarius. Interrogé ce mardi sur La Première, il explique que le bateau se trouve "toujours au large de la Libye. On est dans une position de stand-by en fait, parce que lundi nous avons eu l’information qu’un bateau était en détresse pas loin de notre position, donc nous avons changé de cap afin de rendre assistance aux personnes en détresse si nécessaire. Nous attendons donc maintenant des instructions des autorités maritimes, parce qu’apparemment les personnes ont été récupérées et secourues à bord d’un bateau marchand, et du coup nous proposons notre assistance, nous avons des équipes médicales prêtes à intervenir si besoin".

"C’est particulièrement choquant d’entendre leurs histoires"

"Aujourd’hui, nous avons 58 personnes à bord suite à deux interventions les jours derniers. Les gens sont épuisés, fatigués et choqués. Pour la première fois, on a une grande majorité de Libyens à bord de l’Aquarius, des familles, des pères, des mères et beaucoup d’enfants qui nous disent fuir le conflit qui a lieu en ce moment à Tripoli. C’est particulièrement choquant d’entendre leurs histoires et c’était particulièrement choquant de voir toutes ces familles entassées sur une barque en bois instable que nous avons trouvée en pleine nuit. Il y avait même un chien. Ils ont pris tous les bagages qu’ils pouvaient prendre avec eux, c’est vraiment une situation extraordinaire. Et malheureusement, nous sommes le seul bateau en mer et il y a de nombreux bateaux en détresse autour de nous et nous sommes forcés de quitter la zone afin de gérer des problématiques administratives. C’est particulièrement troublant" poursuit-il.

Les autorités maritimes panaméennes ont annoncé qu'elles retiraient son pavillon à l'Aquarius, déjà privé en août de pavillon par Gibraltar, pour "non-respect" des "procédures juridiques internationales" concernant le sauvetage de migrants en mer Méditerranée. Le navire demande d'accoster à Marseille. "En ce moment, il y a deux priorités. D’abord, la priorité pour les personnes qui sont à bord. En accord avec les lois internationales maritimes, elles doivent être débarquées le plus rapidement possible. Il est hors de question de garder ces personnes-là sur le pont, exposées aux éléments. La météo se dégrade et les conditions deviennent un peu difficiles, donc la priorité est bien sûr les personnes que nous avons à bord, afin de les débarquer. Ensuite, bien sûr nous avons des problématiques administratives. Sous la pression des autorités italiennes, mais aussi européennes, le Panama dit être forcé de révoquer l’enregistrement du navire Aquarius. Un bateau sans pavillon ne peut pas naviguer, donc il faut résoudre ces soucis et on va respecter les régulations, on va se conformer à toutes les étapes administratives nécessaires. Et effectivement, Marseille est un port qui nous est familier. SOS Méditerranée (l'une des ONG qui ont affrété l'Aquarius, ndlr) a son siège à Marseille. En temps de crise, on cherche un endroit où on se sent bien, d’une certaine manière, et où on peut sereinement faire face aux difficultés. Donc, c’est ce que nous demandons aux autorités françaises" explique Aloys Vimard.

"Juin a été le mois le plus meurtrier dans la Méditerranée"

Certains affirment que, par son action, l'Aquarius facilite la tâche des passeurs et du trafic d’êtres humains. Pour Aloys Vimard "c'est terrible ! On est au quotidien dans cette réalité. Ce sont des déclarations simplistes. On voit des gens au quotidien prendre le risque de leur vie et qui nous disent que c’est le seul espoir qu’ils entrevoient. Bien sûr, l’Aquarius n’est pas une solution, on ne devrait pas être ici, les gens ne devraient pas prendre la mer au risque de leur vie pour chercher une protection. C’est donc complètement hallucinant qu’on puisse tenir de tels propos. Juin a été le mois le plus meurtrier dans la Méditerranée, il n’y avait aucune ONG présente. Les gens n’attendent pas que les ONG soient présentes pour prendre la mer, au risque de leur vie. Il y a de nombreux rapports, ces déclarations ne sont pas du tout fondées, donc c’est hallucinant qu’on puisse encore tenir de tels propos".

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