Après les mesures exceptionnelles face aux gilets jaunes, la France compte sur la bienveillance de l'UE

Après les mesures exceptionnelles face aux gilets jaunes, la France compte sur la bienveillance de l'UE
Après les mesures exceptionnelles face aux gilets jaunes, la France compte sur la bienveillance de l'UE - © CHARLY TRIBALLEAU - AFP

Après les mesures annoncées par Emmanuel Macron pour apaiser la crise des "gilets jaunes", la France compte sur la bienveillance de l'Union européenne (UE) pour un dérapage budgétaire "exceptionnel" en 2019, à un moment où l'Italie est pointée du doigt pour beaucoup moins.

Sur la forme, le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, refuse un traitement de faveur: "Il n'y a pas deux poids deux mesures, les règles sont les mêmes pour tous", a-t-il déclaré à l'AFP en marge d'une conférence à Francfort.

10 milliards d'euros

Sur le fond, il se montre plus conciliant: Bruxelles "comprend que face à des mouvements sociaux et à des revendications très fortes de réduction de fracture territoriale ou sociale, un gouvernement puisse être amené à prendre des mesures", a-t-il expliqué.

Le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, a chiffré mardi au Sénat à 10 milliards d'euros le coût des mesures de Emmanuel Macron et reconnu que le déficit budgétaire atteindrait 3,4% l'an prochain, si des mesures d'économie ne sont pas prises.

A peine une année après être sortie de la procédure européenne pour déficit excessif, la France repasserait ainsi au-dessus de la barre européenne des 3% du PIB, frôlant même la limite de 3,5% qui forcerait la réouverture automatique d'une nouvelle procédure.

Se rapprocher des 3%

Lors d'une audition au Sénat, le ministre des Finances, Bruno Le Maire, a toutefois souhaité faire "le plus possible" pour se rapprocher des 3%, évoquant notamment un effort des entreprises et la taxe sur les géants technologiques américains (Gafa) pour compenser les dépenses.

Le ton de Pierre Moscovici contraste fortement avec celui qu'il avait employé avec le gouvernement italien, qui a finalement proposé à Bruxelles de baisser à 2,04% du PIB son projet de déficit public pour 2019, après le rejet de celui initialement prévu à 2,4%.

Le commissaire avait notamment traité l'Italie de "problème" de la zone euro, alimentant les échanges tendus entre la Commission et le gouvernement de la coalition populiste formée par la Ligue (extrême droite) et le Mouvement Cinq Etoiles (M5S, antisystème).

Je commence à en avoir marre de ce 'deux poids deux mesures'

Le vice-Premier ministre italien Matteo Salvini n'a d'ailleurs pas tardé à s'immiscer dans le débat entre Paris et Bruxelles.

"Je refuse d'imaginer qu'on fasse semblant de rien devant les demandes milliardaires qui arrivent d'un Macron en difficulté évidente et qu'on s'en prenne aux poches des Italiens. Ce serait vraiment la fin de cette Union européenne", a-t-il prévenu mercredi.

"Je commence à en avoir marre de ce deux poids deux mesures. On ne comprend pas pourquoi quelqu'un peut enfoncer, ignorer, dépasser, enfreindre... Et en Italie en revanche il y a une loupe sur les 0,00000%", a-t-il ajouté plus tard lors d'un point presse à la fin de son voyage en Israël.

Pour Ludovic Subran, chef économiste de l'assureur crédit Euler Hermes, Rome et Paris ont adopté des "tactiques différentes".

"L'Italie est sortie du bois cet automne avec un budget de dépenses qui rompait avec des années d'ajustements et s'est heurtée à la machine bruxelloise, à mon avis à tort", a-t-il expliqué à l'AFP.

'Situation exceptionnelle'

"Emmanuel Macron, en revanche, est arrivé en fin d'année en annonçant un plan d'urgence économique et en affirmant qu'à situation exceptionnelle (la crise des gilets jaunes), il faut répondre avec des mesures exceptionnelles", a souligné Ludovic Subran.

Les sources consultées par l'AFP rappellent que la France n'a pas le même endettement que l'Italie: un peu moins de 100% contre plus de 130%.

Autre différence: le président français avait été élu l'an dernier sur un programme pro-européen et comme rempart face au populisme, terme retenu pour le gouvernement italien.

"Dépasser les 3%, ce ne serait pas la fin du monde. En revanche, la France pourrait être épinglée pour son effort structurel, déjà qu'il était un peu juste", a indiqué une source européenne.

La réduction du déficit structurel - c'est-à-dire calculé sans les effets de la croissance - fait partie des exigences de Bruxelles, car il contribue à la réduction de la dette publique.

M. Macron va d'ailleurs tenter de rassurer ses partenaires européens, réunis jeudi et vendredi en sommet à Bruxelles, en affirmant que ses mesures sociales ne remettent pas "en cause le cap des réformes".

Soir Première 11/12/2018

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